Le manuel du parfait interrogateur
Dans une note, le cabinet de la Justice briefe la CIA sur la façon de faire parler Abou Zoubaydah
Sur les quatre mémos secrets publiés jeudi soir par l’administration Obama, le premier révèle le traitement subi lors de son interrogatoire par Abou Zoubaydah, l’un des membres les plus hauts placés d’Al-Qaeda. Daté du 1er août 2002, le document est signé de la main de l’avocat du département de la Justice, Jay S. Bybee, qui répond à John Rizzo, de la CIA. Ce dernier avait requis «l’avis de ce cabinet sur certaines pratiques qui pourraient tomber sous le coup de la loi d’interdiction de la torture».
«Habitué au traitement». Le cabinet de la Justice commence par rappeler les faits : «Notre avis est basé sur les faits suivants, que vous nous avez communiqués. L’équipe d’interrogatoire est persuadée qu’il possède encore des informations qu’il refuse de divulguer. Il s’est habitué au traitement et ne présente aucun signe d’une quelconque volonté de parler. Au vu des informations que Zoubaydah posséderait et du haut niveau de menace actuel, semblable à celui qui régnait à la veille des attentats du 11 Septembre, vous désirez faire basculer les interrogatoires dans ce que vous appelez une "phase de pression accrue" […]. Vous envisagez d’employer dix techniques pour l’encourager à divulguer les informations cruciales mentionnées ci-dessus. Ces dix techniques sont : (1) l’intimidation, (2) la "technique du mur" [qui consiste à repousser violemment le prisonnier contre un mur auquel il est adossé, ndlr], (3) la saisie au visage, (4) la gifle au visage, (5) le confinement dans un endroit exigu, (6) le "wall standing" [forcer le prisonnier à se tenir debout pendant des heures près d’un mur sans avoir le droit de s’y appuyer], (7) les positions stressantes, (8) la privation de sommeil, (9) le confinement dans un endroit exigu avec des insectes, (10) la simulation de noyade.»
La conclusion de ce mémo de 18 pages est la suivante : «Au regard des éléments fournis, il apparaît que la procédure d’interrogatoire envisagée ne violera pas la loi d’interdiction de la torture.»
«Banc incliné». Le mémo précise les limites à ne pas franchir et les circonstances dans lesquelles doivent être appliquées les méthodes. La simulation de noyade (waterboard) est ainsi décrite : «L’individu est attaché à un banc incliné, ses pieds légèrement surélevés. Un linge est placé sur son front et ses yeux et de l’eau est versée dessus. La respiration est légèrement entravée pendant vingt à quarante secondes […]. Le linge est retiré, l’opération peut recommencer après trois ou quatre inspirations. Elle ne doit pas dépasser les vingt minutes au total.» Enfin, il recommande «qu’un médecin soit présent durant cette expérience et que la procédure soit stoppée en cas de sévère dommage physique ou mental. Zoubaydah présente une blessure : des mesures doivent être prises pour qu’elle ne soit pas aggravée».
18/04/2009 à 06h51 AURELIA HILLAIRE http://www.liberation.fr/monde/0101562705-le-manuel-du-parfait-interrogateur
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17/04/2009 à 07h59 http://www.liberation.fr/monde/0101562572-torture-mode-d-emploi-facon-cia
Torture mode d'emploi, façon CIA
Washington publie deux mémos détaillant les méthodes d'interrogatoire violentes utilisées par l'agence dans sa lutte anti-terroriste. Des méthodes aujourd'hui interdites par Obama.
Des mémos secrets de l'agence de renseignement américaine, détaillant minutieusement les techniques d'interrogatoire relevant de la torture utilisées pend
ant l'ère de George W. Bush, ont été publiés jeudi conformément à ce qu'avait promis l'administration.
(© AFP/Getty Images/arch.)
Quatre mémos secrets de la CIA, détaillant minutieusement les techniques d’interrogatoire relevant de la torture utilisées pendant l’ère de George W. Bush, ont été publiés jeudi conformément à ce qu’avait promis l’administration.
Certains courts passages mentionnant des noms ont été censurés et le président Barack Obama a affirmé que ces personnels qui «ont fait leur devoir en se fondant avec bonne foi sur les conseils légaux du département de la Justice ne seront pas poursuivis».
Barack Obama a convenu que les Etats-Unis avaient traversé «un chapitre noir et douloureux» de leur histoire mais a souligné qu’il avait déjà fait «cesser ces techniques contenues dans les mémos».
Les mémos datant de 2002 et 2005 constituent un mode d’emploi détaillé d’une dizaine de techniques «de base» et «coercitives» pour faire parler des terroristes présumés.
Ainsi, le prisonnier est d’abord mis nu, privé de sommeil, enchaîné et parfois doté d’une couche-culotte, précisent les textes rédigés par des avocats mandatés par l’administration Bush. Il subit aussi une «altération de son hygiène alimentaire», souvent une alimentation exclusivement liquide.
Viennent ensuite les méthodes dites «correctrices» où il y a «interaction» avec le détenu. «Ces techniques ne sont pas toutes utilisées en même temps» précise un des mémos.
Selon un «interrogatoire prototype», on peut utiliser «la frappe insultante au visage», «la frappe au ventre», la privation de sommeil les mains menottées, parfois appuyé contre un faux mur qui s’affaisse lorsque le détenu tente de s’y reposer.
Celui qui interroge peut également utiliser «les positions de stress», le confinement en compagnie d’insectes hostiles et enfin la simulation de noyade.
Dans un communiqué, le président Obama affirme que ces techniques adoptées par l’administraton Bush après le 11-Septembre «ont miné notre autorité morale et n’ont pas amélioré notre sécurité».
Il a toutefois stipulé que les personnels de la CIA ayant participé à ces interrogatoires assimilables à de la torture dans le cadre de consignes secrètes de l’agence ne seront pas poursuivis. «Ceux qui ont fait leur devoir en se basant avec bonne foi sur les conseils légaux du département de la Justice ne seront pas poursuivis», a-t-il indiqué ajoutant: «nous devons protéger leur identité de façon aussi vigilante qu’ils protègent notre sécurité». Le ministre de la Justice a précisé que son ministère fournirait des défenseurs à ces personnels s’ils venaient à être interrogés par un tribunal.
C’est la puissante Association américaine de défense des libertés publiques (ACLU) qui avait obtenu devant les tribunaux la promesse de la publication de ces rapports secrets par l’administration américaine.
Jeudi, l’ACLU mais aussi le CCR (Center for Constitutional Rights) et Amnesty International ont contesté dans des communiqués le fait que les responsables ne soient pas poursuivis. Ne pas les poursuivre est «simplement intenable», estime l’ACLU.
«Ces mémos fournissent la preuve irréfutable que des responsables de l’administration Bush ont autorisé et donné leur bénédiction légale à des actes de torture qui violent les lois internationales et nationales», a estimé Anthony Romero, directeur exécutif de l’association.
(Source AFP)
http://graphics8.nytimes.com/packages/images/nytint/docs/justice-department-memos-on-interrogation-techniques/original.pdf le document original
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18 Avril 2009 à 20:21 dans
- 11 septembre 2001
