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3ème guerre mondiale : quand a-t-elle débuté ?

une armée de 60 000 shiites armés grâce à l'intervention américaine voulue par l'intercession divine de G.W. Bush

 Le gouvernement irakien appelle les milices à suivre l'exemple de l'Armée du Mahdi

http://fr.news.yahoo.com/

AP. Vendredi 31 août 2007 : 19 H 46

BAGDAD - Le gouvernement irakien a salué la décision de l'imam chiite radical Moqtada al-Sadr de suspendre les activités de sa milice, l'Armée du Mahdi, durant six mois, et a appelé les autres groupes armés à en faire autant.

Dans un communiqué publié jeudi soir, le Premier ministre irakien Nouri al-Maliki estime que la décision prise mercredi par le chef de la plus grosse milice chiite du pays va dans le sens de "l'affirmation de la sécurité et de la stabilité" dans le pays.

Le gouvernement al-Maliki ajoute que l'initiative de l'Armée du Mahdi offre "une bonne chance" de "suspendre les opérations des autres milices" en vue de rétablir "l'intégrité et la souveraineté de l'Irak".

La décision de l'imam al-Sadr fait suite à deux jours de violents affrontements dans la ville sainte de Kerbala. Les forces de l'ordre ont accusé les miliciens de l'Armée du Mahdi d'avoir attaqué des membres de la Brigade Badr, la branche armée du Conseil suprême de la Révolution islamique en Irak (CSRII).

Sur le terrain, les violences se poursuivent. Vendredi, l'armée américaine a ainsi annoncé la mort de deux de ses soldats dans deux attaques séparées mercredi dans la province sunnite insurgée d'Anbar dans l'ouest de l'Irak, a annoncé l'armée américaine, vendredi.

Ces deux décès portent à au moins 79 le nombre de soldats américains tués en août, soit un de plus que le bilan de juillet qui était le plus bas pour l'année.

 

-->Bagdad -- L'annonce mercredi par le jeune chef chiite Moqtada al-Sadr d'une trêve de six mois et d'une restructuration de son mouvement, l'Armée du Mehdi, illustre sa volonté de préserver sa crédibilité comme acteur politique central sur la scène irakienne.

Le chef de l'Armée du Mehdi «est un redoutable politique, très avisé et calculateur», estime Adel Darwish, expert du Moyen-Orient et basé à Londres. 

«Il va rester calme pendant six mois ou un an», pronostique M. Darwish, «mais on peut s'attendre à ce que, très discrètement, il redevienne actif». Notamment lors du départ des troupes britanniques de la région chiite de Bassora et, «à plus long terme, après l'inévitable retrait américain», où il pourra alors faire ce qu'il veut, assure l'analyste. 

Moqtada al-Sadr a ordonné mercredi à ses quelque 60 000 miliciens de l'Armée du Mehdi de suspendre pour six mois leurs activités après avoir été mis en cause dans des heurts qui ont fait plus de 50 morts dans la ville sainte de Kerbala la veille.

Démentant toute implication dans ces violences, il s'est cependant engagé à purger le bras armé de son mouvement des groupes indisciplinés qui échappent à son autorité et entament la crédibilité de sa formation, la plus populaire au sein de la communauté chiite, majoritaire en Irak.

Depuis des mois, les formation chiites en Irak se sont lancées dans une féroce concurrence pour le contrôle de la communauté, notamment le parti Dawa, du premier ministre Nouri al-Maliki, et son allié, le Conseil suprême islamique irakien (CSII), en lutte contre l'Armée du Mehdi.

Des groupes liés à l'Armée du Mehdi ont également fait sécession pour organiser séparément des attaques visant la communauté sunnite, faisant ombrage à l'autorité de Sadr et à la crédibilité de son organisation.

Les nouvelles violences de Kerbala «sont une gêne pour Moqtada Sadr», juge Joost Hiltermann, spécialiste de l'Irak pour l'organisation International Crisis Group (ICG). «Il ne veut pas être vu en train de combattre des chiites à quelques mètres des mausolées de l'imam Hussein et de l'imam Abbas», lieux saints du chiisme.

«L'Armée du Mehdi compte trop d'éléments incontrôlés dans ses rangs, et Sadr veut s'en débarrasser tout en reprenant le contrôle total de sa milice», explique M. Hiltermann, assurant qu'il s'agit pour le leader chiite d'un problème purement interne.

Pour autant, Sadr n'a pas l'intention de dissoudre ou de démanteler la milice. «Sadr a besoin de l'Armée du Mehdi. Tant qu'il peut jouer de la violence, les autres partis reconnaîtront sa légitimité», souligne M. Hiltermann, montrant du doigt son double jeu militaire et politique.

Toujours selon ce responsable d'ICG, Moqtada al-Sadr conserve pour principal objectif politique la mission de révolution sociale que s'était fixée son père, le grand ayatollah Mohammed Sadek Sadr : défendre et parler au nom des classes laborieuses chiites.

Son but à long terme «est toujours d'affronter l'establishment chiite pour assurer à la majorité populaire une part du gâteau».

A trop armer les uns contres les autres, la politique américaine s'autodétruit elle-même. Mais comme dans la série culte, les messages s'autodétruisent immédiatement pour ne garder en mémoire que le dernier message, qui lui-même s'autodétruira, etc.

Aux veilleurs de faire que les messages ne s'autodétruisent pas...

 (Suite)

Israël va soutenir un peu plus les rescapés de la Shoah

http://www.la-croix.com/ 23.08.07 

Les critères définissant les ayants droit au titre de survivants de la Shoah ont en revanche été revus à la baisse, excluant 85 000 immigrants de l’ex-URSS vivant en Israël. Le nouveau plan n’inclut que les rescapés des camps de concentration nazis et des ghettos.

"Rescapés du premier cercle" et réfugiés du "second cercle"

Il distingue entre " rescapés du premier cercle " et réfugiés du " second cercle ", ceux qui ont fui l’occupation nazie, par exemple les 300 000 juifs de Pologne réfugiés en URSS en 1939, dont certains ont repris les chemins de l’exil après l’avancée de la Wehrmacht en juin 1941 pour gagner cette fois la Sibérie, le Kazakhstan ou l’Ouzbékistan. Une partie d’entre eux avait ensuite été déportée vers le Goulag par le régime stalinien.

Jusqu’ici, Israël considérait comme " rescapés de la Shoah " tous ceux qui avaient vécu en territoire occupé par les nazis, qui avaient été harcelés dans les camps et les ghettos, ou pourchassés dans les forêts, fermes, couvents et autres abris. Apparemment dénué de logique historique, le distinguo entre premier et second cercle de l’horreur nazie a instauré une sorte de hiérarchie arbitraire des souffrances. " Si Anne Frank avait survécu au nazisme dans sa cachette, elle n’aurait eu droit à aucune assistance en Israël ", souligne le député Ophir Pinès.

Cette attitude contraste avec les énormes dédommagements versés par l’Allemagne au terme des " accords de réparation " (Wiedergutmachnung) conclus dans les années 50 par le chancelier Konrad Adenauer et le premier ministre David Ben Gourion. Ils auront permis notamment de doter l’État juif naissant d’une flotte marchande ultramoderne et d’intégrer une importante vague d’immigration. Selon des survivants de l’enfer nazi, ces accords d’État à État ne leur ont en revanche guère profité.

Joël DAVID, à JÉRUSALEM


Kouchner mentait et voilà le résultat. A son âge il n'a pas du changer les conséquences ne seront donc pas modifiées

21 mars 2005 

 par Michel Collon.http://www.legrandsoir.info/

http://www.michelcollon.info/display.php?image=img/tm/tm_yougo34.jpg 

Le co-auteur d'un des plus gros médiamensonges des années 90 vient d'avouer. Instructif pour l'avenir, car les trucs de manipulation sont toujours les mêmes...

Flash-back. Eté 92, guerre en Bosnie. Bernard Kouchner et ses « Médecins du monde » diffusent dans la presse et sur les murs de Paris une pub, frappante et coûteuse. La photo - montage présente des « prisonniers » d'un camp serbe en Bosnie. Derrière des barbelés. Kouchner y accole l'image d'un mirador d'Auschwitz. Son texte accuse les Serbes d' « exécutions en masse ».

Info ou intox ? Intox, reconnaît Kouchner douze ans plus tard. Son récent livre autopublicitaire, Les guerriers de la paix, relate une entrevue avec Izetbegovic (le dirigeant nationaliste musulman au pouvoir à l'époque à Sarajevo), sur son lit de mort :

- Kouchner : C'étaient d'horribles lieux, mais on n'y exterminait pas systématiquement. Le saviez-vous ?
- Izetbegovic : Oui. L'affirmation était fausse. Il n'y avait pas de camp d'extermination quelle que fût l'horreur des lieux. Je pensais que mes révélations pourraient précipiter les bombardements.

Ce médiamensonge a effectivement fait basculer l'opinion vers le soutien aux bombardements. Toute la presse occidentale l'avait diffusé massivement Mais le récent démenti a été passé sous silence. Le public ne peut savoir qu'il a été roulé.

Le demi-aveu de Kouchner et ce silence médiatique posent des questions cruciales :

1° Kouchner savait-il bien plus tôt ?
Réponse : Oui. Dès 1993, un journaliste de France 2, Jacques Merlino, révélait la supercherie dans un bouquin au titre éloquent « Toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire ». Il y interviewait le directeur de Ruder Finn, agence US de relations publiques. Lequel, très fier, avouait avoir monté de toutes pièces la campagne des « camps d'extermination » : « Nous avons circonvenu trois grandes organisations juives : B'nai B'rith, American Jewish Committee et American Jewish Congress. Aussitôt, nous avons pu dans l'opinion publique faire coïncider Serbes et nazis. Le dossier était complexe, personne ne comprenait ce qu'il se passait en Yougoslavie, m! ais d'un seul coup, nous pouvions présenter une affaire simple avec des bons et des méchants. »
En mentant, fait observer le journaliste ! Réponse : « Nous sommes des professionnels. Nous ne sommes pas payés pour faire la morale. »
Donc, Kouchner savait depuis longtemps et ce n'est pas joli - joli à présent de mettre toute la faute sur le dos d'un mort.

2° Les médias ont-ils enterré les preuves de la supercherie ?
Réponse : Oui. Un journaliste allemand Thomas Deichman a montré dès 1994 que l'image des barbelés était truquée, que les « prisonniers » n'étaient pas enfermés. En fait, elle était tirée d'un reportage ITN où ils déclaraient être bien traités, mais la journaliste avait coupé ces déclarations !
On trouvera l'affiche de Kouchner, les commentaires de Deichmann, et notre exposé des trucages dans notre livre Poker menteur. Daté de 1998. Donc, il ne fallait pas attendre aujourd'hui pour rectifier : http://www.michelcollon.info/display.php?image=img/tm/tm_yougo34.jpg
Dans un reportage-vidéo « Sous les bombes de l'Otan » (1999), nous avions aussi présenté les images tournées par une télé locale, qui démontraient la tricherie du reportage ITN.

3° Kouchner a-t-il été protégé, même par des « critiques de médias » ?
Réponse : Oui. Un exemple : Daniel Schneidermann (Arrêts sur images, France 5) nous avait contacté sur ce dossier, puis nous a écarté du débat pour ne pas nuire à Kouchner.
On n'a pas non plus interrogé ses médiamensonges sur le Kosovo et son bilan catastrophique dans cette province. Nous disons bien : médiamensonges, et non erreurs. Son plan de carrière visant le poste de secrétaire - général de l'ONU, il lui faut tout faire pour plaire aux USA.

4° Pourquoi fallait-il présenter une histoire « simple », mais fausse ?
Pour cacher la responsabilité des grandes puissances occidentales dans ce conflit :
- Depuis 1979, la CIA allemande soutenait des extrémistes pour faire éclater la Yougoslavie.
- En 1989, le FMI avait mis la pression néolibérale pour éliminer l'autogestion et les droits travailleurs, excitant la crise et les nationalismes.
- En 1991, l'Allemagne avait armé les extrémistes croates et musulmans avant la guerre.
- De 1992 à 1995, les Etats-Unis ont délibérément prolongé le conflit, comme en atteste l'envoyé spécial européen en Bosnie, lord Owen. http://www.michelcollon.info/reponses_tm.php
- Pour quels intérêts, toutes ces manoeuvres ? Eliminer un système social trop à gauche, mais aussi contrôler les Balkans stratégiques et les routes du pétrole.

5° S'agit-il de nier tous les crimes commis ?
Pas du tout, mais lorsque nos gouvernements cherchent à nous entraîner par une propagande de guerre « bons contre méchants », il est important de repérer leurs intérêts cachés. Et leurs trucages d'infos. Par exemple, s'agissant des camps de prisonniers en Bosnie, l'ONU en avait recensé six croates, deux serbes et un musulman. Et c'étaient plutôt des camps de regroupement en vue d'échanges, et non des camps d'extermination. Mais, les nationalistes croates et musulmans étant "nos" alliés, ou plutôt "nos" agents, Kouchner, Bernard-Henri Lévy et autres invités médiatiques permanents les ont mensongèrement blanchis.
Il faudrait juger les criminels de guerre. Tous les criminels de guerre, dans tous les camps. Mais pas par des tribunaux bidons mis sur pied par une justice des vainqueurs où les USA et l'Otan se placent d'office au-dessus de la loi et même carrément hors-la-loi puisqu'ils violent la Charte de l'ONU à tour de bras.

6° Y a-t-il eu d'autres médiamensonges « réussis » dans cette guerre ?
Oui. Un seul exemple. Quand l'Otan a commencé à bombarder la Yougoslavie, en 1999, elle a affirmé réagir à ce qu'elle appelait un « massacre de 40 civils » par l'armée yougoslave, à Racak, village du Kosovo. Mais Belgrade parlait d'un combat entre deux armées, provoqué par les forces séparatistes albanaises. L'ONU avait commandé un rapport à une commission de légistes dirigée par un docteur finlandais, Madame Ranta. Celle-ci a confirmé la thèse de Belgrade. Mais aucun média n'en a parlé. Le médiamensonge reste intact pour l'opinion.
Pourquoi ? Parce que les médiamensonges de Kouchner, BHL et Cie ont permis de diviser la gauche et de l'empêcher de s'opposer à une guerre en réalité injuste. L'opinion publique, ça se travaille. Et la prochaine fois, ça recommencera.

Michel Collon

Ces questions seront prochainement débattues en Belgique et en France :
Cinq ans après l'intervention de l'OTAN au Kosovo, quel bilan tirer ? Quel est aujourd'hui le sort des minorités nationales ? Quels sont les véritables enjeux géopolitiques de cette guerre et la place des Etats-Unis dans les conflits?

21 / 3 - MONS (Belgique)
Projection + débat Les Damnés du Kosovo
Avec Vanessa Stojilkovic et Michel Collon.
Org. Initiative pour les Droits des Etrangers (IDE)
Au cinéma Plaza Art - Info : 065/35.15.44 plaza.art@skynet.be

29 / 3 - CARPENTRAS (France)

Projection + débat Les Damnés du Kosovo.
Avec Vanessa Stojilkovic.
Org. Cercle Concorcet. Au lycée agricole de Serres-Carpentras, à 20h30.
Info : camille.vivante@wanadoo.fr

Le résultat humanitaire : une vision bien moins schizophrène qu'il y paraît http://www.mariecollon.info/themes/komtuveux2/images/message.jpg

Sarkozy entre de Gaulle et Bush

Le monde diplomatique  

vendredi 8 juin 2007

Cet article est paru dans le quotidien italien il manifesto, le 8 juin 2007.

La scène se passe le 12 septembre 2006 à Washington, dans le musée des American Girls of the Revolution. Devant « un très chic parterre franco-américain (1) », le candidat de la droite française à l’élection présidentielle déclare : « Plus jamais nous ne devons faire de nos désaccords une crise. De nos désaccords, faisons l’occasion d’un dialogue constructif, sans arrogance et sans mise en scène. (…) Nous sommes amis depuis longtemps et pour toujours. (…) On ne doit jamais donner l’impression de se réjouir des difficultés de nos alliés. Pour notre dialogue, l’efficacité dans la modestie, c’est ce qu’il y a de mieux. » Et, peu après, de développer cette envolée lyrique lors d’une rencontre avec George W. Bush, dont témoignera une photographie officielle où, étrangement, le futur chef de l’Etat français semble aussi grand que son homologue américain…

Jusqu’au discours qu’il prononcera au soir de son élection, le 6 mai 2007, Nicolas Sarkozy n’aura de cesse de faire oublier ce « baptême américain », craignant visiblement les réactions de nombreux électeurs, y compris à droite. Certes, voici plus de quarante ans que le général de Gaulle a pris ses distances avec Washington, quittant l’organisation militaire intégrée de l’OTAN, critiquant la guerre menée par les Etats-Unis au Vietnam et décrétant un embargo sur les armes à destination de tous les protagonistes de la guerre des Six Jours, Israël compris. Depuis, ses successeurs ont progressivement renoué avec l’Amérique. Mais l’opposition de Jacques Chirac à la guerre d’Irak et l’affirmation de sa « différence » sur plusieurs dossiers (du conflit israélo-palestinien aux accords de Kyoto) firent à nouveau entendre – du moins jusqu’à l’automne 2003 — la voix dissidente de la France.

C’est donc sans surprise qu’on voit le candidat de la droite réaffirmer, dès l’automne 2006, au congrès de son parti, son soutien à la politique de Jacques Chirac sur l’Irak, puis se démarquer, au printemps 2007, du projet américain de « bouclier anti-missiles » et enfin, à la mi-avril, s’engager en faveur du plan arabe de paix, qualifié de « très bonne initiative » — car il « repose sur un principe simple, celui de l’échange des territoires contre la paix, avec la création d’un Etat palestinien indépendant dans les frontières de 1967 » et « laisse aux parties le soin de discuter des points les plus délicats, comme la question des réfugiés par exemple  (2) ». Dans ce ravalement de façade, Sarkozy dispose d’un atout : Ségolène Royal et François Bayrou entendent également contourner les questions européennes et internationales.

