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3ème guerre mondiale : quand a-t-elle débuté ?

L'Arctique, un espace convoité : la militarisation du Nord canadien

Géopolitique et militarisation du grand Nord canadien (Première partie) 

Nous présentons ici le premier volet d'un article sur le projet du gouvernement Harper de militarisation de l'Arctique sous prétexte de défendre la souveraineté du grand Nord canadien. (Mondialisation.ca)   Le territoire arctique du Canada serait-il vraiment menacé? D'où viennent les menaces? Est-ce que les fondements de la remise en question de la souveraineté du Canada sur le territoire arctique qui se trouve à l'intérieur de ses frontières par les États-Unis et quelques autres pays exigent que l’on installe un tel système de surveillance et qu’on le fasse maintenant? Le territoire nordique du Canada a été fortement militarisé à partir des années 1950 et il fait l’objet d’une surveillance continue depuis ce temps dans le cadre du Système de Défense aérien de l’Amérique du Nord (le NORAD). Qu’est-ce que ce projet apportera de plus pour assurer la surveillance et la défense du territoire excepté de constituer un élément additionnel à l’intérieur du processus de militarisation des territoires nordiques du Canada? Cet article a pour but d’analyser cette problématique et d’examiner les motifs qui poussent le gouvernement actuel à agir maintenant pour assurer l’«intégrité» du tracé de la frontière septentrionale et la souveraineté du pays sur l’espace que constitue le passage du Nord Ouest. Nous analyserons ensuite (deuxième partie) les différentes réactions et positions vis-à-vis de ce projet autant celles qui ont été entendues dans l’ensemble du pays que celles des peuples nordiques. Le Nord du Canada devrait-il plutôt devenir une zone démilitarisée et de coopération avec l’ensemble du monde circumpolaire et faire désormais partie, à l’instar du continent Antarctique, du Patrimoine commun de l’Humanité?   

I. L’Arctique. Un territoire immense, froid  et doté de ressources naturelles de fort potentiel pour l’économie mondiale

  L’Arctique est un immense territoire qui couvre la moitié des 9 984 670 kilomètres carrés de la superficie du pays. Ce sont les terres, l’archipel et l’océan arctique situés au nord du cercle arctique ou de l’isotherme annuel de 10 degrés Celsius. On l’appelle souvent le toit du monde (photo 1). Les températures hivernales, durant le jour, peuvent facilement atteindre les 50 degrés Celsius au-dessous de zéro alors qu'en été, elles peuvent dépasser les 30 degrés Celsius dans certaines régions. L’Arctique, ce sont des glaciers locaux, des surfaces rocheuses dénudées, la toundra, les forêts subarctiques, les plaines côtières, les montagnes et les mers arctiques. La région revêt une importance planétaire, puisque des millions d'oiseaux migrateurs viennent s'y reproduire (carte 1). 

