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AFGHANISTAN. La flambée de violences qui s'abat sur le pays fait craindre que les insurgés ne découragent les électeurs, posant ainsi le problème de la crédibilité du scrutin
Lundi 03 Aout 2009
Les talibans veulent saboter le scrutin
Adix-sept jours des élections, les talibans multiplient attaques et menaces pour empêcher les Afghans d'aller voter. Ils ciblent les forces étrangères chargées d'assurer la sécurité et la tenue du scrutin. Cinq soldats de l'Otan, dont trois Américains, ont été tués hier dans des attaques. Ces pertes s'ajoutent aux quatre militaires morts samedi, dont le soldat français du 3e régiment d'infanterie de marine, de Vannes.
" En tant qu'Afghans et en tant que musulmans, tous les Afghans doivent boycotter ce processus américain mensonger. Au lieu de se rendre aux bureaux de vote factices, ils doivent rejoindre les rangs du djihad et libérer leur pays occupé par les envahisseurs " : le message des talibans vendredi dernier dans un communiqué signé " l'Émirat islamique d'Afghanistan " est clair. Leur but : faire dérailler le processus électoral car ils ne veulent ni d'une " marionnette américaine " à la tête du pays, ni d'un gouvernement mis en place par Washington, ni d'une " démocratie ". Nul hasard, donc, à ce qu'à l'approche du jour J, le 20 août, ils multiplient les attaques et instaurent un climat de peur maximal.
28 000 bureaux de vote
" Depuis le début, nous avons dit que nous nous attendions que les rebelles profitent de cette période électorale pour faire passer leur message. Ils ne veulent pas voir ce gouvernement réussir, ni que les gens aillent voter ", dixit le commandement des forces américaines. Et l'émissaire américain Richard Holbrooke d'ajouter depuis Kaboul, samedi dernier : " Tenir ces élections pendant une guerre va être extraordinairement difficile car elles sont confrontées à des défis nombreux et complexes. "
Alors que les Américains mènent toujours leur opération " Poignard " dans la province d'Helmand, où pullulent les talibans et le trafic d'opium, que celle des Britanniques, " Griffes de panthère ", a pris fin la semaine dernière, que les 700 soldats français basés dans la vallée de Kapisa (aux portes de Kaboul) mènent des opérations de reconnaissance et de sécurisation des bureaux de vote, les troupes de l'Otan continuent, elles, leurs opérations sur l'ensemble du territoire pour permettre la tenue de ces élections dans les 28 000 bureaux de vote.
Une sécurité compromise
Haroun Mir, analyste afghan, affirme que " ni le gouvernement afghan, ni les forces de la coalition n'auront assez de personnel pour assurer la sécurité de ces bureaux. Les problèmes de sécurité dans le Sud et l'Est compromettent fortement le scrutin, et les Afghans auront trop peur d'y aller, sachant les risques qu'ils prendront ce jour-là ". Le général Khodaidad, en charge de la lutte contre la drogue, est encore plus pessimiste : " Nous avons très peu de temps pour pacifier un minimum le pays. Ce sera difficile de faire participer les gens au vote. "
C'est surtout dans le Sud que les talibans sont une menace. Ils veulent empêcher les Pachtounes (ethnie majoritaire et qui pèse pour 60 % de la population afghane) d'aller voter, " car un faible taux de participation pourrait entraîner un déséquilibre ethnique dans le décompte au niveau national, et en les tenant (NDLR : les Pachtounes) ainsi à l'écart, les talibans s'assurent que le gouvernement sera considéré comme non représentatif ", poursuit Haroun.
Ces élections, pour autant qu'elles se déroulent, suscitent de toute façon très peu d'enthousiasme. Hamid Karzai est candidat à sa propre succession et peut, en sécurité depuis son palais présidentiel, faire sa campagne télévisée auprès de la population. Ce qui n'est pas le cas de ses deux rivaux, Ashraf Ghani et Abdullah Abdullah, sur qui les insurgés font peser de telles menaces qu'ils ne peuvent se déplacer et gagner les zones rurales.
Au final, une poignée à peine de 12 millions d'électeurs aura eu connaissance des candidats autres que Karzai. Et ils ne se déplaceront sans doute pas pour réélire un président qu'ils jugent corrompu, à la solde des Américains, et un " problème " plus qu'une solution
Auteur : Pauline Garaude
http://www.sudouest.com/accueil/actualite/international/article/666285/mil/4950879.html