D’ailleurs, pour ne pas effrayer les 55 % de partisans du « non » au référendum du 29 mai 2005, Sarkozy propose un « traité simplifié » — adieu, Constitution ! — à soumettre, qui plus est, au vote du Parlement et non plus des Français. Cet exercice de prestidigitation quant à la forme ne signifie toutefois nullement que le nouvel hôte de l’Elysée renoncerait à ses objectifs sur le fond (3)…

En France comme à l’étranger, on a qualifié la nomination de Bernard Kouchner au poste de ministre des Affaires étrangères de geste d’« ouverture ». Mais sur quoi ? Derrière son image « droit-de-l’hommiste », le socialiste rallié cultive, on le sait, l’atlantisme : il fut même l’une des rares personnalités à approuver, en 2003, l’intervention américaine en Irak. A sa nomination, la secrétaire d’Etat Condoleezza Rice réagit, selon son porte-parole, en déclarant : « Les Etats-Unis et la France ont beaucoup de pain sur la planche pour pouvoir s’atteler à des questions d’intérêt mutuel autour du globe, qu’il s’agisse de l’Iran ou du Moyen-Orient ou de l’atténuation de la pauvreté en Afrique ou du changement climatique (4). »

Tous ces éléments suffisent-ils à pronostiquer ce que sera exactement la politique extérieure de la France de Nicolas Sarkozy ? Du passé comme des prises de position récentes du président de la République, on peut bien sûr déduire un désir de rupture avec ce qui reste de la tradition gaulliste, afin de mieux s’impliquer dans la « guerre mondiale contre le terrorisme ». Paris se voudra plus proche de Washington, plus éloigné de Moscou, plus intégré dans la stratégie de l’OTAN, plus engagé à l’échelle d’une Europe elle-même plus ouvertement néolibérale. Le nouvel hôte de l’Elysée a néanmoins prouvé qu’il était d’abord un homme pragmatique.

Quelles que soient ses convictions, il sait devoir compter avec plusieurs facteurs de résistance : d’abord la pesanteur de la politique relativement indépendante héritée du gaullisme ; ensuite les traditions et habitudes des institutions qui ont mis en musique cette orientation, en particulier le Quai d’Orsay, même si les jeunes énarques néo-libéraux y supplantent peu à peu les vieux orientalistes ; enfin et surtout l’attachement de la majorité de l’opinion à quelques invariants, de de Gaulle à Chirac en passant par Mitterrand.

Entre continuité et changement, les premiers tests significatifs concerneront le Moyen-Orient, sur lequel le président ne fait guère mystère de ses sentiments. Lors de la visite, déjà évoquée, outre-Atlantique, le président du Congrès juif mondial, Israël Singer, avait commenté : « Les déclarations de Nicolas Sarkozy sur l’antisémitisme, la lutte contre l’islamisme et les positions en faveur d’Israël qu’il a rappelées au président George W. Bush, le terrorisme palestinien et du Hezbollah, ou sur l’Iran, sont telles qu’elles pourraient avoir été faites par un leader d’une d’organisation juive (5). » Reste à savoir jusqu’à quel point il les mettra en œuvre…

Au Liban, le président prolongera sans doute — la visite de Kouchner sur place le confirme — le tournant que son prédécesseur avait engagé après l’assassinat de son ami Rafic Hariri, au point que Paris ne s’y distingue plus guère de Washington. Concernant l’Iran, comme prévu, il a déjà haussé le ton – « rien n’est exclu a priori (6) », a-t-il même annoncé, si Téhéran n’applique pas les résolutions des Nations unies. En Irak, il envisage une plus grande implication pour la France, qui pourrait former la police et l’armée du régime. S’agissant enfin de l’Afghanistan, où Washington presse ses alliés de s’engager plus avant, il a au contraire envisagé le retrait de nos troupes — confronté, il est vrai, à la prise d’otages français par les talibans.

Et le conflit israélo-palestinien ? Nicolas Sarkozy, là encore, ne fait pas mystère de son tropisme personnel : « Je veux dire combien je me sens proche d’Israël, avait-il confié aux Etats-Unis. Israël est la victime. Il doit tout faire pour éviter de passer pour l’agresseur. (…) Nous sommes à vos côtés, mais ayez la réaction appropriée, pas la réaction disproportionnée (7) ». Nicolas Sarkozy, dans cet esprit, réprouvera-t-il aussi les bombardements israéliens sur la bande de Gaza, ou bien seulement les tirs de roquettes palestiniennes sur le sud d’Israël ? Dénoncera-t-il la poursuite de la construction du mur, jugée illégale par la Cour internationale de La Haye, comme de la colonisation, condamnée par les Nations unies ? Se prononcera-t-il pour la levée de l’embargo contre un gouvernement palestinien qui appuie le plan arabe de paix ? Et, en réponse à ce dernier, se prononcera-t-il pour une initiative européenne visant à relancer les négociations bilatérales, régionales et internationales ?

Mieux que l’espoir de la presse israélienne et l’inquiétude des médias arabes, la réponse à ces questions commencera à définir la nouvelle politique de l’Elysée. Le 14 mai dernier, l’ambassadeur de France en Israël, à l’instar de ses homologues de l’Union européenne, a boycotté la cérémonie du quarantième anniversaire de la « réunification » de Jérusalem. Baroud d’honneur ou hirondelle printanière ?

Dominique Vidal

(1) Le Figaro, 14 septembre 2006.

(2) Voir « Réponse de Nicolas Sarkozy - Positionnement sur le conflit israélo-palestinien », sur le site des ONG françaises pour la Palestine.

(3) Dans une interview à la revue Politique internationale (n° 115, printemps 2007), il réaffirmait que le « traité simplifié » devait notamment prévoir « l’extension de la majorité qualifiée (…) ; la règle de la double majorité ; le partage du pouvoir législatif entre le Parlement et le Conseil ainsi que l’élection du président de la Commission par le Parlement ; le respect du principe de subsidiarité (…) ; la mise en place d’une présidence stable du Conseil européen (…) ; la création d’un ministre des Affaires étrangères l’U.E. », etc.

(4) Conférence de presse du 18 mai 2007, Washington.

(5) WJC, 13 septembre 2006.

(6) Le Monde, 16 avril 2007.

(7) Le Figaro, 14 septembre 2006.

http://www.monde-diplomatique.fr/


La CIA et l'armée enseignent la torture et la terreur auprès des populations civiles

Déjà, en 1948, George Kennan, l'un des principaux personnages des Affaires étrangères et l'un des pionniers des Forces spéciales américaines, déclarait: «Nous ne représentons que 6,3% de la population mondiale. Pourtant, nous disposons d'environ la moitié de la richesse mondiale. Nous devons essayer de maintenir cette proportion. Pour atteindre ce but, nous ne pouvons nous embarrasser d'excès de sentimentalisme ou de sensiblerie.»1

Dans de nombreux pays du tiers-monde, le gouvernement américain a donc mis en place des dictateurs. Ils devaient garantir l'afflux des matières premières bon marché vers les États-Unis. Pour se maintenir en place, ces dictateurs pouvaient compter sur l'aide militaire et les instructeurs de la CIA.

Il y a eu des massacres et des tortures. La direction de l'armée EU et la CIA encouragent d'ailleurs ces pratiques. En 1966, l'état-major général de l'armée a publié un recueil de directives dans lequel on conseille aux officiers au cas où la résistance menace: «Vous pouvez recourir à la terreur sélective contre la population civile.»2 De son côté, la CIA, en 1963, a publié un manuel de 128 pages intitulé Counter-Intelligence Interrogations. On y décrit les méthodes de tortures les plus efficaces. L'ouvrage faisait partie du matériel didactique adressé aux dizaines de milliers d'officiers du tiers-monde qui, entre-temps, avaient reçu leur formation dans les académies militaires des États-Unis. En 1983, la CIA a publié une version «améliorée» de ce manuel et l'a distribuée aux chefs des escadrons de la mort au Nicaragua.

Ceux qui disent que la torture n'appartient pas au vocabulaire du gouvernement et de l'état-major militaire américains font une fameuse entorse à la vérité et à l'histoire.

Légaliser la torture

L'impérialisme américain s'est complètement déchaîné. Il n'a aucun scrupule. Il veut attaquer militairement soixante pays. Il veut disposer à sa propre guise de la totalité du Moyen-Orient. Il veut remplacer les tribunaux civils par des tribunaux militaires et légaliser la torture.

Le vice-amiral Lowell Jacoby est le chef de la Defense Intelligence Agency (DIA), les services secrets militaires. Le 9 janvier 2003,il écrit que «la lutte contre le terrorisme porte en elle des défis difficiles et uniques» et que les services de renseignements sont obligés de recourir à des «solutions agressives».

1. George Kennan, Policy Planning Study 23, State Department Washington, 1948.

2. Alexander George, Western State Terrorism, Polity Press Oxford 1991, p. 134.

Cliquez ici pour retourner au NSC Édition Française, vol. 2, #7

 http://www.republiquelibre.org/cousture/CIA.HTM

La CIA (Central Intelligence Agency) est une agence secrète américaine qui a été mêlée à plusieurs opérations clandestines et illégales à travers le monde. Avec les années, on a pu prouver qu'elle est responsable de plusieurs meurtres, coups d'état et assassinats politiques sur la scène internationale. Par exemple, on sait avec certitude que ce sont eux qui entraînèrent et équipèrent les troupes anticastristes qui devaient participer au débarquement de la baie des Cochons à Cuba. C'est également la CIA qui équipa et finança les révolutionnaires Contras au Nicaragua.

Les activités de la CIA changèrent le cours de l'histoire dans plusieurs pays. On est alors en droit de se demander si l'Agency a également été active au Québec. Plusieurs témoignages et preuves troublantes semblent prouver que ce fut effectivement le cas.

Jules "Ricco" Kimble
C'est en 1991, lors d'une entrevue pour un documentaire sur l'assassinat du pasteur américain Martin Luther King, que ce contractuel de la CIA passa aux aveux. De sa prison de l'Oklahoma, Kimble déclara avoir accompagné Clay Shaw à Montréal. Il affirma également avoir aidé l'assassin présumé de King, James Earl Ray, à quitter le continent via Montréal, en 1967.

Ce qui surprit le plus dans sa déclaration c'est que Kimble affirma avoir été un membre du Front de Libération du Québec. Il expliqua que la CIA était très active au Québec dans les années 1960. Selon son témoignage, il aurait infiltré le FLQ pour le compte de la CIA. Il affirma également qu'il avait commis deux meurtres "pour contrer la montée du nationalisme au Québec". Kimble expliqua que ces meurtres avaient été commis par une organisation qui servait de paravent à la CIA. Il ajouta même que la CIA avait des bureaux sur la rue Mont-Royal, à Montréal.

Devenu juge de la Cour d'appel à la Nouvelle-Orléans,
l'ex-procureur Jim Garrison affirma qu'il fallait croire ces déclarations. "Chaque déclaration de Kimble est vraie, dit-il. Kimble ne ment pas. C'est un maillon d'une chaîne, mais un maillon précieux."

Également en 1991, un ancien ministre québécois qui désirait garder le couvert de l'anonymat corrobora la déclaration de Kimble en déclarant à des journalistes: "On m'a parlé de cette adresse sur Mont-Royal et du travail de la CIA."

La CIA à Montréal
Aujourd'hui, la plupart des observateurs de la scène politique québécoise s'accordent pour dire que la CIA et la GRC (Gendarmerie Royale du Canada) furent impliquées dans les activités des groupes séparatistes au Québec dans les années 1960. Le journaliste François Lisée écrit: "sur le terrain, au Québec, on est quasi unanimes. Felquistes, péquistes, policiers québécois et canadiens tiennent pour acquis qu'un ou plusieurs réseaux de la CIA oeuvrent dans l'ombre".

En septembre 1973, le directeur des activités de contre-espionnage de la GRC, Leslie J. Bennett, déclara que Montréal était infiltré par un grand nombre d'agents de la CIA et que, lors de la Crise d'octobre, ceux-ci envahirent le terrain et travaillèrent dans l'intérêt de Washington. Peu après cette déclaration, Bennett dû s'exiler en Australie après qu'on l'eut accusé d'être un espion à la solde du KGB. Le gouvernement canadien reconnut finalement en 1993 que Bennett n'était pas un agent double.

Le mémo top secret
Le 24 septembre 1971, le journal Montreal Star publia un mémo top secret de la CIA daté du 16 octobre 1970 sur lequel ou pouvait lire: "Des sources recommandent qu'on prenne de toute urgence des mesures pour cesser temporairement les contacts avec les militants du FLQ parce que les mesures du gouvernement canadien pourraient avoir des conséquences indésirables." Il est évidemment question ici de
la Loi des mesures de guerre de Trudeau. Il paraît également évident que ce mémo ne s'adresse pas aux agents ayant des contacts extérieurs avec le FLQ, mais plutôt à ceux qui l'avaient infiltré.

Ce mémo ultrasecret qui ne semble pas être contrefait d'aucune manière fut dénoncé avec véhémence par le gouvernement américain et par Pierre Trudeau. Le premier ministre canadien déclara qu'il n'y avait pas d'agents de la CIA au Canada sans que le gouvernement canadien n'en soit informé. Cette déclaration, contredite à plusieurs reprises par des sources américaines et canadiennes, nous pousse à nous demander ce que Trudeau avait donc à cacher? Le Département d'État américain affirma pour sa part que l'adresse de la CIA figurant sur l'en-tête du mémo n'était qu'un hôpital naval. Cette affirmation s'avéra également fausse.

L'alliance GRC / CIA
Un événement survenu à Montréal en 1972 démontre que la GRC collaborait étroitement avec la CIA dans sa guerre secrète contre Cuba. Le 4 avril de cette année-là, une bombe explosa au consulat de Cuba à Montréal. L'explosion mis en branle une opération bien orchestrée. Dès leur arrivée au consulat, qui bénéficiait pourtant de la protection diplomatique, les policiers arrêtèrent les membres du personnel (qui étaient pourtant les victimes de cet attentat) et les séquestrèrent dans un poste de police. En l'absence des Cubains, ils fouillèrent les lieux. Le 6 octobre 1975, Donald Dellums, un membre de la commission de la Chambre des représentants qui enquêtait sur les activités de la CIA, révéla que l'attentat du consulat de Montréal était le fruit d'une opération GRC / CIA qui avait pour but d'obtenir des renseignements secrets des Cubains.

Vols d'armes attribués au FLQ Le 30 janvier 1964, un commando de l'Armée de libération du Québec (l'ancêtre du FLQ) réussit en plein jour et en plein centre-ville de Montréal un vol majeur au manège des Fusiliers Mont-Royal. Les prétendus terroristes mirent la main sur une grande quantité de fusils-mitrailleurs de toutes sortes, de mortiers, de grenades, de munitions et même de lance-roquettes antichars. Le 20 février 1964, en plein jour et pendant trois heures et demie, un commando de l'ALQ occupa le bâtiment militaire de Trois-Rivières. Une fois de plus, ils mettent la main sur une impressionnante collection d'armes et de munitions. La même année, on attribua aux révolutionnaires québécois les vols de milliers de caisses de dynamite sur les chantiers de construction de l'Expo et dans des camions d'Hydro-Québec.

Or, comme on le sait aujourd'hui, les felquistes n'étaient pas du tout l'organisation paramilitaire qu'on croyait à l'époque. Il s'agissait en fait d'un petit groupuscule d'individus assez mal organisé et très mal équipé qui posa tout au plus une dizaine de bombes et qui perpétra deux enlèvements politiques. Lors de leur démantèlement par la police dans les années 1970, les saisies d'armes furent minimes. Où étaient donc passées toutes les armes qui avaient été volées en 1964 et qui auraient suffi à équiper une petite armée?

Plusieurs témoignages portent à croire que ces vols ne furent pas l'œuvre du FLQ mais plutôt celle des agents de la CIA qui collaboraient avec la GRC et l'armée canadienne. Les armes passèrent probablement
la frontière et servirent à la CIA et aux anticastristes dans leur guerre secrète contre Cuba. Le blâme fut attribué au FLQ et le gouvernement de Trudeau se servit également de ces vols pour faire basculer l'opinion publique québécoise en sa faveur et contre les activités du FLQ.

Qu'est-ce que l'Histoire retiendra?
Il semble aujourd'hui évident que cet épisode si notoire de l'histoire du Québec, la Crise d'octobre, ne fut pas du tout ce que les médias en firent à l'époque. Sous le couvert d'une légende (un FLQ paramilitaire révolutionnaire équipé et organisé qui n'a jamais existé), opéraient en réalité des agents fédéraux et américains qui se servirent de cette façade pour s'approprier quantité d'armes pour leurs opérations clandestines.

Le gouvernement canadien, en plus de se rendre complice cette guerre secrète, avait tout avantage à autoriser ces opérations au Québec. La croisade de Trudeau contre le nationalisme québécois est bien connue et n'a de secrets pour personne. Ces opérations permirent de manipuler l'opinion publique à la faveur du gouvernement en faisant craindre ces "dangereux felquistes" qui amenaient le pays au bord de l'insurrection armée, tout en combattant la montée du nationalisme québécois.

Si on croit à toutes ces allégations, on est en droit de se demander qui furent donc les véritables terroristes dans cette histoire?

Cliquez ici pour en savoir plus sur les activités de la CIA au Québec, incluant des expérimentations illicites sur des cobayes humains.