Photo 1. Le Pôle nord sous couvert de glace et de neige

Source : http://photojournal.jpl.nasa.gov/jpeg/PIA02970.jpg   Selon le ministère des Affaires indiennes et du Nord canadien (MAINC), le Nord canadien est d'abord et avant tout la patrie des communautés autochtones. Leur attachement à la terre et leur dépendance vis-à-vis des ressources vivantes pour leur subsistance et leur survie sont des caractéristiques fondamentales de leur patrimoine culturel. Les Inuits et les Premières nations s'identifient à leur territoire traditionnel qu’ils ont mis en valeur au cours de milliers d'années d'occupation continue. Les collectivités, implantées principalement le long des grands cours d'eau et du littoral, sont dispersées dans ce vaste pays. Pour bon nombre d'entre elles, le seul moyen pour se déplacer est par voie aérienne ou par le transport fluvial et maritime en saison (http://www.ainc-inac.gc.ca/pr/pub/indigen/sna_f.html ).  Selon la même source, au Yukon, environ 21% des 31 000 habitants sont des Autochtones; dans les Territoires du Nord-Ouest, la moitié des 42 000 habitants, tandis qu'au Nunavut, la proportion atteint 80% des 25 000 habitants qui y vivent. Au Nunavik et dans le nord du Labrador, les Inuits et les Premières nations constituent la majorité de la population résidente. Unis par une langue commune, quelque 41 000 Inuits vivent dans 53 collectivités disséminées dans le nord du Canada. Dans 46 autres collectivités, les Premières nations constituent souvent la population majoritaire…» (cartes 2 et 3) (http://www.ainc-inac.gc.ca/pr/pub/indigen/sna_f.html ). Dans l’Arctique, le développement des activités économiques liées au marché mondial fait face à des obstacles de taille: un espace éloigné des marchés, des infrastructures de transport peu développées, des coûts de transport et de communication élevés, une grande pénurie de capitaux disponibles, des coûts énergétiques élevés et un manque de main d’œuvre spécialisée.  Selon le MAINC, «les emplois directs dans l'administration et dans les services de soutien de l'administration arrivent au premier rang pour ce qui est du revenu d'emploi, suivis de ceux dans les industries primaires d'extraction ou d'exploitation des ressources comme l'or, l'argent, le plomb, le zinc, le diamant, le pétrole et le gaz, et, dans une moindre mesure, dans les secteurs de la pêche et de l'exploitation forestière. Le tourisme est en expansion rapide mais on en ignore encore son véritable potentiel. Pour la plupart, les projets locaux de développement économique ont été fortement subventionnés par les gouvernements fédéral et territoriaux» (http://www.ainc-inac.gc.ca/pr/pub/indigen/sna_f.html ). «Pour l'essentiel, l'Arctique canadien est administré par trois gouvernements territoriaux. Au cours des 30 dernières années, l'évolution politique des territoires nordiques du Canada a abouti à l'instauration d'un gouvernement représentatif et responsable au Yukon et dans les Territoires du Nord-Ouest. Plus récemment, soit le 1er avril 1999, un nouveau territoire distinct appelé Nunavut a été créé dans l'est de l'Arctique. La création du Nunavut rapprochera le gouvernement des résidents arctiques de cette région qui sont pour la plupart des Inuits. Le gouvernement du Canada envisage maintenant le transfert du contrôle et de la gestion des terres et des ressources aux gouvernements territoriaux du Nord» (http://www.ainc-inac.gc.ca/pr/pub/indigen/sna_f.html )..En somme, la région de l’Arctique correspond «aux écozones de l’Arctique, de la toundra et de la taïga où le climat et les conditions de vie atteignent des limites extrêmes. C’est un environnement fragile, lent à changer et facile à bouleverser. Autrefois, les Européens y chassaient la baleine, le phoque et les animaux à fourrure ; aujourd’hui, les prospecteurs cherchent du minerai, du gaz et du pétrole dans un environnement riche, mais vulnérable (cartes 4 et 5). Ces régions — le Nunavut, les Territoires du Nord-Ouest, le littoral du Yukon et le nord de six provinces — sont les moins peuplées du Canada. Les Autochtones reprennent peu à peu en main ce qui était leur domaine traditionnel» (http://www.canadiangeographic.ca/atlas/themes.aspx?id=artic&lang=Fr ). 

Carte 1. Les écozones de l’Arctique.  Pour voir la carte cliquez ici. 

  

Carte 2. Les collectivités du Nord du Canada
Source : Commonwealth Towns.

Carte 3. Les communautés du Nunavut

Source : http://perso.orange.fr/groenland-disko/nunavut-inuit/Images/carte%20communautes.gif

Carte 4. Vue circumpolaire de l'Arctique montrant les zones à potentiel élevé en hydrocarbures

Image

Source : http://www.ec.gc.ca/soer-ree/Francais/SOER/1996report/Doc/1-6-9-3-1.cfm#f9-3f   

Carte 5.  Zones à potentiel élevé en hydrocarbures, mines en exploitation, mines inactives et anciennes stations du réseau DEW (dont certaines ont été remplacées par des stations du Système d'alerte du Nord). Pour voir la carte cliquez ici.