Sources spécifiques:

LISÉE, Jean-François, DANS L'ŒIL DE L'AIGLE - WASHINGTON FACE AU QUÉBEC, Boréal, Montréal, 1990.

PHILIPPS, Maurice, DE DALLAS À MONTRÉAL - LA FILIÈRE MONTRÉALAISE DANS L'ASSASSINAT DE JFK, Éditions de L'Homme, Montréal, 1996.

 

 (Suite)

Le réseau des frères musulmans inspirateurs des plus sanglants groupes terroristes comme le Hamas et al-Qaïda

 http://www.checkpoint-online.ch/CheckPoint/Histoire/His0021-MosqueeIslamisteMunich.html

Comment une mosquée pour anciens nazis est devenue le centre de l'islam radical  17 septembre 2005

L'histoire de l'implantation de l'islam radical en Europe passe par une mosquée au sud de l'Allemagne. Rapidement prise en mains par l'organisation des Frères musulmans, elle constitue aujourd'hui encore un élément-clef dans la diffusion des interprétations les plus dures de l'islam. Munich. Au nord de cette prospère ville d'ingénieurs et d'usines d'automobiles, on trouve une élégante mosquée avec un minaret mince et un dôme turquoise. Un bosquet de pins la protège d'une rue fréquentée. Dans un pays de plus de trois millions de musulmans, elle ne se fait pas remarquer, c'est juste un lieu où prient les adeptes de la religion qui se développe le plus vite en Europe.

Cependant, l'histoire de cette mosquée est plus tumultueuse. Enterré dans des archives gouvernementales et privées, des centaines de documents retracent la bataille pour le contrôle du Centre islamique de Munich. Rendu public récemment, ces documents montrent comment l'islam radical a établi l'un de ses premiers et plus importantes têtes de pont en Occident quand un groupe d'anciens nationaux-socialistes décidèrent de construire une mosquée.

«... Ce n'est que des décennies plus tard, après les attentats du 11 septembre 2001 contre les Etats-Unis que l'Allemagne concentra sérieusement son renseignement intérieur sur les opérations des Frères musulmans à Munich.. »

La présence de soldats à Munich fait partie d'un épisode presque oublié de la seconde guerre mondiale : la décision que prirent quelques dizaines de milliers de soldats de l'Armée rouge de changer de camp et de se battre pour Hitler. Après la guerre, des milliers d'entre eux ont cherché refuge en Allemagne de l'Ouest, créant l'une des plus grandes communautés musulmanes de l'Europe des années 50. Quand la Guerre Froide débuta, ils furent très recherchés pour leurs capacités linguistiques et leurs contacts en Union soviétique. Pendant plus d'une décennie, les services de renseignement américain, ouest-allemand, soviétique et britannique se sont battus pour les contrôler dans cette nouvelle guerre opposant la démocratie au communisme.  Mais le vainqueur ne fut aucun des protagonistes de la Guerre Froide. Au lieu de cela, ce fut un mouvement avec une idéologie tout aussi puissante : les Frères musulmans. Fondé dans les années 1920 en Egypte sous la forme d'un mouvement "réformateur social", les Frères musulmans devinrent la source de l'islam politique, qui réclame une domination totale de tous les aspects de la vie par la religion musulmane. Puissante force de changement politique dans le monde musulman, les Frères musulmans ont également inspiré quelques uns des plus sanglants groupes terroristes, comme le Hamas et al-Qaïda

Une erreur récurrente 

L'histoire de la méthode utilisée par les Frères musulmans pour exporter sa foi au coeur de l'Europe met en évidence une erreur récurrente de la part des démocraties occidentales. Durant des décennies, elles ont passé des accords avec l'islam politique – le soutenant pour défaire un autre ennemi, particulièrement le communisme. Il est par exemple bien connu que les USA et leurs alliés ont mis sur pied les moudjahiddines dans les années 1980 en Afghanistan pour combattre l'Union soviétique – ouvrant la voie du succès d'Oussama Ben Laden, qui s'est rapidement retourné contre ses anciens alliés américains dans les années 1990.

Munich est un exemple sérieux et précoce de cette stratégie douteuse. Des documents et interviews montrent comment les Frères musulmans formèrent un arrangement de travail avec les agences américaines de renseignement, outrepassant les agences allemandes dans le contrôle des anciens soldats nationaux-socialistes et leur mosquée. Mais les USA ont perdu la main sur ce mouvement, et en peu de temps la très conservatrice et catholique Bavière est devenue l'hôte d'un centre islamique radical. "Si vous voulez comprendre les structures de l'islam politique, vous devez regarder ce qui s'est produit à Munich," prétend Stefan Meining, un historien munichois étudiant le centre islamique. "Munich est l'origine d'un réseau qui s'étend maintenant tout autour de la planète."

Des groupes politiques et sociaux affiliés aux Frères musulmans dominent maintenant la vie islamique dans de larges zones de l'Europe occidentale. Ces connexions sont la plupart du temps méconnues, même par les services de renseignement et les agences de police de ces pays.

Alors que ces groupes répudient le terrorisme et sont officiellement partisans de l'assimilation, le résultat de leur message est que les musulmans d'Europe – formant maintenant entre 5 et 10% de la population du continent – se doivent d'être cloisonnés de la culture occidentale. En retour, ceci a été le terreau fertile d'idées violentes. Les terroristes islamistes ont de plus en plus utilisé l'Europe comme base de lancement pour leurs attaques, des attentats du 11 septembre à ceux de Madrid l'an dernier.

Les tensions actuelles sont dans la continuité d'évènements datant d'un demi-siècle. Munich après la guerre était une ville en ruines pleine de musulmans immigrés fuyant les persécutions. Alors que l'Occident s'évertuait à les observer et les contrôler en tant qu'atout important dans la Guerre Froide, apparurent de redoutables rivaux cherchant à installer leurs propres bases de pouvoir dans le monde musulman européen alors émergeant.

Au long des décennies suivantes, quatre hommes ont successivement tenté de contrôler la mosquée de Munich : un brillant professeur de langues turcophones, un imam dans la SS d'Hitler, un écrivain musulman charismatique et un financier musulman actuellement soupçonné de financer le terrorisme. La plupart ont favorisé une certaine accommodation avec l'Occident. Mais le vainqueur avait une vision plus large : un islam global opposé à l'idée de démocratie laïque.

 L'érudit et les exilés

L'intérêt que Gerhard Von Mende portait aux musulmans remonte à 1919 quand son père fut assassiné. Sa famille vivait à Riga et faisait partie de la minorité allemande alors importante de Lituanie. Quand ce petit pays fut envahi par l'Armée rouge à la fin de la Première Guerre Mondiale, les membres de la bourgeoisie furent rassemblés et menés à une marche forcée. Le père de M. Von Mende, un banquier, fut sorti du rang et abattu.

Ceci a éveillé dans l'esprit de ce jeune garçon de 14 ans une exécration de toute chose russe. Après avoir fui avec sa mère et six de ses proches en Allemagne, il a choisi d'étudier d'autres peuples opprimés par le pouvoir russe : les musulmans d'Asie Centrale. Une montagne d'écrits et de livres lui a valu une notoriété académique. Doué pour les langues, il parle couramment le russe, le lithuanien et le français, et parle correctement le turc et l'arabe. Quand il s'est marié à une Norvégienne, il a également appris sa langue maternelle.

L'invasion de l'Union soviétique par les nationaux-socialistes en 1941 fut une aubaine pour les gens comme M. Von Mende, qui comprenait quelque chose aux terres sur lesquelles s'abattait le blitzkrieg. Il conserva son poste à l'université de Berlin mais prit parti dans l'Ostministerium (ministère pour les territoires occupés de l'est) pour diriger une section dédiée à l'étude du Caucase.

Les victoires initiales de l'Allemagne l'ont laissée avec un nombre ahurissant de prisonniers soviétique - 5 millions en tout. Grâce en partie aux efforts de M. Von Mende et de l'Ostministerium, Hitler autorisa la libération des prisonniers qui prendraient les armes contre les soviétiques. Les nationaux-socialistes ont mis en place les Ostlegionen (légions de l'est) composées en premier lieu de minorités non russes avides de faire payer Moscou pour des décennies d'oppression. Plus d'un million de soldats ont accepté l'offre d'Hitler.

Alors que la guerre progressait, M. Von Mende est devenu un des architectes majeurs de la politique nationale-socialiste concernant les minorités soviétiques. Il a été surnommé "seigneur protecteur", établissant des comités nationaux de Tatars, Turcs, Géorgiens, Azerbaïdjanais et Arméniens. Désespérément en quête de soldats, les nationaux-socialistes ont vu ces comités comme plus qu'un simple moyen de garder leurs alliés renégats dans la guerre. Mais pour les personnes impliquées, ils étaient comme des gouvernements en exil. Un goût d'indépendance pour lequel ils étaient reconnaissants envers M. Von Mende.

Des collègues de cette époque décrivent M. Von Mende comme un homme élégant et majestueux avec un sourire ironique, usant de son charme personnel pour l'emporter sur les exilés - spécialement ses préférés, les musulmans turcophones d'Asie Centrale. Il leur ouvrait sa maison de Berlin pour de longs dîners où on conversait en russe, turc et allemand. Dans les derniers mois de la guerre, il a cimenté leur loyauté par un acte de génie bureaucratique : alors que l'infrastructure allemande étant pulvérisée, il a réussi à transférer des milliers de "ses turcs" sur le front de l'Ouest (Grèce, Italie, Danemark et Belgique), imaginant que ce serait mieux qu'ils terminent dans des prisons britanniques ou américaines plutôt que soviétiques. Ceux qui sont tombés dans les mains des soviétiques furent abattus comme des traîtres.

A la fin des années 1940, des centaines d'anciens soldats musulmans furent coincés dans la zone sous contrôle américain de Munich. M. Von Mende, dont le passé national-socialiste ne lui laissait que peu de perspective de travail, s'est dévoué à les rechercher. Cette décision s'avérera bénéfique, tant pour les musulmans que pour M. Von Mende. C'était le début de la Guerre Froide et les agences de renseignement occidentales cherchaient désespérément quiconque pouvant fournir un aperçu derrière le rideau de fer. Ils avaient besoin de personnes pour analyser les documents, diffuser de la propagande anti-soviétique et recruter des espions.

En octobre 1945, M. Von Mende écrivit une lettre au "Major Morrison" de l'armée britannique, selon une lettre de sa correspondance personnelle que sa famille a rendue disponible. Il a exposé l'unique source de renseignements de l'Ostministerium à propos des peuples soviétiques. Il expliquait qui y travaillait et dans quel camp de prisonniers ou de déportés ils étaient retenus. Ce fut le début de sa carrière dans le renseignement.

M. Von Mende s'est installé dans la zone sous contrôle britannique de l'Allemagne, dans le pôle de commerce de Düsseldorf. Quand bien même il n'était plus universitaire, il nomma son bureau le "Service de Recherche Est Européen". Son équipe était composée d'anciens employés de l'Ostministerium - concrètement, la recréation de l'appareil national-socialiste de contrôle des musulmans durant la guerre. Au début, les fonds provenaient des forces britanniques, puis de diverses agences allemandes, y compris l'Agence nationale de renseignement intérieur et le Ministère des affaires étrangères, selon des documents de ce ministère et de la correspondance privée de M. Von Mende.

M. Von Mende a utilisé beaucoup de son temps à aider les musulmans qui ont travaillé pour lui dans l'Ostministerium. Il a extorqué de l'argent à la bureaucratie ouest-allemande pour qu'ils soient nourris, logés et blanchis - les conditions de vie étaient effroyables et une décennie après la guerre beaucoup vivaient dans des baraquements. Mais au fond de lui-même, la tâche était simple : garder le contrôle des émigrés et les empêcher de tomber sous le contrôle d'un autre pays. Le danger principal était l'Union soviétique, qui voulait empêcher les émigrés de faire de la propagande anticommuniste. Certains dirigeants émigrés en Allemagne de l'Ouest furent assassinés. Beaucoup étaient armés pour se défendre contre les assassins du KGB.

CIA contre imam nazi

En 1956, un rival est apparu et menaçait le contrôle que M. Von Mende exerçait sur les anciens soldats musulmans de Munich : le American Committee for Liberation from Bolshevism, connu sous l'acronyme Amcomlib. Fondé en tant qu'ONG pour la prise en charge de Radio Free Europe et Radio Liberty, Amcomlib était en fait une couverture de la CIA, qui l'a financé jusqu'en 1971 quand le Congrès américain coupa les liens entre Amcomlib et la CIA.

Durant les années 1950, le chef d'Amcomlib était Isaac Patch, qui a maintenant 95 ans et vit retiré dans le New Hampshire [GB]. Joint par téléphone, M. Patch a défendu la stratégie mise en oeuvre par l'Amcomlib d'utilisation des musulmans pour combattre les soviétiques. "L'islam était un important facteur, aucun doute à ce sujet," a affirmé M. Patch. "Ils étaient très croyants et très anticommunistes."

L'Amcomlib a tissé des liens avec Ibrahim Gacaolu, un ancien soldat national-socialiste dans le Caucase qui, tout comme M. Von Mende, recherchait les soldats musulmans coincés en Allemagne. M. Gacaolu contrôlait les colis alimentaires américains, qu'il distribuait à ses partisans, selon des documents de son organisation. M. Gacaolu a également fait du travail de propagande pour Radio Free Europe. En 1957 par exemple, il a tenu une conférence de presse avec Garip Sultan, un autre homme politique allemand, qui dirigeait le service tatare de Radio Liberty, selon certains documents et M. Sultan lui-même. Les deux hommes dénoncèrent les crimes de Staline en Tchétchénie. M. Sultan, maintenant âgé de 81 ans, a raconté dans une interview qu'il écrivait les discours de M. Gacaolu et a rédigé pour lui un pamphlet sur la situation des musulmans.

Pour M. Von Mende et ses collègues, les liens de M. Gacaolu avec la CIA étaient problématiques. L'Allemagne de l'Ouest et les USA étaient du même côté pendant la Guerre Froide, mais M. Von Mende n'appréciait pas que des agences étrangères puissent influencer des personnes résidant en Allemagne. Comme un informateur le disait à son directeur : "l'Allemagne est une porte que personne ne contrôle car il ne semble pas y avoir de garde-barrière. Tout le monde y vient et fait ce qu'il veut."

M. Von Mende décida que les musulmans d'Allemagne avaient besoin d'un chef en qui il pouvait avoir confiance. Il s'est alors tourné vers un ancien compagnon de guerre : Nurredin Nakibhodscha Namangani. M. Namangani est le descendant d'une longue lignée d'imams dans son pays natal, aujourd'hui l'Ouzbékistan. Mais son service religieux a surtout pris place dans une organisation profane : les infâmes SS d'Hitler. Selon une ébauche d'autobiographie qu'il donna aux autorités allemandes, il a été arrêté par les forces de sécurité de Staline en 1941 et peu après libéré par l'armée allemande lors de son invasion de la Russie. Il servit comme imam diverses fonctions, terminant imam d'une division SS. Il a gagné quelques unes des plus hautes distinctions allemandes, y compris la croix de fer.

L'arrivée de M. Namangani à Munich en 1956 fit beaucoup de bruit. Ses opposants comme M. Gacaolu l'ont accusé d'avoir participé à des atrocités durant la guerre. Il est avéré que l'unité de M. Namangani a contribué à mater l'Insurrection de Varsovie en 1944, mais il n'y a pas de preuve d'implication personnelle d'une atrocité commise durant la guerre dans les registres allemands. M. Von Mende a contre-attaqué, persuadant le gouvernement fédéral de Bonn d'accepter de nommer M. Namangani "Hauptimmam", "imam en chef" des musulmans allemands, aux frais du contribuable ouest-allemand. Fin 1958, M. Namangani s'est présenté avec un plan pour rallier les anciens soldats musulmans derrière lui : une "Commission de construction de mosquées." A cette époque, l'Allemagne ne comptait que deux mosquées. Celle de Munich serait différente, plus grande et dédiée non pas aux voyageurs et hommes d'affaires, mais à la population musulmane d'Allemagne.

"Pendant 13 années, les musulmans n'avaient pas de lieu fixe pour leurs services et devaient les tenir dans différents endroits", déclara M. Namangani à une assemblée d'une cinquantaine de musulmans comprenant quelques étudiants du Moyen-Orient. Une fois, les musulmans durent tenir leur service dans une brasserie, d'autres fois dans un musée, selon le minutier de la Commission des mosquées. Maintenant, dit-il au groupe, Munich sera un centre pour les musulmans et le gouvernement de Bavière devrait certainement aider en cela, toujours selon le même minutier.

C'était un grand évènement, si important en fait que quelqu’un de très spécial y était présent : Saïd Ramadan, le secrétaire général du Congrès Islamique Mondial basé à Genève, un groupe qui désirait unir les musulmans du monde entier. Le reste de l'assemblée donna en tout 125 marks (environ $275 constants) pour la construction de la mosquée. M. Ramadan donna lui-même 1000 marks. M. Von Mende a rapidement noté quelques informations à propos de ce visiteur de marque. Bientôt, son index des personnes à surveiller contenait une nouvelle entrée : "Saïd Ramadan, Genève. Environ 36 ans, 3 enfants. Conduit depuis 1956 une luxueuse Cadillac, cadeau du gouvernement de l'Arabie Saoudite. R.S. doit être membre des Frères musulmans."

Les Frères arrivent

L'arrivée de Saïd Ramadan en Europe fut le résultat d'un schisme idéologique qui continue de diviser les sociétés islamiques. Le coeur du problème est de savoir comment réconcilier l'islam avec l'Etat-Nation moderne. Comme beaucoup de religions, l'islam s'étend à tout, impose un comportement dans toutes les sphères, y compris politique. Mais pris littéralement, ses exigences s'opposent aux démocraties libérales actuelles, qui promeuvent la liberté individuelle.

Dans l'Egypte de 1920, un jeune enseignant nommé Hassan al-Banna s'est fermement tourné vers l'orthodoxie. Troublé par ce qu'il décrivait comme l'immoralité d'une Egypte se modernisant rapidement, il a mis sur pied une fondation nommée les Frères musulmans. Son plan était de réislamiser la société en enseignant les fondamentaux de l'islam dans le langage courant des salons de thé et non dans l'arabe classique des mosquées. Il a fondé des organisations caritatives et fut célèbre pour son engagement dans la justice sociale.

Mais il se heurtait à d'autres visions de l'Egypte, spécialement celles importées de l'Occident, comme le socialisme et le fascisme. Fortement impliqué dans la politique turbulente de l'Egypte d'après guerre, M. al-Banna fut assassiné en 1954.

De nombreux membres furent jetés en prison et quelques uns furent exécutés. M. Ramadan fut le principal dirigeant ayant fui. Il était le gendre de M. al-Banna et réputé pour avoir aidé à organiser la défense de Jérusalem contre le nouvel Etat d'Israël en 1948. Peu de pays dans la région voulaient accueillir M. Ramadan. L'Egypte était une puissance régionale et ses voisins voulaient éviter de la froisser. Après quelques haltes en Syrie, au Liban, en Jordanie et au Pakistan, il est arrivé à Genève en été 1958 avec un passeport diplomatique jordanien, accrédité à l'ONU et voisin de l'Allemagne de l'Ouest. En Allemagne, il exposa ses idées dans une thèse de doctorat appelée "Loi islamique : son étendue et son équité." Elle fut publiée sous forme d'un livre et devint un classique dans la pensée islamique moderne. "Il était convenable et intelligent," dit Gerhard Kegel, son directeur de thèse à l'université de Cologne, actuellement âgé de 93 ans, "sinon un petit peu fanatique." Pas fanatique dans le sens de soutenir la violence, dit M. Kegel, mais sa vision du monde dans lequel l'islam guide toute loi et où il n'y a pas de distinction entre l'église et l'Etat. M. Ramadan a également publié un magazine, Al-Muslimoon, qui surveillait les évènements dans le monde musulman et critiquait la laïcité.

M. Ramadan, comme d'autres Frères musulmans, s'opposait fermement au communisme pour son rejet de la religion. Durant la Guerre froide, cela en a fait un allié naturel des USA. Mais M. Ramadan s'opposait aussi aux USA et aux autres pays occidentaux pour leurs ingérences dans les affaires du Moyen orient. Aujourd'hui comme alors, ceci positionne les gens comme M. Ramadan dans une position de force : ils devaient coopérer avec l'Occident mais ne voulaient pas devenir des collaborateurs occidentaux. Des preuves historiques suggèrent que M. Ramadan a travaillé avec la CIA. A cette époque, l'Amérique était bloquée dans une lutte de pouvoir avec l'Union soviétique, qui soutenait Gamal Abdel Nasser en Egypte. En tant qu'ennemi de Nasser, les Frères musulmans semblaient être de bons alliés pour les USA. Un document du service de renseignement extérieur allemand, connu par sous son acronyme BND, prétend que les USA ont aidé à persuader la Jordanie de délivrer un passeport à M. Ramadan, et que "ses dépenses seraient couvertes par le camp américain." Des diplomates suisses ont confirmé que les USA et M. Ramadan étaient proches. Selon un rapport diplomatique de 1967 des archives fédérales suisses, "Saïd Ramadan est, entre autres, un agent informateur des Britanniques et des Américains."

Quand le quotidien suisse Le Temps a rapporté le contenu de ce rapport diplomatique l'année dernière, la famille Ramadan a répondu dans une lettre ouverte dans ces termes : "Note père n'a jamais collaboré avec les services de renseignement américains ou britanniques. Il était au contraire sujet d'une surveillance permanente durant de nombreuses années."  Les membres de la famille Ramadan refusent tout commentaire. Cette famille héberge deux frères, le célèbre intellectuel musulman Tariq, et son frère Hani qui dirige le Centre islamique de Genève que son père a fondé.

Une alliance fatidique
Bien que chanceux d'avoir pu fuir le Moyen-Orient, l'exil suisse de M. Ramadan l'a coupé de sa base militante. Il a commencé à rechercher des soutiens locaux, selon des collègues qui le connaissaient à l'époque. Puis, une opportunité s'est présentée : il fut contacté en 1958 par quelques étudiants arabes de Munich impatients de construire une nouvelle mosquée. Les étudiants durent venir en Allemagne pour étudier la médecine, l'ingénierie et d'autres disciplines dans lesquelles l'éducation allemande excellait. Beaucoup étaient impliqués dans les Frères musulmans en Egypte et ont également profité de la chance de fuir les persécutions. M. Ramadan "était doué d'un talent d'orateur et nous le respections tous," affirme Mohamad Ali El-Mahgary, qui dirige maintenant une organisation affiliée à la mosquée de Munich, le Centre islamique de Nuremberg.

Les étudiants se sont rapidement ligués pour se débarrasser de M. Namangani, l'ancien imam SS. Inspirés par l'idéologie des Frères musulmans, ils jugèrent l'Ouzbèk comme rétrograde, un retour à une époque révolue où, par exemple, les traditions locales autorisaient la consommation d'alcool alors que ceci était expressément interdit par le Coran. Durant les trois années suivantes, M. Ramadan et les Frères musulmans montrèrent leurs dispositions politiques - d'abord en soutenant les soldats et leurs alliés allemands, puis imposant les leurs. Au début, M. Ramadan fit équipe avec Amcomlib pour couper l'herbe sous le pied de M. Namangani. En 1959 il organisa le "Congrès européen musulman" à Munich, dont les informateurs de M. Von Mende affirment qu'il fut cofinancé par l'Amcomlib, selon les archives du ministère des affaires étrangères allemand et les lettres personnelles de M. Von Mende. Le but : marginaliser M. Namangani en faisant de la mosquée de Munich un centre de dimension européenne, pas seulement pour les musulmans munichois. Pour les USA, cela aiderait à renforcer le pouvoir de leur homme, M. Gacaoglu, et limiterait l'influence de l'Allemagne de l'Ouest sur les émigrés.

Selon une interview, en 1960 M. Ramadan prit officiellement le contrôle de la commission de construction des mosquées, et les étudiants essayant de convaincre les anciens soldats que seul M. Ramadan pouvait trouver les fonds nécessaires à une mosquée. M. Ramadan en fut élu président et M. Namangani relégué au grade de suppléant. Troublé, M. Von Mende essaya de découvrir quels étaient les buts de M. Ramadan. Ses rapports montrent qu'il était convaincu que M. Ramanda travaillait avec les USA. Mais il avait besoin d'une confirmation et s'est adressé au service de renseignement extérieur allemand. Dans une lettre privée à un ancien collègue de l'Ostministerium, M. Von Mende demandait des informations sur M. Ramadan et suggérait de voler des dossiers dans son bureau de Genève. Il a même fait une estimation du coût d'une telle opération, pots-de-vin et frais de voyage inclus. Le contact de M. Von Mende au BND confirma que M. Ramadan était soutenu par les USA. Mais pour le vol des dossiers, le collègue l'en a dissuadé : M. Ramadan était "trop précautionneux" pour laisser des informations importantes dans des dossiers.

Confirmant les inquiétudes de M. Von Mende, la CIA soutenait maintenant ouvertement M. Ramadan. En mai 1961, Robert Dreher, un agent de la CIA attaché de l'Amcomlib à Munich, s'est présenté accompagné de M. Ramadan au bureau de M. Von Mende à Düsseldorf pour une rencontre visant à proposer un effort conjoint de propagande contre l'Union soviétique, selon les documents personnels de M. Von Mende et des interviews de personnes qui le fréquentaient à l'époque. M. Von Mende les a rapidement repoussés. M. Von Mende décida qu'il devait utiliser M. Namangani pour orchestrer l'éviction de M. Ramadan. Au début, il semblait que cela avait réussi. Fin 1961, M. Namangani organisa une réunion de la commission des mosquées. M. Ramadan fur accusé de malversations financières. Les soldats suggérèrent un nouveau candidat qui emporta une simple majorité au terme d'un scrutin serré. Dans des mémos internes, des officiels allemands se félicitèrent de l'éviction de M. Ramadan, et avec lui des plans pour une "mosquée monumentale".

Mais un officiel zélé de la municipalité avait remarqué que l'ordonnance de la commission nécessitait que M. Namangani soit élu avec les deux tiers des voix. Une simple majorité n'était pas suffisante. Une fois de plus, la capacité de M. Ramadan à mobiliser fur décisive : ses étudiants étaient renforcés, contrairement aux soldats de M. Namangani pourtant plus nombreux. M. Ramadan resta responsable de la commission des mosquées. Découragés, les soldats commencèrent à quitter la commission. M. Namangani demeurait le chef de l'organisation ouest-allemande qui surveillait les besoins spirituels des anciens soldats, mais n'avait plus aucun rôle concernant les mosquées. Dans une lettre de sept pages qui se trouve maintenant dans les archives de l'état bavarois, M. Namangani explique qu'il était fatigué de se battre avec M. Ramadan. "La commission de construction des mosquées s'est beaucoup éloigné de ses buts initiaux, et il y a une dangereuse et grande probabilité qu'elle devienne un centre pour des personnes engagées politiquement", écrivit-il.

Le départ des émigrés de la commission des mosquées ralentit sa course mais ne l'arrêta pas. La bureaucratie allemande, remplie d'anciens nationaux-socialistes, considérait toujours avec bienveillance l'idée de construire une mosquée, comme le montrent des mémos internes. Ils n'étaient apparemment pas au courant que leurs anciens camarades de combat avaient quitté la commission. La bureaucratie ouest-allemande avait même donné au projet de mosquée, maintenant totalement aux mains des Frères musulmans, un statut l'exonérant de toute taxe, qui aurait représenté des millions au long des décennies suivantes. Malgré tout, M. Von Mende réalisa que ses Turcs étaient délaissés politiquement. Dans un mémo au ministère des affaires étrangères allemand, il dit que le gouvernement devrait faire tout ce qu'il lui est possible de faire pour bloquer M. Ramadan qu'il considérait comme un outsider à la solde de l'étranger. On ne saura jamais si M. Von Mende aurait pu stopper M. Ramadan : en décembre 1963, assis à son bureau de Düsseldorf, M. Von Mende eut une fulgurante attaque cardiaque et mourut immédiatement. Il était âgé de 58 ans. Quelques mois après, son Service de recherche Est Européen était fermé et le réseau d'informateurs de M. Von Mende évanoui. Ce n'est que des décennies plus tard, après les attentats du 11 septembre 2001 contre les Etats-Unis que l'Allemagne concentra sérieusement son renseignement intérieur sur les opérations des Frères musulmans à Munich.

La vision du banquier

Laissée sans surveillance, la mosquée avait de moins en moins de choses à voir avec les musulmans munichois. Et à cette époque, les preuves de l'implication de la CIA s'étaient évanouies. Au lieu de cela, la direction s'était finalement retrouvée dans un endroit bien différent : Campione d'Italia, une ville de manoirs et de millionnaires dans les Alpes suisses. Ici, depuis la terrasse de sa villa surplombant le lac de Lugano, un des fidèles lieutenants de M. Ramadan, Galeb Himmat, dirigeait la mosquée de Munich et le réseau qui en émanait.

De tous les personnages de l'histoire de la mosquée, M. Himmat est le plus énigmatique, et de plus il est l'un des derniers encore en vie. Ce Syrien immigra à Munich dans les années 1950 pour étudier mais finit par s'enrichir de ses activités marchandes. Maintenant sous le coup d'enquêtes de plusieurs pays pour ses liens avec le terrorisme, il évite habituellement toute publicité. Il a cependant accepté de faire quelques brefs commentaires par téléphone pour cet article.

Ses contemporains et des archives indiquent que M. Himmat était un élément moteur derrière la mosquée. Selon les dires de membres de la commission des mosquées, il a mené en 1958 le mouvement invitant M. Ramadan à Munich. Des documents montrent que les deux hommes travaillaient étroitement ensemble. Ils partaient ensemble lever des fonds et M. Himmat remplaçait M. Ramadan quand celui-ci rentrait à Genève.

La mort de M. Von Mende aurait du laisser M. Ramadan totalement en charge du projet. Mais au long des années suivantes, il perdit le contrôle au profit de M. Himmat. La raison exacte de leur séparation n'est pas claire, mais de proches associés parlent de différences de nationalité. M. Himmat nie ceci, alléguant qu'il ne sait pas pourquoi M. Ramadan est parti.

Au même moment, M. Ramadan perdait le soutien de ses partenaires Saoudiens. A cours d'argent, il cessa de publier son magazine en 1967. Au long du quart de siècle jusqu'à sa mort en 1995, l'influence de M. Ramadan déclina. Son fils Tariq le décrit dans un livre comme enclin à "de longs silences perdu dans ses souvenirs et pensées, et, souvent, dans l'amertume."

M. Himmat assumait le contrôle de la mosquée juste avant son ouverture en août 1973. Sous sa direction, la mosquée prit de l'importance, devenant de facto l'ambassade en Europe des Frères musulmans. Comme son influence grandissait, le groupe changea de nom, passant de Commission pour la construction de mosquées à Communauté islamique du sud de l'Allemagne, et maintenant Communauté islamique d'Allemagne. C'est une des organisations islamiques les plus importantes du pays, représentant 60 mosquées et centres islamiques dans tout le pays.

Le groupe est également devenu la pierre angulaire d'un réseau d'organisations qui ont promu à travers l'Europe la pensée des Frères musulmans. Par exemple, la Communauté islamique d'Allemagne a aidé à la fondation de la Fédération des organisations islamiques d'Europe (Federation of Islamic Organizations in Europe) basée au Royaume Uni, qui unit les groupes et lobbies proches des Frères musulmans dans toute l'Union Européenne.

M. Himmat prétend que la mosquée a toujours été ouverte à tous les musulmans mais que les Frères musulmans en sont venus à la dominer parce qu'ils sont les plus actifs. "Si les Frères musulmans me considèrent comme étant des leurs, c'est un honneur pour moi," dit M. Himmat dans l'interview téléphonique. "Ils sont non violents. Ils sont pour le dialogue interreligieux. Ils sont actifs pour la liberté."

Durant des décennies, les autorités allemandes n'ont guère prêté attention aux activités à Munich, les voyant déconnectés de la société allemande. Ils ont été longs à prendre en compte les signaux d'alarme. En 1993, après une attaque à la voiture piégée contre le World Trade Center à New York tuant 6 personnes et en blessant 1000, les enquêteurs ont découvert qu'un des organisateurs était Mahmoud Abouhalima, qui avait fréquenté la mosquée. Il fut jugé aux Etats-Unis en 1994 et fut condamné à la perpétuité sans libération conditionnelle. Les renseignements intérieurs allemands ont commencé à surveiller la mosquée, selon des officiels du renseignement, mais ont relâché leurs efforts peu après alors qu'aucun lien avec le terrorisme n'était apparu.

Les attentats du 11 septembre ont changé cela. Trois des quatre principaux terroristes avaient étudié en Allemagne, tout comme un des organisateurs de premier plan. Alors que l'application des lois allemandes et américaines consistait à rechercher des indices, quelques uns, cela n'apparaît que maintenant, conduisaient à la mosquée de Munich.

M. Himmat s'est avéré être un des fondateurs de la banque al-Taqwa, une institution basée au Bahamas dont la liste des actionnaires est un who's who de personnalités associées aux Frères musulmans en Europe. Cette banque a dans plusieurs pays occidentaux été identifiée comme entretenant des liens avec le terrorisme. Les enquêteurs pensent que cette banque aide à transférer des fonds au mouvement terroriste palestinien Hamas et aurait transféré des fonds à des membres al-Qaïda.

En 2001, les USA ont livré une liste de terroristes "désignés" qui comprend M. Himmat et un autre actionnaire, Youssef Nada. Le Département au trésor américain a gelé leurs avoirs aux USA. Le mois dernier, les autorités suisses ont stoppé leurs enquêtes, arguant d'un manque de preuves. Les avoirs financiers de ces hommes, cependant, restent gelés et les USA indiquent qu'ils continuent leur enquête.

MM. Himmat et Nada nient toute implication terroriste. Un membre de longue date de la mosquée de Munich, M. Nada, affirme dans une interview qu'il ne s'en occupe plus et n'assiste plus aux réunions de la direction. Il dit que la mosquée n'était pas un quartier général officiel des Frères musulmans car le groupe n'est plus une organisation officielle. Maintenant, dit-il, elle est devenue quelque chose de différent : une matrice d'idées. "Vous ne signez plus de formulaire", dit M. Nada. "Nous ne sommes pas une organisation économique ni politique. Nous sommes une sorte de pensée."

L'enquête américaine sur le financement du terrorisme fur suffisante pour mettre un terme à la carrière de M. Himmat dans la Communauté islamique d'Allemagne. En 2002, il a démissionné, dit-il, parce qu'étant fiché sur la liste des terroristes il ne pouvait plus signer des chèques au nom de la communauté, et ainsi ne pouvait plus payer son équipe. Il dit que l'organisation se débrouille très bien sans lui et n'envisage pas d'y retourner. "Elle fonctionne", dit-il, "pas besoin."

En avril, la police allemande a fait une incursion dans la mosquée, affirmant qu'elle était impliquée dans du blanchiment d'argent et de la propagation d'ouvrages intolérants, ce qui est un crime en Allemagne. La police a embarqué des ordinateurs et des fichiers dans les bureaux. Ceci était une des quelques incursions dans le centre, malgré le fait qu'aucune n'a débouché sur une accusation.