   

II. La reconnaissance internationale de la souveraineté du Canada dans l’archipel arctique

 Qu'en est-il de l’archipel arctique? Ces îles sont-elles canadiennes? Selon le Droit de la mer le Canada a juridiction sur les eaux s'étendant jusqu'à 200 milles (370 km) des côtes des îles de l'archipel arctique (carte 6). Il s'agit de la Zone économique exclusive (ZEE). Le Canada dispose de «droits souverains aux fins d'exploration et d'exploitation, de conservation et de gestion des ressources naturelles, des eaux surjacentes aux fonds marins, des fonds marins et de leur sous-sol». L'État côtier peut donc réglementer l'activité de pêche, notamment fixer le volume admissible des captures. 

Carte 6. Carte des terres et des eaux territoriales du Canada.  Pour voir la carte cliquez ici.

 Selon les données de l’Encyclopédie canadienne HISTORICA le Canada soutient que les eaux de l'archipel arctique, y compris le Passage du Nord Ouest, font partie de ses eaux intérieures. Pour appuyer cette prétention, il a adopté, en 1970. la Loi sur la prévention de la pollution des eaux arctiques, qui accorde au gouvernement canadien des droits sur une zone de lutte contre la pollution s'étendant jusqu'à 100 milles au-delà du périmètre de l'archipel. Malgré les protestations des États-Unis et d’autres pays, le Canada a maintenu sa revendication sur les eaux de l'Arctique. Pendant les négociations menant à la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer, il a d'ailleurs participé activement à une campagne visant à conférer aux États côtiers le droit de prescrire les normes en matière de lutte contre la pollution et de les appliquer. Même si la Convention ne reconnaît aux États côtiers que des pouvoirs limités en matière de protection de l'environnement, elle comporte cependant ce que l'on appelle l' «exception de l'Arctique», laquelle autorise le Canada à adopter des mesures de lutte contre la pollution dans les zones recouvertes par les glaces.  

Le contentieux concernant le tracé de la frontière septentrionale du Canada et le passage du Nord Ouest

 Quel est l'état de la reconnaissance internationale des frontières de ligne droite tracées par le Canada? Quelle est la définition des frontières septentrionales du Canada généralement retenue? Quelle est la position traditionnelle des États-Unis concernant l'état de la juridiction du Canada sur les eaux de l'archipel arctique et de l'océan arctique lui-même?   

Carte 7. Les frontières internationales officielles du Canada selon Ressources naturelles Canada. Cliquez ici.

 

Carte 8. La carte politique du Canada. Cliquez ici.

 

Carte 9. Le Nord du Canada et le tracé de sa frontière internationale selon Ressources Naturelles Canada / 2002

 

Source : Transfrance    

Carte 10. Côtes et frontières du Canada. Cliquez ici. 

   Depuis longtemps, les États-Unis contestent les limites du territoire canadien dans l'Arctique. En fait, ceux-ci considèrent cette région du monde comme une zone tampon entre l'Ex-URSS et l'Amérique du Nord, une zone stratégique qu'ils seraient les seuls à pouvoir sécuriser. D'ailleurs, durant la première partie du XXe siècle  ils ont occupé l'Arctique canadien et les espaces limitrophes par le biais d'une vingtaine de bases militaires aujourd'hui abandonnées. Ils ont poursuivi, dans le cadre du North American Air Defense (NORAD), leurs opérations de surveillance des espaces nordiques à partir des bases de commandement de Colorado Springs et de North Bay en Ontario.  Avec la fin  de la guerre froide, étant donné que les espaces nordiques ne se retrouvent plus dans une position géostratégique la question de la souveraineté du Canada dans l'Arctique demeure-t-elle vraiment un enjeu important? Il y a lieu d'en douter puisque le commandement du NORAD est assuré conjointement par les deux pays. Alors pourquoi ce projet que l'on vient de lancer?  

La contestation du tracé de la frontière et les convoitises des Étatsuniens

 Depuis l'établissement des frontières internationales du territoire canadien dans l'Arctique les États-Unis contestent le tracé de la ligne droite entre l'Alaska et le pôle nord (cartes 6 à 10). Ils soutiennent que cette ligne devrait être tracée suivant un angle de 30 degrés vers l'Est . Ils revendiquent ainsi le droit de mettre en exploitation le pétrole et le gaz naturel de cette portion de la mer de Beaufort située à proximité de l'Alaska. Il en de même pour le Passage du Nord Ouest (figure 1). Ils sont d'avis, à l'instar de la Russie, du Danemark, de la Norvège, de la Chine et du Japon, que ce détroit est un corridor international avec un droit de navigation sans entrave pour tous les navires. Washington a confirmé cette position en envoyant à deux reprises des navires américains transiter par ce détroit sans demander la permission du gouvernement canadien, le Manhattan en 1969 et le Polar Sea en 1985 (http://www.ledevoir.com/2006/01/24/100334.html ).   