Les officiels de la mosquée affirment que les temps où l'organisation était le point central de l'islam politique sont révolus. "Ce centre s'est développé d'un centre important dans l'Allemagne et dans le monde en une institution locale," affirme Ahmad Von Denffer, un dirigeant de la mosquée. La communauté islamique d'Allemagne a depuis déplacé son centre opérationnel à Cologne, où réside son actuel président.

Cependant, dans le monde de l'islam politique, le centre islamique de Munich reste quelque chose de spécial. Certains des principaux dirigeants de cette idéologie y ont servi et y ont fait des discours. Et l'actuel "murshid" ("guide spirituel") des Frères musulmans, Mahdy Akef, a dirigé le centre.

M. Akef se rappelle avec tendresse ses années à Munich entre 1984 et 1987. Petit homme amical avec un sourire espiègle et de grosses lunettes, M. Akef dit que le centre est un des quelques centres appartenant aux Frères musulmans en Europe. Durant son séjour, dit-il, des chefs d'état du monde musulman en voyage officiel ont visité la mosquée de Munich pour honorer les organisations islamiques les plus influentes du monde. La mosquée était si importante qu'il fut arrêté en Egypte dans les années 1990, accusé d'avoir voulu créer un parti politique islamique, une des charges retenues contre lui était qu'il avait dirigé le centre.

L'organisation des Frères musulmans est toujours officiellement bannie en Egypte, mais un petit bureau au Caire est toléré. Assis sur un sofa sous une carte du monde où les pays musulmans sont peints en vert, M. Akef affirme qu'en effet les Frères musulmans se sont répandus depuis Munich dans d'autres villes d'Allemagne et d'Europe. M. Akef est un personnage controversé qui parle avec sympathie des kamikazes en Iraq. Mais il évite de répondre aux questions liées au terrorisme et au fondamentalisme. Au lieu de cela, il préfère relater le travail accompli par la communauté à Munich, aidant à embellir un remblai tout proche et planter des pins dans la terre de la mosquée.

"Nous avons fait de cette décharge un bel endroit qui est désormais rempli d'arbres," dit-il. "C'est un des plus beaux endroits d'Allemagne."

Texte original: Ian Johnson, "How a Mosque for Ex-Nazis Became Center of Radical Islam", The Wall Street Journal, 12.7.05  

 (Suite)

Les Français dans le guêpier Afghan

09/11/2006 - © Le Point - N°1782
Trafiquants de drogue, talibans et seigneurs de la guerre mènent une guérilla farouche contre les forces de l'Isaf, auxquelles appartiennent des soldats français. Les Occidentaux peinent à contrôler la situation et sont contraints de redéfinir leur engagement dans ce pays. Reportage.

L es soldats arrivant à l'aéroport militaire de Kaboul sont prévenus : les drapeaux des pays membres de l'Otan composant l'International Security Assistance Force (Isaf) sont généralement en berne. Chaque fois qu'un soldat de l'Isaf est tué, ils sont descendus à mi-mât. Depuis juillet, ils n'ont atteint que durant trois jours le sommet de leurs hampes... Un symbole emblématique d'une situation militaire qui ne cesse de se dégrader. Depuis fin juillet, l'Isaf est chargée de la sécurité de la zone sud de l'Afghanistan, la plus dangereuse. Trafiquants de drogue, talibans et autres seigneurs de la guerre organisent la résistance. Les forces de l'Isaf subissent aussi leurs assauts dans l'est du pays, frontalier du Pakistan. Un officier britannique estime qu'il ne s'agit pas d'un hasard mais d'une stratégie concertée. Des signes très inquiétants dans un pays qui, au fil des siècles, a mis à la porte tous ceux qui avaient prétendu le conquérir.

Aux 30 000 hommes de l'Isaf s'ajoutent 8 000 Américains de l'opération Enduring Freedom. Les Russes, qui furent ici jusqu'à 140 000, n'ont pas pu tenir. Les Occidentaux feront-ils mieux ?

Le problème du général français Frank Le Bot, commandant les forces de l'Isaf déployées dans Kaboul et sa région, c'est que la capitale est enchâssée dans la région de l'Est et se transforme vite en caisse de résonance. L'instabilité s'accroît. « En août et surtout en septembre , dit-il, nous avons connu les engins explosifs bricolés qui explosent au bord des routes, les roquettes, les attaques suicides. Mais les choses se sont calmées depuis la fin du ramadan. » Jusqu'à quand ? Le général s'inquiète : « On est arrivés avec des certitudes et un projet d'avenir imposé, dans un pays féodal vivant au début du Moyen Age. On ne peut pas gommer une civilisation. Je crains le rejet. »

Chacun sait ici que la capitale afghane est vulnérable. Trop peu nombreuses, les troupes de l'Isaf et l'armée nationale afghane délaissent les régions du Wardak et du Logar, au sud-ouest de la ville, tout en sachant fort bien que dans ce sanctuaire les insurgés s'organisent. Et les soldats de l'Isaf se sentent de plus en plus menacés. A Kaboul, les véhicules militaires ne peuvent plus circuler que par deux, leurs occupants (deux au minimum) tenant leur arme chargée à la main, non sans porter en permanence un casque lourd et un gilet pare-balles. Les sorties en ville sont quasi interdites et la fréquentation des restaurants locaux n'est plus qu'un souvenir... Cependant, les Français ne renoncent pas à leur effort, comme est venu le rappeler durant le long week-end de la Toussaint le chef d'état-major des armées, le général Jean-Louis Georgelin. Après une visite éclair aux 200 commandos des forces spéciales déployés dans la région de Jalalabad et qui rentreront au début de 2007, il est venu à Kaboul tenir un discours réaliste au gros millier de soldats français présents dans la capitale : « L'insécurité grandit. Dans ces cas-là, il faut serrer les rangs et donner l'image de soldats déterminés. Nous pouvons être confrontés à des situations difficiles. »

Le lieutenant Olivier Aguillon, 27 ans, chef de section au 126e régiment d'infanterie de Brive-la-Gaillarde, part patrouiller dans le 17e district de Kaboul, avec une douzaine d'hommes à bord de deux VAB (véhicules de l'avant blindé). « C'est sur la route que nous sommes le plus vulnérables », confirme-t-il. Les ordres sont stricts. Dès que les blindés sont coincés plus de deux secondes dans la circulation, ils se dégagent le plus rapidement possible. Pour éviter d'être la cible d'un attentat suicide... A l'arrivée dans la zone de patrouille, un quartier gris construit par les Soviétiques et principalement occupé par des fonctionnaires, des policiers attendent les Français pour faire, en leur compagnie, une longue patrouille à pied. Sans indifférence ni curiosité, la population ne réagit que peu à cette présence, et un jet de pierre par un enfant passera pour un « petit geste d'excitation ». Sans plus.

L'exemple américain

A cette mission de sécurité générale confiée aux Français s'en ajoute une autre : la formation des officiers de l'armée afghane dans le cadre de l'opération Epidote. Or les troupes de l'armée nationale afghane (Ana) désorientent quelque peu leurs instructeurs. Durant les opérations Medusa et Mountain Fury qui se sont déroulées durant l'été contre les talibans, essentiellement dans le sud du pays, puis pendant l'opération Oqab, en cours dans tout l'Afghanistan, les constatations ont été identiques. Patron d'Epidote, le colonel Franz Chapuis analyse : « Ils ont un très bon comportement au combat, mais ne manoeuvrent pas au sens occidental du terme et ne savent pas agir avec l'artillerie et les blindés. » Pour la plupart, les stagiaires de l'école d'officiers sont d'anciens moudjahidin désormais intégrés dans l'Ana. Combattants aguerris, souvent quadragénaires, ils ont vaincu les 140 000 Russes qui occupaient leur pays, puis les talibans qui leur succédèrent. Avec, c'est vrai, l'aide déterminante des Américains. Dans cette école, ils viennent aujourd'hui apprendre à faire la guerre comme les Français, et surtout comme les GI. Car ici le manuel scolaire est le « Field Manual » de l'armée américaine, et chaque bataillon afghan de 400 hommes compte 6 ou 7 conseillers américains.

En début de semaine, les officiers stagiaires sont allés passer deux jours sur le terrain d'entraînement. Directement arrivé des écoles de formation d'officiers de l'armée de terre de Coëtquidan (Morbihan), le capitaine Jean-Claude Missonier fait face à une classe studieuse de plusieurs dizaines d'officiers. Assisté d'un interprète, il dissèque leur comportement devant le tableau : « Cette section est partie trop vite. Avant de monter à l'assaut de la position ennemie, je dois remettre mon groupe en place. » Le cours sera mis à profit, dans quelques semaines, par ceux des stagiaires qui seront affectés dans le sud du pays, au front, contre les talibans. Leur seule expérience, c'est l'offensive. Pour le colonel Haqmal Babagul, qui les dirige, « tout est nouveau pour eux. Ils ne connaissent pas la tactique ». Le capitaine Missonier résume : « Ils savent amener leurs hommes au combat, mais doivent maintenant apprendre à revenir avec eux. Il faut les calmer. Ces gens ignorent la peur ! » L'ambition des Français consiste donc à apprendre à leurs collègues afghans à canaliser leur ardeur pour les rendre capables d'agir au sein d'une force internationale comme l'Isaf. Lui aussi formateur, le lieutenant-colonel Vincent Lamauve précise : « Individuellement, ils savent se battre et ont le sens du terrain. Mais ils ont des difficultés pour coordonner leurs actions, pour combattre collectivement. Notre plus gros effort porte sur la capacité d'anticipation. Car ils ne prévoient jamais l'action suivante... » Le colonel Babagul développe : « C'est la conséquence de trente années de guerre. Ils ne savent utiliser ni l'artillerie ni les chars. La seule chose qui compte pour eux, c'est l'AK-47. Je parle des vrais combats... »

L'armée afghane ne compte que 28 000 hommes, et chacun s'interroge à Kaboul sur la manière dont elle atteindra en 2009 l'effectif de 70 000 prévu par les accords de Bonn.

Pourtant, son renforcement devient impératif, car l'Isaf peine à contenir des talibans de plus en plus vindicatifs. Ces derniers mènent contre elle la seule guerre qu'ils connaissent : celle des guérilleros et des partisans. Les escarmouches sporadiques ont désormais laissé place à de vraies batailles rangées. Les petits groupes de 10 ou 15 talibans sont souvent complétés par des unités de combat comptant une centaine d'hommes, ou davantage. Les récentes offensives ont été contrées grâce à l'aviation et aux hélicoptères. Dans les années 80, c'est également de cette manière que les Russes ont contenu les moudjahidin. Jusqu'à ce que ces derniers soient dotés de missiles antiaériens par la CIA... Personne à Kaboul ne parierait sur le fait que les talibans et les seigneurs de la guerre enrichis par l'opium ne disposeront jamais de missiles antiaériens. Pour l'instant, ils se lancent dans une tactique à l'irakienne, avec des bombes télécommandées placées au bord des routes et des attentats suicides. L'Isaf a perdu 45 soldats en 2006, et 55 autres, dont 6 Français des forces spéciales, sont morts dans l'opération Enduring Freedom. Cela risque fort, hélas, de n'être qu'un début...

 Le retour des talibans 25/05/2006 - © Le Point - N°1758

C e sont les combats les plus violents en Afghanistan depuis la chute des talibans. Attentats-suicides, exécutions, batailles rangées : les turbans noirs signent dans le sud du pays leur retour en force. Des combats qui opposent la milice à l'armée afghane et aux troupes alliées. Deux soldats français appartenant aux forces spéciales (200 commandos installés à Spin Boldak, près de la frontière pakistanaise) ont ainsi trouvé la mort. « Nous allons connaître six mois difficiles », déclarait récemment un responsable du détachement français au sein de l'Isaf (Force internationale d'assistance à la sécurité), forte de 9 000 hommes.

Les raisons d'un tel déferlement de violences ? La frustration des populations pachtounes, majoritaires en Afghanistan, les carences de l'aide internationale et la corruption. Les miliciens islamistes, eux, profitent des royalties du trafic de drogue, dans un pays qui menace de basculer dans l'« irakisation ». Et bénéficient de complicités actives au Pakistan. Caché dans les montagnes méridionales, le mollah Omar l'avait annoncé : « Avec les attentats-suicides, l'Afghanistan sera bientôt un four brûlant pour les étrangers. »

 (Suite)

L'inconséquence des médias occidentaux (suite)

L'inconséquence des médias occidentaux http://www.checkpoint-online.ch/CheckPoint/Monde/Mon0014-BilanGuerreKosovo.html

Ces manipulations sont passées complètement inaperçues de la majorité des médias occidentaux. Cibles principales de la propagande serbe, les télévisions ont diffusé chaque jour les images fournies par Belgrade - les seules disponibles en Yougoslavie - sans nécessairement mentionner leur origine, qu'il s'agisse des rassemblements "spontanés" de la foule sur les ponts dans les villes du pays, ou des bandes vidéos prises sur les lieux des prétendus dommages collatéraux de l'OTAN.

Les journalistes, qui ne pouvaient travailler sans d'énormes restrictions de mouvement et de parole, ont par ailleurs été emmenés et escortés à réitérées reprises sur ces mêmes lieux, afin de constater de visu les "crimes contre l'humanité" dont Belgrade n'a cessé d'agonir l'Alliance. Ces visites guidées, qui rappellent fort celles pratiquées à Bagdad en 1991, n'ont pas empêché certains reporters de dénoncer vigoureusement les frappes et de traiter "d'affabulations" les déclarations des porte-parole alliés au sujet de boucliers humains.

La vérité reste la première victime d'une guerre. En l'absence d'une étude exhaustive de la couverture du conflit, il est néanmoins possible d'identifier trois travers qui furent fréquents dans les médias occidentaux, audiovisuels, électroniques ou écrits:

  • L'absence de remise en question systématique des informations reçues, y compris celles d'envoyés spéciaux témoignant à vif sur le terrain (il est frappant de remarquer que, si les déclarations de l'Alliance ont en principe été estampillées comme telles, souvenir probable de la guerre du Golfe, les images serbes ont souvent été diffusées sans pareille mention, alors que le contrôle de Belgrade sur les médias était connu);

  • La méconnaissance profonde de la chose militaire, des conditions de la guerre aérienne moderne et des armements engagés (cette lacune est particulièrement criante dans la presse suisse en général et romande en particulier);

  • Enfin, l'absence de remise des faits dans leur contexte, et donc l'extraction de détails pour en tirer des conclusions générales éloignées de la réalité (la médiatisation des dommages collatéraux illustre de manière marmarquante ce travers propre surtout aux médias audiovisuels).

    L'efficacité de la propagande serbe et l'inconséquence des médias occidentaux ont incontestablement porté atteinte à la crédibilité de l'OTAN, et donc au soutien de l'opinion publique, à laquelle les gouvernements portaient une attention particulière. Mais ces effets s'explique aussi par la faiblesse de l'Alliance dans le domaine de l'information.

Les offensives médiatiques de l'OTAN

Dès les premiers jours de la guerre, les alliés ont lancé des opérations psychologiques en direction aussi bien des civils que des militaires serbes. A l'aide de tracts largués au-dessus des villes et du Kosovo, d'émissions TV ou radiophoniques, deux objectifs étaient poursuivis: désolidariser la population serbe du régime de Milosevic et inciter les soldats serbes à la désertion (voir notre article sur les PsyOps de l'Alliance). Deux EC-130 Commando Solo américains, capables de produire et de retransmettre des émissions radio et TV, ainsi que 3 MC-130 Combat Talon pour le largage des tracts ont été attribués à Allied Force.

Les effets de ces opérations restent difficiles à appréhender. La population civile n'avait d'autre choix que se terrer dans les abris; sans pour autant porter unanimement Milosevic dans leur cœur, les Serbes ont fait preuve d'une abnégation remarquable et n'ont apparemment accueilli la communication alliée qu'avec curiosité, dédain ou rage.

Leurs soldats - et notamment les appelés des unités régulières - ont sans doute été nettement plus réceptifs, notamment avec le pilonnage intensif des deux dernières semaines. Si l'annonce alliée de 13'000 déserteurs relève bien plus de la propagande que de la réalité, il est toutefois probable que l'engagement de moyens à proprement parler terrifiants - comme les tapis de bombes des B-52 - sur les concentrations serbes auraient eu des effets majeurs si l'opération s'était poursuivie.

 

La véritable défaite de l'Alliance

Mais la grande faiblesse de l'OTAN dans l'information aux médias occidentaux a eu des effets autrement plus importants. Dotée de moyens humains insuffisants, souvent réduite à des spéculations en l'absence de données récentes, et écartelée entre Mons, Washington, Londres et Paris, la communication de l'Alliance a accumulé imprécisions, contradictions et dénégations erronées.

Il est certes vrai qu'une Task Force menant plusieurs centaines de missions offensives par jour, et dont les éléments proviennent de 13 nations différentes, est a priori peu capable de contrer les offensives médiatiques d'une seule nation soumise à un contrôle strict de l'information. Toutefois, malgré certains succès - et notamment celui d'avoir réussi à évincer l'idée, propagée par certains cercles pacifistes, que les bombardements sont responsables de l'exode des réfugiés -, trois éléments montrent que l'Alliance a perdu sa guerre de l'information:

  • Les images de l'OTAN n'ont jamais pu détrôner celles de la propagande serbe dans les titres (les "b-roll" en anglais) des journaux télévisés occidentaux;

  • Le système de commandement comme celui de l'évaluation des frappes n'a pas pris en compte, dans sa planification, la nécessité de démentir les accusations adverses de raids menés contre des objectifs civils;

  • Les chiffres et bilans fournis lors des briefings quotidiens comprenaient fréquemment des contradictions, notamment entre l'OTAN et le Pentagone.

 

De fait, la communication alliée a été globalement mise sur pied d'égalité avec celle d'un régime inculpé de crimes contre l'humanité. Une défaite pour les nations occidentales, mais aussi pour leurs médias, qui tendent à se prétendre indépendants et citoyens alors qu'ils ne sont souvent qu'émotionnels et commerciaux. Il est probable que la prolongation du conflit aurait entraîné un effritement du soutien de l'opinion publique, et par là même de la résolution des alliés.

5. Conclusions

Les éléments qui précédent sont riches d'enseignements dans des domaines divers. Nous nous bornerons ici à tirer quelques conclusions dans les domaines militaire et stratégique:

  • L'OTAN n'était pas prête à mener une guerre, mais seulement une opération aérienne, sorte de baroud d'honneur destinée à faire office d'atout dans une future négociation;

  • Les missions reçues par le commandement de l'OTAN - démontrer, dissuader, endommager - étaient incompatibles avec les moyens attribués et les restrictions politiques imposées;

  • La supériorité aérienne complète de l'OTAN n'a ni supprimé la menace de la DCA, ni empêché un renforcement significatif des forces serbes au Kosovo, ni interdit l'utilisation locale d'avions d'attaque au sol et d'hélicoptères;

  • Le choix d'une opération exclusivement aérienne a permis d'infliger des dommages considérables à l'infrastructure industrielle de la Yougoslavie, mais pas à son appareil militaire, tout en entraînant d'importantes pertes civiles;

  • Seule l'offensive de l'UCK fin mai a permis de débusquer les Forces terrestres serbes et de leur infliger des pertes significatives, relativisant par là même le succès du "tout aérien";

  • Enfin, la guerre de l'information ne peut par définition pas être gagnée avec une offensive aérienne, même s'il reste sans doute possible de ne pas la perdre avec une humanisation et une émotionalisation des opérations.

 

Plt Ludovic Monnerat    

Sources

Center for Strategic and International Studies, The Lessons and Non-Lessons of the Air and Missile Campaign in Kosovo, 1999; Lord Robertson, Kosovo: Un An Après, 2000; Ministère français de la Défense, Enseignements du Kosovo, 1999; US Department of Defense, Kosovo After Action Review, 1999; Human Rights Watch, Civilian Deaths in the Nato Air Campaign, 1999; nombreux articles Libération, Le Monde, The Times, The Telegraph, The Herald Tribune, Washington Post, The Halifax Herald; dépêches AP, AFP et Reuters.

 

Sites connexes



 


La CIA au coeur de la balkanisation et de la troisième (ou quatrième) guerre mondiale soutenue par Marie France Garraud

 http://www.france5.fr/ripostes/D00069/98/125717.cfm contrairement aux propos de monsieur Pastor et madame Garraud, et en considérant le problème de la troisième (quatrième) guerre mondiale (pressée par madame Garraud de se produire), il est urgent

30 juin 2001 http://www.checkpoint-online.ch/

Yougoslavie, dix ans de guerres :
Slovénie (juin 1991) – Macédoine (juin 2001)

En 1990, la CIA prévoyait la décomposition de la Yougoslavie en moins d'un an et demi. Elle avait parfaitement raison et tous les événements qui ont suivi étaient conformes à ses hypothèses. Cela a été publié à une époque où la communauté internationale insistait sur"le respect de l'intégrité territoriale de l'ancienne Yougoslavie".

Lorsque la guerre a commencé, personne ne savait qu'elle durerait aussi longtemps. D'après le témoignage d'un soldat, au ton amer et ironique, les événements de juin 1991 en Slovénie avaient des faux airs d'opérette :"Ils voulaient l'indépendance et nous, nous ne souhaitions pas qu'ils l'obtinssent."

«... Cela fait dix ans que tout a commencé et aujourd'hui c'est au tour de la Macédoine de connaître les affres de la guerre. »
«... Cela fait dix ans que tout a commencé et aujourd'hui c'est au tour de la Macédoine de connaître les affres de la guerre. »

Depuis, ces velléités autonomistes ont souvent été à l'origine des nombreux carnages qui se sont succédés dans la région. Cela fait dix ans que tout a commencé et aujourd'hui c'est au tour de la Macédoine de connaître les affres de la guerre. Les événements se sont déplacés le long de ce que les Yougoslaves appelaient jadis "l'autoroute de la Fraternité et de l'Unité."

Partie du Nord-Ouest, la guerre a gagné le Sud, se répandant dans les anciennes républiques yougoslaves, les unes après les autres.


1991

En juin, les assemblées de Slovénie et de Croatie décident de l'indépendance de ces deux unités fédérales. Les instances slovènes commencent à recouvrer les compétences de l'Etat fédéral. Les dirigeants politiques yougoslaves décident alors de faire intervenir l'armée. La guerre entre la défense territoriale slovène et l'armée fédérale est brève et entrecoupée de trêves où les victimes sont plus nombreuses que durant les combats.

Epilogue : les Slovènes déclarent dix victimes, et l'armée yougoslave reconnaît avoir perdu 40 soldats et officiers. L'Armée yougoslave se retire de la Slovénie. Les autochtones fêtent la victoire et leur nouveau héros : Janez Jansa.

La fièvre autonomiste gagne la Croatie après une série de graves incidents à Plitivice, Borovo, Selo, etc. Tudjman forme une garde nationale et Anton Tus quitte l'armée yougoslave pour en devenir le chef. Commencent alors les attaques contre les casernes. L'armée yougoslave se retire vers les régions habitées par les Serbes."L'automne sanglant"se terminera par la chute de la ville de Vukovar que les Croates appellent depuis "le Stalingrad croate". Le drame s'achèvera cette année-là par une division de la Croatie en deux parties. Les enclaves serbes porteront le nom de République Srpska Krajina. Arrivent enfin les casques bleus de l'ONU qui seront disposés selon le principe des taches d'encre.

Le 25 décembre 1991, le Vatican puis l'Allemagne sont les premiers à reconnaître l'indépendance de la Slovénie et de la Croatie. Les autres pays européens suivent leur exemple alors que les Etats-Unis s'abstiennent.


1992

A peine les passions de la guerre se sont-elles calmées en Croatie, que c'est au tour de la Bosnie de s'embraser. Les Etats-Unis, et toute la communauté internationale, reconnaissent la souveraineté de la Bosnie-Herzégovine.

Les chefs des Serbes de Bosnie se déplacent de la ville de Sarajevo à sa banlieue, Pale. Les soldats de l'armée yougoslave meurent dans les rues de Sarajevo. C'est le début d'une sanglante guerre ethnique entre les Serbes, les Musulmans et les Croates. La ville de Sarajevo est assiégée par les Serbes et les foyers de guerre éclatent le long des rivières Drina, Una,
Vrbas et Bosna.

Avec la guerre en Bosnie, l'ancienne Yougoslavie n'existe plus. La Serbie et le Monténégro forment la République Fédérative de Yougoslavie. L'armée yougoslave se retire pacifiquement de la Macédoine. L'ONU émet des sanctions à l'égard du nouvel Etat yougoslave car celui-ci aide les Serbes en Croatie et en Bosnie. Slobodan Milosevic nomme Milan Panic, homme d'affaires américain, Premier ministre et l'écrivain Dobrica Cosis devient chef de l'Etat. Quelques mois plus tard, il les obligera à quitter leurs fonctions.


1993

L'année 1993 est marquée par de vaines négociations de paix qui, pour l'essentiel, se tiennent à Genève. Différents plans se succèdent. Les négociateurs sont l'Américain Cyrus Vance et le Britannique David Oven - Vance sera ensuite remplacé par le Norvégien Torvald Stoltenberg. Tous les foyers de guerre en Croatie et en Bosnie demeurent "actifs", avec des confrontations sanglantes entre Croates et Musulmans en Bosnie. Les Serbes accordent leur aide  aux Croates.


1994

Les premiers conflits entre Slobodan Milosevic et les dirigeants serbes de Bosnie voient le jour. Milosevic introduit le blocus sur la Drina puisque Radovan Karadzic n'a pas accepté le plan "Vance-Oven" . En même temps, couve un nouveau conflit entre Karadzic et Mladic.


1995

C'est une année essentielle pour le dénouement de la crise à l'Ouest de la Drina. Dans les opérations "Eclair" en mai et "Tempête" en août, les forces croates chassent presque toute la population serbe de la Slavonie occidentale et de la Krajina de Knin. Les forces croato-musulmanes ont conquis, en automne, la plus grande partie des anciens territoires serbes en Bosnie occidentale.

Vient alors la conférence de Dayton, une base militaire américaine où Slobodan Milosevic, Franjo Tudjman et Alija Izetbegovic signent un nouvel accord sous le regard des Américains. La guerre cesse.


1996

C'est la première année de paix dans l'ancienne Yougoslavie après cinq ans de guerre. Les sanctions à l'encontre de la RFY sont abolies. Elle peut désormais participer aux compétitions sportives internationales et accueillir les avions des compagnies étrangères. Les liens avec le reste du monde et l'environnement immédiat sont renoués. Le journal"New York Times"qui avait décrit Milosevic comme "Le boucher des Balkans" considère désormais le dirigeant serbe comme un "facteur irremplaçable de paix dans les Balkans."


1997

La première partie de l'année, les différents protagonistes demeurent fidèles aux engagements de Dayton. Pour la seconde moitié, l'Armée de la libération du Kosovo, l'UÇK, s'impose sur la scène politique. Ibrahim Rugova et d'autres hommes politiques albanais du Kosovo considèrent que l'UÇK est "une création de la police serbe." Les représentants de l'UÇK font alors leur première apparition publique le 29 novembre 1997, en habits militaires. C'est le début des affrontements au Kosovo. Les premières victimes ne sont pas seulement des policiers et des soldats. Il s'agit de civils et notamment d'enfants.


1998

L'UÇK renforce ses activités terroristes en visant tout ce qui représente"le pouvoir serbe". L'armée et la police répondent et la communauté internationale s'oppose à une utilisation exagérée de la force.

Au mois d'octobre, après une des nombreuses visites de Richard Holbrooke à Milosevic, la communauté internationale adresse sa première menace directe : le bombardement aérien ! L'intervention militaire internationale devient une épée de Damoclès.


1999

Au mois de mars, après l'échec des négociations à Rambouillet, l'intervention de l'OTAN devient une réalité. Les forces aériennes de l'OTAN bombardent la Yougoslavie pendant 78 jours. Au Kosovo, on assiste à une guerre véritable entre l'UÇK et l'armée et la police serbe. L'OTAN envisage même une opération au sol mais cette solution n'est pas mise en oeuvre grâce à l'instigation de Tchernomirdyn-Ahtisaari et à la signature d'un accord à Kumanovo - Macédoine. L'armée et la police serbes se retirent du Kosovo pour laisser place aux troupes de l'OTAN.


2000

Encore une année de guerres. Une"petite guerre"est menée au Sud de la Serbie où des extrémistes albanais essaient de "libérer" une région qu'ils appellent "Kosovo de l'Est." Leur action est empêchée, non seulement par des moyens militaires, mais surtout par une activité diplomatique intense de la part du nouveau pouvoir serbe.


2001


La Macédoine était la dernière des anciennes républiques yougoslaves (hormis le Monténégro) qui jusqu'à présent n'avait pas connu d'affrontements sur son territoire. C'est désormais chose faite. Après le retour au calme dans le  Sud de la Serbie, les extrémistes albanais ont transporté le conflit en Macédoine. Le pays a longtemps fait preuve de beaucoup de patience en recherchant une solution pacifique. La main maléfique du dieu de la guerre, Mars, a touché, ce printemps, la dernière oasis de paix des Balkans.



Bilan d'une décennie sanglante

Jusqu'à présent, cinq Etats ont été crées sur le territoire de l'ancienne Yougoslavie :

La Slovénie : il s'agit d'un Etat mono ethnique qui, en dépit de sa grande stabilité économique, éprouve des difficultés à se rapprocher de l'Union européenne. Il faut dire que des lois restrictives ne permettent pas aux étrangers de posséder de l'immobilier dans le pays. A noter que les anciens communistes sont toujours au pouvoir;

La Croatie : c'est aujourd'hui un Etat mono ethnique qui compte moins d'habitants qu'il n'en avait en 1991. Après les années Tudjman, le pays est en proie à des affaires de corruption. Les libéraux (les nationalistes) et les sociaux-démocrates se partagent le pouvoir;

La Bosnie : depuis les accords de Dayton, cet Etat est composé de deux entités. Le pays est sous tutelle internationale. Son autonomie économique serait difficile sans une aide importante de l'étranger;

La Macédoine : le nom de cet Etat n'est toujours pas reconnu par la communauté internationale. Il s'appelle officiellement FYROM, ancienne république yougoslave de Macédoine. Son destin et sa survie semblent être l'objet d'un grave enjeu politique;

La Yougoslavie : Une fédération trop fragile que le Monténégro veut quitter. Une partie de son territoire (le Kosovo) est un protectorat international. Le pays est appauvri économiquement. Il souffre de trop nombreuses affaires et d'un isolement prolongé d'avec le reste du monde. Les dirigeants  actuels n'ont pas participé à l'ancien gouvernement marxiste. Cependant, au niveau fédéral, ils coopèrent avec les anciennes communistes.


Il n'est pas exclu que de nouveaux Etats apparaissent sur le territoire de l'ancienne Yougoslavie !

Texte original: Dragan Belic, Reporter (Slovénie), 20.6.01 (traduction par le Courrier des Balkans)    
Rewriting: Cap Ludovic Monnerat
 

A mon humble avis la Trosième (ou quatrième si la guerre froide est la troisième) guerre mondiale aurait pu commencer au début de la décennie 1990 sous l'impulsion de la CIA qui a fini par faire intervenir l'OTAN en 1999. N'oublions pas que ce processus n'est toujours pas abouti et que de longs procès sont encore en cours. http://olsibaze.blog.ca/. Espérons que le Territoire de l'ancienne Yougoslavie ne sera pas encore trop morcellé en Etats (l'espace est limité tout de même) mais que la régionalisation permettra de diviser les territoires en entités administratives où chacun pourra vivre librement sans empiéter sur la liberté d'autrui. 

24 mars 2000

Une année après, le bilan militaire de la guerre du Kosovo montre que le "tout aérien" relève plus du mythe que de la révolution

Le 24 mars 1999, l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord lançait ses premiers raids aériens sur l'ex-Yougoslavie: l'opération Allied Force, décrite comme une campagne plus qu'une guerre, allait nécessiter 78 jours pour amener le régime de Belgrade à résipiscence.

Douze mois plus tard, et avec la publication de plusieurs rapports par les institutions concernées ou par des organisations non-gouvernementales, le voile se lève sur certains aspects peu mis en évidence durant les opérations. De sorte que, sur la base des seules sources ouvertes, un bilan militaire précis peut être tiré.

1. La stratégie de l'OTAN

Il ne s'agit pas ici de se livrer à une analyse détaillée des décisions politiques qui ont précédé le conflit, ni d'énumérer les démarches diplomatiques qui ont probablement précipité la fin de l'opération. De même, les raisons pour lesquelles le président Milosevic a finalement accepté de retirer ses Forces armées du Kosovo ne seront pas abordées; nous nous bornerons à rappeler les conditions générales de l'engagement de l'OTAN: objectifs, moyens et contingences.

Les objectifs généraux de l'OTAN avant le conflit

La radicalisation évidente des incidents au Kosovo et leur dégénérescence en guerre civile, en février 1998, ont renforcé la probabilité d'une intervention militaire de l'Alliance, alors même qu'elle fournissait depuis 1995 l'essentiel des 30'000 hommes de la SFOR en Bosnie. Une réunion du Conseil de l'Atlantique Nord, le 28 mai 1998, fixait deux objectifs majeurs pour l'OTAN:

Appuyer la gestation d'un règlement pacifique de la crise en contribuant à la réponse de la communauté internationale;

Promouvoir la stabilité et la sécurité dans les pays voisins, avec une emphase particulière sur l'Albanie et l'ex-république yougoslave de Macédoine.

A partir de juin 1998, le commandement de l'Alliance étudie les possibilités d'intervention et prépare pas moins de 40 concepts à cette fin. Un éventail de cibles militaires est également dressé. En octobre 1998, suite à l'acceptation par le régime de Belgrade de l'envoi d'une force d'observateurs non armés de l'OSCE, le spectre de l'intervention s'éloigne. Il revient toutefois d'actualité avec la poursuite des exactions au Kosovo et le nombre croissant à la fois de soldats serbes et de réfugiés kosovars.

"Stratégie" occidentale et missions militaires

L'échec des pourparlers de Rambouillet, en février et mars 1999, a précipité l'issue militaire de la crise. Le déclenchement de l'opération Allied Force devait ainsi contraindre le président Milosevic à entreprendre 5 démarches connexes:

  1. Mettre un terme, de façon vérifiable, à toute action militaire et mettre fin immédiatement à la violence et à la répression;
  2. Retirer les forces militaires, forces de police et forces paramilitaires du Kosovo;
  3. Accepter une présence militaire internationale au Kosovo;
  4. Accepter le retour, sans conditions et dans un climat de sécurité, de tous les réfugiés et personnes déplacées, et permettre aux organisations d'aide humanitaire d'accéder sans entraves à ces personnes;
  5. Donner des assurances crédibles de sa volonté d'œuvrer, sur la base des Accords de Rambouillet, à l'établissement d'un accord-cadre politique sur le Kosovo en conformité avec le droit internationale et la Charte des Nations Unies.

Ces démarches ne visent donc pas à atteindre des objectifs clairement définis, mais à empêcher Milosevic d'atteindre les siens en le contraignant à renoncer à son action: la "stratégie" occidentale n'en est pas une. Pour amener le régime de Belgrade à agir de la sorte, le Commandant suprême des forces alliées en Europe, le général Wesley Clark, a pour sa part reçu les missions suivantes:

Démontrer le sérieux de l'opposition de l'OTAN à l'agression de Belgrade dans les Balkans;

Dissuader Milosevic de poursuivre et d'augmenter ses attaques sur des civils sans défense et créer les conditions pour inverser son nettoyage ethnique;

Endommager la capacité de la Serbie à mener la guerre au Kosovo dans le futur et étendre la guerre aux voisins en diminuant ou en dégradant sa capacité à mener des opérations militaires.

Incidences politiques sur la stratégie de l'OTAN

La marge de manœuvre importante que comportent ces missions a été toutefois sérieusement limitée par deux servitudes politiques: la nécessité d'engager l'adversaire de manière progressive et le refus de toute intervention terrestre. Ces deux servitudes s'expliquent par la volonté de maintenir l'unité de l'Alliance atlantique, alors même que plusieurs membres sont réticents à user de la force, et de sauvegarder l'appui des opinions publiques nationales en évitant le choc qu'engendrerait des pertes nécessairement médiatisées.

De fait, les dirigeants politiques occidentaux ont jeté l'essentiel de leurs cartes sur table, avant même le début de la confrontation armée, alors que le maître de Belgrade conservait plusieurs atouts dans son jeu. Cette intrusion flagrante des impératifs politiques dans la stratégie militaire eut notamment pour conséquence le choix d'un plan comprenant 5 phases:

0. Déploiement des moyens aériens sur le théâtre européen;

1. Etablissement de la supériorité aérienne sur le Kosovo et dégradation des moyens de commandement et contrôle dans toute l'ex-Yougoslavie;

2. Attaque des cibles militaires au Kosovo et des Forces yougoslaves au sud du 44e parallèle;

3. Extension des opérations aériennes contre un large éventail de cibles de haute valeur militaire et de Forces armées dans toute l'ex-Yougoslavie;

4. Redéploiement des moyens aériens.

Inadéquation des moyens aux missions

Mais les moyens mis à disposition du général Clark par les pays membres, entre septembre 1998 et février 1999, se sont rapidement révélés insuffisants et ont nécessité un renforcement drastique: de 350 avions alliés le 24 mars, on est ainsi passé à 550 le 13 avril, 700 le 27 avril et près de 1100 au 10 juin. Pour faire face à la surcharge des aérodromes italiens et pour multiplier les possibilités tactiques, des avions de combat ont de plus dû être positionnés en Hongrie et en Turquie.

De toute évidence, du côté de l'Alliance, nul n'était préparé à mener un conflit de longue durée: à l'insuffisance des moyens initiaux, principalement de suppression des défenses aériennes ennemies et de ravitaillement en vol, a en effet succédé l'épuisement de certaines munitions dites "intelligentes".

Les Etats-Unis, déjà clairement affaiblis en ce domaine depuis l'opération Desert Fox de décembre 1998, ont par exemple tiré presque tous leurs missiles de croisière CALCM embarqués sur B-52 et tous leurs Tomahawk Block III, alors que leur production en bombes guidées JDAM a dû passer de 200 par mois en février à 500 en août. La France, premier contributeur après les USA en nombre d'avions comme de missions offensives, a dû acheter de toute urgence des bombes guidées au laser pour 203 millions de francs.

Incidences politiques sur la conduite de l'action

L'utilisation même de ces munitions a d'ailleurs suscité de sérieuses dissensions entre les alliés. Plusieurs pays engagés dans l'opération ont ainsi fait usage d'un droit de veto, parfois à l'ultime instant, entraînant le rappel d'avions en cours de mission. Globalement, alors que les USA, l'Allemagne et la Grande-Bretagne plaidaient pour un élargissement des cibles et une radicalisation de l'action, la France et l'Italie ont fait de la résistance.

Un cas flagrant d'intervention politique a été constitué par l'engagement de bombes CBU-94 au graphite, capables de court-circuiter les installations électriques. Alors que le bombardement avec les CBU-94 étaient prévus pour la première semaine d'Allied Force, la France n'a accepté leur emploi ponctuel que le 3 mai, et un engagement plus massif trois semaines plus tard seulement.

Le bombardement de l'ambassade de Chine à Belgrade par un avion furtif B-2, le 7 mai, a par ailleurs provoqué une modification du processus de désignation des objectifs, afin de tenir davantage compte de leurs aspects politiques. Du coup, les frappes sur la capitale même ont pratiquement cessé.

Enfin, la conduite de l'action a été largement influencée par le choix des Etats-Unis de conserver sous leur autorité directe certains moyens clés: les bombardiers furtifs F-117 et B-2, les bombardiers lourds B-52, les appareils de reconnaissance U-2 et les missiles de croisière Tomahawk. Les navires alliés opérant en Méditerranée n'étaient par exemple que rarement avertis des lancements de missiles de croisière.

Un succès malgré tout

Pour de multiples raisons, les Forces armées de l'Alliance ont donc été engagées dans un conflit sans stratégie clairement définie, avec des moyens inadaptés aux missions et sans véritable marge de manœuvre. Contrairement aux principes militaires de base, elles n'ont pas d'emblée frappé de toutes leurs forces le centre de gravité adverse. "Se battre en acceptant d'avance l'idée de compromis, c'est se conduire en victime d'un perpétuel chantage", écrivait le général Douglas MacArthur dans ses Mémoires à propos de la Corée.

Et pourtant, la volonté de l'OTAN a prévalu. En se limitant à une action aérienne entravée par des précautions de taille, l'Alliance est parvenue à faire plier Milosevic et le contraindre à retirer ses forces militaires et paramilitaires du Kosovo, et ainsi permettre le retour de près d'un million de réfugiés. Le tout sans aucune perte dans ses rangs. Comment expliquer ce succès sans précédent? Examinons les opérations de l'OTAN dans trois domaines: le contrôle de l'espace aérien, l'efficacité des bombardements et la guerre de l'information.

2. Le contrôle de l'espace aérien

La phase 1 de l'opération Allied Force avait notamment pour but de désorganiser les moyens de défense antiaérienne yougoslaves et de supprimer la menace constituée par les avions de combat adverses. En 1995, les frappes de l'OTAN au-dessus de la Bosnie avaient entraîné la perte de 6 avions de combat alliés. En 1999, le commandant des Forces aériennes alliées (JFACC), le lieutenant-général Michael Short, redoutait des pertes quotidiennes de 3 à 5 avions durant les premiers jours du conflit.

En fait, les pertes alliées au combat se sont limitées à 2 appareils (1 F-117 probablement abattu par un SA-3 après une défectuosité due à des impacts de 30 mm, 1 F-16 touché par un SA-6), alors que 3 autres ont été perdus lors d'entraînements (2 AH-64A Apache en Albanie et 1 AV-8B Harrier en Méditerranée). Du coup, le pourcentage de pertes par rapport au nombre de sorties s'est limité à 0,03, soit un tiers de celui de la guerre de Golfe et moins d'un vingtième de celui du Vietnam.

Les moyens de défense antiaérienne yougoslaves

Intégralement équipées en matériel provenant de l'ex-Pacte de Varsovie, les Forces armées yougoslaves alignaient au 24 mars 1999 près de 1850 canons antiaériens et 1000 lanceurs de missiles sol-air. Ces moyens s'articulaient approximativement de la sorte:

  • 24 unités de feu fixes SA-2 Guideline;
  • 16 lanceurs mobiles SA-3 Goa;
  • 60-80 lanceurs mobiles SA-6 Gainful;
  • 113 lanceurs mobiles SA-9 Gaskin;
  • 17 lanceurs mobiles SA-13 Gopher;
  • 500 lanceurs portables SA-7 Grail;
  • 300 lanceurs portables SA-16 Gimlet et SA-18 Grouse;
  • 54 canons autopropulsés ZSU-57-2 de 57 mm;
  • 266 canons autopropulsés ou tractés ZSU-30-2 de 30 mm;
  • 350 canons M53/59 de 30 mm;
  • plus de 1000 canons de 20 mm de divers types.

L'ampleur de ces moyens, répartis sur un secteur de 102'350 kilomètres carrés, rappellent par leur densité ceux mis en œuvre au Vietnam. En fait, l'interconnexion des systèmes de détection et de feu ainsi que la modernité de certains de ses éléments rendaient la DCA yougoslave particulièrement redoutable. Les capacités de ces différents missiles sont les suivantes:

Ces missiles d'âges et de types divers représentent des dangers inégaux. Les plus redoutables étaient sans conteste les SA-6, mobiles, dotés d'une grande portée, pouvant fonctionner sans radar et récemment modernisés, ainsi que les portables SA-7, 16 et 18, autonomes grâce à leur autodirecteur infrarouge.

Les avions de l'OTAN face à la menace

En raison de cette menace DCA, le commandement de l'OTAN a imposé une altitude minimum à ses avions de combat durant la première phase de l'opération. Il serait toutefois faux de croire à cette image, volontiers colportée par une bonne partie des médias, d'avions survolant l'ex-Yougoslavie à 10'000 mètres et déversant en toute quiétude leurs munitions guidées.

Au 24 mars, l'altitude fixée par le lieutenant-général Short était de 4500 mètres, au niveau du plafond des missiles portables et au-delà de celui des canons. Dès le 4 avril, cette limite a été abaissée à 3000 mètres afin de renforcer la probabilité de frappes sur les troupes serbes au Kosovo. Vers la fin du mois d'avril, enfin, les avions alliés avaient l'autorisation de descendre jusqu'à 2000 mètres. Mais l'altitude n'a que peu de rapport avec la précision des frappes (voir ci-dessous).

De fait, du premier au dernier jour, les pilotes de l'Alliance ont constamment été menacés. Une année après les faits, le black-out se lève peu à peu et les langues se délient: les récits de missiles lancés par rafales, explosant parfois à proximité des réacteurs, se multiplient. Si les pertes de l'OTAN au combat sont connues, le nombre d'avions endommagés n'a jamais été précisément communiqué. Tout au plus certaines déclarations et incidents marquants - comme l'atterrissage en catastrophe en Macédoine d'un A-10 touché par un missile portable - donnent des indices indiscutables de ce que fut la guerre du Kosovo: un duel permanent, dominé par un protagoniste incapable d'obtenir la décision.

La suppression des défenses antiaériennes

De manière à fournir une protection suffisante à ses avions d'attaque sans cesse plus nombreux, l'OTAN a dû renforcer massivement ses moyens de "suppression of enemy air defense" (SEAD). Le 24 mars, les alliés alignaient 69 appareils: 10 Tornados allemands, 6 Tornados italiens, 45 F-16C/J Fighting Falcon et 8 EA-6B Prowlers américains; le 10 juin, 150 avions remplissaient cette mission (16 Tornados, 102 F-16C/J et 36 EA-6B), alors que 30 F-16C/J déployés en Turquie étaient sur le point d'être engagés et que l'entraînement sur ce type d'avion, faute d'exemplaire disponible, cessait aux Etats-Unis. Par ailleurs, les 5 engins de renseignement électronique RC-135 Rivet Joint déployés ont été prioritairement engagés contre la DCA.

L'engagement des avions SEAD s'est révélé majeur, puisque qu'ils représentaient 30% des avions de chaque "strike package". Le comportement de la DCA serbe, consistant à n'allumer que furtivement ses radars et à engager de manière imprévisible d'importantes quantités de missiles et de feu, a nécessité une protection permanente. Les 10 Tornados allemands ont ainsi lancé pas moins de 244 missiles antiradars AGM-88 Harm; les 24 F-16C/J du 78th Expeditionary Fighter Squadron, également actifs durant les 78 jours de l'opération ont tiré pour leur part 100 Harm; les 6 Tornados ECR italiens ont pour leur part tiré 115 Harm. Ce qui n'a pas empêché la DCA adverse de lancer environ 700 missiles sol-air sur les avions de l'Alliance.

L'insuccès marquant de la DCA serbe s'explique par plusieurs facteurs:

  • La dissuasion constituée par les avions SEAD, dont les missiles Harm - au demeurant responsables de plusieurs dommages collatéraux - sont capables de toucher leur cible même lorsque le radar adverse cesse d'émettre;
  • L'engagement des missiles principalement par autodirecteur passif (visuel / infrarouge) sur des cibles fuyantes;
  • Les brouillages et destructions des systèmes de commandement et contrôle, annihilant toute coordination et par là même la possibilité d'une action d'ensemble;
  • Le maintien d'une part des avions de l'OTAN au-delà du plafond de la majorité des armes antiaériennes;
  • Enfin, la capacité des pilotes à éviter les missiles tirés sur leurs avions, par le biais de contre-mesures électroniques et de manœuvres d'évitement particulièrement efficaces.

Au terme de l'opération Allied Force, l'OTAN a annoncé avoir détruit 66% des SA-2, 70% des SA-3 et 10% des SA-6; c'est-à-dire infligé des dégâts considérables à l'infrastructure DCA fixe et laissé la DCA mobile partiellement opérationnelle.

La supériorité aérienne dans l'opération

Les alliés n'en ont pas moins acquis le contrôle de l'espace aérien grâce à leur supériorité écrasante dans les airs. Aux 350 appareils de l'OTAN - dont 230 chasseurs-bombardiers - prêts à bondir au soir du 23 mars 1999, la Yougoslavie n'avait à opposer que la flotte suivante:

  • 16 MiG-29 Fulcrum, chasseurs-bombardiers modernes;
  • 64 MiG-21 Fishbed et 18 MiG-21R de reconnaissance, ne constituant qu'une menace marginale;
  • 30 J-22 Orao, 25 G-4 Super Galeb et 50 Galeb, chasseurs-bombardiers de production locale complètement dépassés;
  • 250 hélicoptères de types divers, principalement non armés.

Quelques tentatives de combat aérien, dans les premières semaines de la guerre, ont rapidement tourné court: repérés dès leur envol par les Awacs alliés, les quelques MiG-29 et 21 ayant osé s'approcher ont constamment été mis en fuite ou abattus en vol. Avec les destructions effectuées au sol, mais sur lesquelles des doutes planent (voir ci-dessous), l'OTAN a annoncé avoir mis hors de combat 14 MiG-29 et 35 MiG-21. A partir de la mi-avril, suite aux dégâts majeurs subis par les aérodromes, les capacités offensives serbes ont été virtuellement nulles.

Cette supériorité aérienne n'a toutefois pas empêché l'aviation yougoslave d'engager périodiquement quelques avions d'attaque, pour appuyer les opérations terrestres contre l'UCK, ni surtout de procéder régulièrement à des transports principalement héliportés sur de courtes distances. Ces mouvements n'ont certes pas échappé aux alliés; ils n'avaient simplement pas les moyens d'intervenir à temps.

3. L'efficacité des bombardements

Le recul de Milosevic et l'acceptation des conditions de l'OTAN, le 10 juin 1999, ne doit pas masquer la surprise mêlée de soulagement alors éprouvée par les alliés. Malgré un engagement croissant de moyens parmi les plus perfectionnés, 78 jours de bombardement n'ont pas suffi à infliger des dommages irrémédiables aux Forces armées serbes: leur retraite en bon ordre du Kosovo en a constitué la preuve.

Au-delà de certaines allégations ridicules, comme la prétention de 99,6% de touchés lors de ses missions émise un temps par l'Alliance ou la proclamation de 47 avions de l'OTAN abattus faite par le chef de la 3
e Armée yougoslave, l'efficacité des bombardements reste délicate à appréhender.

Conditions météorologiques et opérations aériennes

Sur l'ensemble de l'opération, le nombre de sorties effectuées s'est élevé à 37'465, dont 14'006 missions de bombardement ou de suppression des défenses antiaériennes. La moyenne des sorties s'est établie ainsi: 370 par jour pendant les 4 premières semaines, 522 par jour pendant les 4 semaines suivantes et 585 par jour pendant les 3 dernières semaines. Parallèlement, le nombre de missions offensives est passé de 100 à 300 par jour de mars à juin.

Ces augmentations ne traduisent toutefois pas l'effet des conditions météorologiques sur les opérations aériennes. En raison de l'importante couverture nuageuse fréquente au printemps sur la Yougoslavie, la moitié des missions planifiées ont dû être annulées 39 jours sur 78, alors que seuls 20 jours n'ont opposé aucune entrave aux opérations.

Les effets des nuages sur les reconnaissances et les raids avec munitions guidées par laser ont largement diminué la précision de certains systèmes d'armes; en raison des règles d'engagements strictes destinées à limiter les risques de dommages collatéraux, les systèmes capables de s'affranchir des conditions météorologiques ont donc été mis en évidence. Cinq d'entre eux ont été notablement utilisés:

  • Les missiles de croisière, dont 329 ont été tirés par la flotte américaine et britannique ainsi que par les B-52, et qui possèdent un guidage inertiel, couplé avec un GPS pour les Tomahawk Block III;
  • Les bombes guidées par GPS de type JDAM, qui constituent une sorte de kit peu coûteux (20'000-25'000$) applicable à des bombes classiques, et dont l'engagement s'est fait au rythme des arrivages;
  • Les systèmes de navigation et de largage embarqués ultraprécis comme celui du Mirage 2000D, capable de tirer une bombe conventionnelle avec une précision de 30 m à une altitude de 7500 m, ce qui reste suffisant pour certaines cibles;
  • Les systèmes de guidage à basse altitude comme le drone américain Predator, capable d'illuminer une cible avec un rayon laser;
  • Enfin, les informations provenant d'éléments terrestres, unités de l'UCK ou forces spéciales occidentales, dont l'engagement au Kosovo a été annoncé par plusieurs médias sans confirmation officielle.

Il convient toutefois de souligner que les nations possédant l'un ou l'autre de ces moyens se limitent principalement aux Etats-Unis, et de manière marginale à la France et à la Grande-Bretagne.

Munitions intelligentes contre "bombes stupides"

L'évolution positive des conditions météorologiques et la désorganisation des moyens DCA serbes ont permis d'utiliser un large éventail de munitions. Contrairement à certaines idées reçues, les munitions intelligentes n'ont pas été majoritaires au Kosovo; elles ont progressivement fait place aux "bombes stupides", larguées sur des cibles telles que raffineries de pétrole, citernes de carburant et concentrations de troupes, ou sur des objectifs ne valant tout simplement pas le coût du projectile. Toutefois, sur les quelque 23'000 bombes et missiles lancés sur la Yougoslavie, 35% étaient guidés, soit 4 fois plus que les 8% de la guerre du Golfe.

La précision et l'efficacité des bombardements n'en restent pas moins sujettes à caution. Aux premières déclarations triomphales de l'Alliance ont succédé la prudence, puis une surprise mal dissimulée face aux résultats des raids, même avec des munitions intelligentes. Selon les chiffres fournis par l'OTAN, durant les 20 premiers jours, 102 objectifs ont été attaqués avec 90% de bombes et missiles guidés (sans missiles de croisière); 56% d'entre eux n'ont subi que des dommages modérés, 24% ont été sévèrement endommagés et 20% détruits. Des chiffres qui ne sont pas particulièrement flatteurs.

Toutes les données ne sont pas disponibles. Les Forces armées canadiennes ont cependant annoncé que les 379 bombes guidées par laser larguées par leur 18 CF-18 durant les raids ont eu une précision oscillant entre 65 et 70%, affirmant par là même une équivalence avec les résultats de leurs alliés. Les 650 JDAM larguées par les B-2 ont eu une précision de 89%, selon l'US Air Force. Quant aux missiles de croisière, si l'US Navy s'est refusée à toute précision, une estimation de l'efficacité des CALCM indique une précision au but inférieure à 50%, avec seulement 75% de succès au lancement; à l'issue de la guerre du Golfe, l'US Navy avait annoncé que 50% de ses Tomahawk avaient touché leur cible.

Les moyens de reconnaissance alliés

Les effets initialement réduits des bombardements n'ont cependant par pour seules explications l'efficacité insuffisante des munitions guidées, l'insuffisance des avions d'attaque ou les réticences de certains pays membres: ils sont également dus à des insuffisances dans le processus d'assignation des objectifs. Un jour avant le déclenchement des frappes, l'OTAN avait établi une liste de 169 objectifs; au terme de l'opération, les données sur les cibles remplissaient six volumes épais. De toute évidence, la planification d'une action à moyen terme n'avait pas été menée à bien.

De fait, l'Alliance a engagé une panoplie impressionnante de moyens de reconnaissance:

  • Près de 10 satellites d'observation, dont notamment les KH-12 américains et le seul exemplaire alors en orbite de Hélios, dans le domaine visible, ainsi que les Lacrosse américains pour les images radar;
  • Environ 20 appareils de reconnaissance, en particulier U-2 américains, Tornados allemands et Mirages français;
  • 16 appareils de surveillance aérienne (11 E-3 Awacs et 5 E-2C Hawkeye);
  • 2 appareils de surveillance terrestre E-8 JSTARS;
  • 6 appareils de reconnaissance électronique (5 RC-135 Rivet Joint et 1 C-160 Gabriel);
  • Au moins 40 drones de type divers (principalement Predator et Hunter américains, CL-289 français), dont cependant au moins 14 auraient été abattus par la DCA serbe.

Moyens auxquels il convient d'ajouter les renseignements fournis régulièrement par les unités de l'UCK, ainsi que ceux - probables - de forces spéciales occidentales présentes au Kosovo.

Le processus d'assignation des objectifs

La fusion de tous les renseignements obtenus s'est effectuée au US Joint Analysis Center basé à Molesworth en Grande-Bretagne, avec pour but de transmettre les objectifs assignés à l'US European Command de Stuttgart et à l'Air Operational Centre de l'OTAN à Vincenza en Italie. La mainmise américaine sur l'intégration des données fournies par les senseurs s'explique autant par l'insuffisance des moyens européens, par l'inexistence d'une structure alliée adaptée, que par l'usage d'un nouveau système de désignation des cibles, nommé Joint Targeting Workstation et développé pour les Etats-Unis par Marconi Integrated Systems.

En théorie, ce système devait être capable d'intégrer toutes les données et de fournir des objectifs en temps réel aux avions d'attaques dotés de capacités de traitement, comme certains F-18C Hornet et F-15E Strike Eagle. Les bombardiers furtifs B-2, capables de recevoir de nouveaux ordres et de transmettre en vol les données aux bombes JDAM, auraient également pu bénéficier de ce système.

Dans la pratique, la quantité énorme de données a surchargé le système, et le contrôle destiné à minimiser les dommages collatéraux a fréquemment nécessité la collaboration de neuf personnes différentes, travaillant à des endroits séparés, pour examiner un seul objectif. Si le nombre de civils pouvant dans le pire des cas être tués dépassait 20, une seconde évaluation était en outre effectuée.

Malgré cela, le nombre de nouveaux objectifs générés par jour est passé de 5 fin mars à 25 début mai. Mais le délai du processus "senseur-tireur", dans le meilleur des cas, s'est établi à 1 heure - à l'exception notable des avions de combat en patrouille offensive au Kosovo et autorisés à attaquer des éléments clairement identifiés comme appartenant aux Forces armées serbes.

Les destructions revendiquées par l'OTAN Ces dernières ont-elles subi des dégâts considérables durant les 78 jours de l'opération? Selon le chef de la 3e Armée serbe, ses troupes n'auraient perdu que 13 chars de combat, 6 transporteurs de troupe blindé et 27 pièces d'artillerie, l'OTAN ayant été abusée par plus de 500 leurres. Plus sérieusement, la retraite serbe du Kosovo a permis de dénombrer au moins 250 chars de combat, 450 autres véhicules et 600 pièces d'artillerie et mortiers lourds.

Entre juin et septembre, l'OTAN s'est de ce fait livré a une minutieuse évaluation des dommages, en examinant aussi bien ses données avant, pendant et après les frappes, que les traces et épaves laissées au Kosovo. Cette évaluation a effectivement permis d'identifier un certain nombre de leurres et de frappes multiples, et a conclu aux destructions purement militaires suivantes:

  • 93 chars de combat (19 frappes multiples et 9 leurres détruits);
  • 153 transporteurs de troupe blindés (26 frappes multiples et 5 leurres détruits);
  • 389 pièces d'artillerie et mortiers lourds (45 frappes multiples et 6 leurres détruits);
  • 339 autres véhicules militaires (37 frappes multiples et 9 leurres détruits).

Ces résultats d'une ampleur certaine restent toutefois inférieurs aux effets des bombardements stratégiques. Les Serbes ont ainsi annoncé que les raids alliés ont endommagé ou détruit 24 ponts, 12 gares, 36 usines, 7 aérodromes, 16 raffineries et dépôts de carburant, 17 émetteurs TV et plusieurs installations électriques.

Pour sa part, l'OTAN a fourni le bilan suivant des destructions et dommages stratégiques majeurs:

  • 100% des capacités de raffinage;
  • 70% des installations d'assemblage et de réparation d'avions;
  • 65% de la production de munitions;
  • 50% de la production d'explosifs;
  • 40% de la production et réparation de véhicules blindés;
  • 35% des installations électriques (sauf celles, intactes, du Kosovo);
  • 70% des ponts routiers et 50% des ponts ferroviaires sur le Danube;
  • 100% des voies ferroviaires et 50% des voies routières Serbie-Kosovo;
  • 100% des voies ferroviaires et une partie des voies routières Serbie-Montenegro;
  • 45% des émetteurs TV;
  • 30% des relais civilo-militaires.

La réponse serbe: leurres, camouflage et perfidie

Si le bilan de l'OTAN quant aux bombardements stratégiques est incontestable, celui des raids tactiques comporte certaines zones d'ombres. L'engagement massif de leurres, du côté serbe, est une réalité: préparés depuis parfois plusieurs mois, des avions, chars et pièces d'artillerie factices ont été répandus au Kosovo, et rapidement presque tous frappés par les bombes alliées. Aucun chiffre issu d'une source indépendante n'est disponible, mais les carcasses retrouvées par la KFOR à son entrée dans la province indique l'incontestable succès de leurres rudimentaires, face à des senseurs travaillant aussi bien dans le domaine visible et infrarouge que par ondes radar.

Le camouflage des unités serbes s'est lui aussi révélé plutôt efficace, quoique au prix d'un arrêt total des manœuvres d'envergure. Cet autre succès est dû au relief tourmenté du Kosovo, à ses forêts et villages, à l'absence d'offensive terrestre alliée bien sûr, mais aussi à l'utilisation - confirmée par des témoignages de réfugiés - de boucliers humains, autant comme protection que comme arme médiatique. En fait, seule l'offensive de l'UCK, la dernière semaine de mai, a permis à l'OTAN de frapper avec force les troupes serbes: l'Alliance a revendiqué dans les 2 dernières semaines de l'opération la destruction de 650 chars, véhicules blindés et pièces d'artillerie, contre 150 pour les 9 premières semaines. Des chiffres édifiants.

Ce d'autant plus que le contrôle de l'espace aérien par la flotte alliée n'a pas empêché Belgrade de faire parvenir des renforts à sa 3e Armée, en prévision aussi bien des offensives de l'UCK que d'une possible intervention terrestre, tout en envoyant au Kosovo de nombreuses unités paramilitaires. Le 24 mars, l'OTAN faisait l'estimation suivante des éléments serbes au Kosovo: 16'000 militaires, 14'000 policiers et 2000 paramilitaires; le 27 avril, l'Alliance reconnaissait un net accroissement des effectifs, avec 20'000 militaires, 20'000 policiers et 8000 paramilitaires. Soit une augmentation de 50%.

Cette capacité à transférer en un mois 16'000 hommes armés, dont au moins 10'000 équipés de véhicules blindés, alors même que le gros des forces reste localement actif et peu vulnérable aux frappes de l'OTAN, s'explique en partie par les mauvaises conditions météorologiques et par l'absence de système d'assignation d'objectifs en temps réel, mais aussi par l'incontestable perfidie des troupes serbes: camouflage des véhicules militaires en véhicules civils, dissémination de petits détachements dans le flot des réfugiés et utilisation en phase statique de boucliers humains. Avec, en cas de bombardement, la possibilité d'utiliser ses effets médiatiques.

4. La guerre de l'information

L'esthétique de la guerre de Kosovo est restée typique des opérations menées par les Forces armées occidentales dans les années 90: d'un côté, les images embarquées monochromes égrenant sans fin les trajectoires parfaites des munitions guidées, et fournissant l'illusion d'une guerre propre, chirurgicale, presque virtuelle; de l'autre côté, le visage impitoyable de la réalité, avec ses immeubles éventrés, ses carcasses calcinées et parfois ses restes humains savamment mis en scène par la nation bombardée.

Le problème des dommages collatéraux

L'image des frappes ultraprécises donnée par l'OTAN au début de l'opération a ainsi été détruite dès le 4 avril par les premières annonces serbes de pertes civiles. L'expression "dommages collatéraux", rapidement traduite par "bavure", s'est ensuite imposée durant le reste des 78 jours de bombardements. L'imprécision des munitions guidées et l'engagement croissant de munitions à dispersion (532 des 1011 bombes larguées par les Harriers et Tornados britanniques étaient par exemple des projectiles à sous-munitions) rendent pourtant par définition une "guerre parfaite" impossible.

Sur l'ensemble des bombardements de civils dénoncés par le régime de Belgrade et ses médias télécommandés, une douzaine ont été admis par l'OTAN, sans que l'évaluation serbes des pertes civiles - 5000 morts - soit vraiment réaliste. En fait, d'après un rapport réalisé par l'organisation non gouvernementale Human Rights Watch, quelque 500 civils serbes et kosovars seraient décédés du fait des raids de l'Alliance, au cours de 90 incidents distincts. 62 incidents sont survenus lors d'attaque sur des objectifs militaires clairement identifiés par HRW; 32 se sont produits au Kosovo, la plupart lors de frappes sur des éléments armés mobiles, tout en entraînant la moitié des pertes civiles.

 (Suite)

La troisième guerre mondiale n'aura pas lieu selon Roméo Dallaire, lieutenant général retraité des Forces armées canadiennes

http://www.scom.ulaval.ca/Au.fil.des.evenements/2006/03.09/rwanda.html 

9 mars 2006 

La Troisième Guerre mondiale n'aura pas lieu

Roméo Dallaire, ex commandant en chef de la Mission d'assistance des Nations unies au Rwanda, rappelle que la rage gronde en Afrique, que le terrorisme menace le monde et qu'il nous faut apprendre à vivre dans l'incertitude

par Renée Larochelle

J'ai serré la main du diable. Le titre du livre écrit par Roméo Dallaire, lieutenant général retraité des Forces armées canadiennes, sur l'expérience qu'il a vécue lors du génocide rwandais de 1994, parle de lui-même. Témoin des pires atrocités, ayant vu le mal dans toute son horreur, Roméo Dallaire demeure hanté à jamais par certaines images. Ayant choisi de pactiser avec la vie plutôt qu'avec la mort, c'est pourtant un homme respirant la sérénité et dégageant une force peu commune que les étudiants ont rencontré, le 3 mars, dans une salle remplie à craquer du pavillon Ferdinand-Vandry. Invité par le Comité des relations internationales et d'action communautaire (CRIAC) des étudiants en médecine, ce militaire humaniste a captivé son auditoire du début à la fin, parlant de son expérience au Rwanda et partageant sa vision du Canada comme puissance moyenne dans la résolution des conflits actuels et futurs.

"Jusqu'à la fin de la Guerre froide, en 1989, il y avait deux forces en présence dans le monde: l'Ouest et l'Est, a expliqué Roméo Dallaire. Depuis cette date, la donne a changé. Le concept de guerre classique utilisant des forces classiques avec le maintien classique de la paix n'existe plus. Les pays se sont débarrassé de leurs colonisateurs et ont installé des dictateurs à leurs places. La démocratie n'a pas pu s'y développer et plusieurs pays ont connu la guerre civile, comme le Rwanda." Commandant en chef de la Mission d'assistance des Nations unies au Rwanda en 1993, Roméo Dallaire a vu des garçons de neuf ans armés jusqu'aux dents tirer sur d'autres enfants qu'on avait alignés pour servir de boucliers à des soldats adultes. Il a vu aussi des gens battus à coups de machette et qui, fous de douleur, suppliaient leurs bourreaux de mettre fin à leurs souffrances en les achevant par balle. Seuls les plus riches obtenaient ce privilège, puisqu'il leur fallait débourser pour obtenir le projectile. Sans compter les viols, innombrables, considérés aujourd'hui comme crimes de guerre.

Un mur d'indifférence
Au cours du génocide rwandais qui a fait 800 000 victimes en cent jours, jamais la communauté internationale n'a levé le petit doigt pour empêcher le massacre. "C'est simple: il n'y avait pas d'argent à faire là et donc, personne n'a bougé, de souligner Roméo Dallaire. En ne faisant rien pour les aider, nous avons signifié à ces êtres humains qu'ils étaient notre dernière priorité. Trois semaines avant le début du conflit, le président Bill Clinton a affirmé qu'il enverrait des soldats américains au Rwanda seulement si les États-Unis y trouvaient un intérêt personnel. On ne peut pas être plus clair."

Réclamant davantage de ressources et pressant la communauté internationale d'agir, le commandant en chef se sera heurté jusqu'à la fin du conflit à un mur d'indifférence. Aujourd'hui, l'homme ne peut s'empêcher de se demander si certains humains comptent davantage que d'autres. "Quand 80 % de la population du globe vit dans le sang, la boue et la misère, je comprends mal que le 20 % qui reste continue de vouloir se rendre sur la planète Mars, soutient-il. Je crois fermement que le Canada a une responsabilité envers cette partie de l'humanité qui souffre." Outré que les candidats en lice aux dernières élections fédérales aient parlé de tout sauf de l'avenir du développement international, Roméo Dallaire souligne que le rôle du Canada sur l'échiquier mondial en est un de gardien de la paix. "En Afghanistan, par exemple, nos soldats sont là pour aider à la résolution de conflits. Leur travail consiste à établir une atmosphère de paix afin que les habitants du pays vivent et se sentent davantage en sécurité." Heureux que le Canada ait refusé de faire partie de la coalition dans la guerre en Irak, le conférencier a indiqué qu'aucun pays n'avait le droit d'en envahir un autre sous prétexte d'y assurer le développement de la démocratie: "Un pays qui en envahit un autre le fait toujours dans son propre intérêt", a t-il insisté.

Conseiller spécial pour l'Agence canadienne de développement international (ACDI) sur les questions reliées aux enfants victimes de la guerre, auteur de plusieurs articles sur les droits de la personne et sur l'aide humanitaire, Roméo Dallaire a été nommé sénateur en mars 2005. Il milite actuellement contre la guerre au Darfour, un génocide devant lequel le monde entier ferme les yeux. Visiblement, le désastre qui a eu lieu au Rwanda n'a pas servi de leçon à la communauté internationale. "Il n'y aura pas de Troisième Guerre mondiale, a révélé Roméo Dallaire. La rage gronde en Afrique, le terrorisme menace le monde. Il nous faut apprendre à vivre dans l'ambiguïté."