Figure 1. Le Passage du Nord Ouest

Un des cheminements possibles

Carte détaillée ICI

 

Source :  Marine.frm

 Ce sont ces éléments de divergence entre les deux pays qui a poussé le gouvernement Harper à annoncer la semaine dernière le projet de construction de navires qui seraient armés et dont la fonction serait de patrouiller le territoire arctique canadien et ce en donnant suite à une promesse électorale et en manifestant l’idée d’accroître la surveillance dans l’Arctique.   

Le projet Harper. Encore un projet à caractère militariste

 Ce projet peut être perçu comme étant un autre élément qui s'ajoute au processus de militarisation de Nord du pays.  Ce projet s'inscrit dans l'Agenda de réarmement du pays et la stratégie pour le Nord «Le Canada d’abord». Encore beaucoup d'argent pour l'acquisition d'équipements militaires. Ottawa a l'intention d'investir des milliards de dollars pour sauvegarder ainsi sa souveraineté dans cette partie du territoire national. Ce qui est prévu : six à huit navires de patrouille (figure 2) afin de protéger les eaux côtières canadiennes, incluant le passage du Nord Ouest. Le coût du projet est estimé, pour le moment, à sept milliards de dollars sur une période de 25 ans (Meissner, D., 2007) y compris la construction d'un port en eau profonde. 


Figure 2. Un navire de patrouille en haute mer et brise-glace léger, de la classe Svalbard, appartenant à la garde côtière norvégienne. Photo de Jesper T. Andersen / www.jtashipphoto.dk

Source : http://www.journal.forces.gc.ca/frgraph/vol8/no1/17-shadwick_f.asp 
À SUIVRE

DEUXIÈME PARTIE: L'Arctique, militarisation ou coopération pour le développement ? 


Références

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Adresse.

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TULUGAK, H., J. Adams, J. Dufour, G. Duhaime, D. Gaumont et M.-A. Tremblay. 2001. Amiqqaaluta - Partageons. Tracer la voie vers un gouvernement pour le Nunavik. Rapport de la Commission du  Nunavik, mars 2001. 66 pages.
Adresse Internet : http://www.ainc-inac.gc.ca/pr/agr/nunavik/lus_f.html  WEBER, B. 2007. L’Arctique a besoin de plus qu’une présence militaire, disent les dirigeants. Edmonton, Presse canadienne. 11 juillet 2007. Adresse Internet : http://info.branchez-vous.com/Nationales/070711/N071104U.html   Autres sources 

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 CANADA. 2000. Les peuples autochtones et le développement durable dans  l’Arctique canadien. Monographie 11. Ottawa. 25 pages.Adresse Internet : http://www.ec.gc.ca

CANADA. 2004. Carte des détachements, stations, bases de la Défense nationale et les écozones du Canada. Ottawa, Défense nationale Canada. Échelle : 1 :7 500 000.
 International Boundary Commission :http://www.internationalboundarycommission.org/ibcpg2fr.htm  La question de l`Arctique. Les Archives de Radio-Canada. 3 avril 1987:http://archives.cbc.ca/IDCC-0-17-650-3565/politique_economie/sommets_canada_etats-unis/  Le Canada demande de nettoyer les bases militaires : http://www.radio-canada.ca/nouvelles/06/6865.htm  L'Encyclopédie canadienne HISTORICA : Date: le 1 juillet 1909. Bernier proclame la souveraineté canadienne.http://thecanadianencyclopedia.com/index.cfm?PgNm=100Events&Params=F1SUB5EVTbernier  Océans et le droit de la mer :http://www.un.org/french/law/los/index.htm  RAND McNALLY & COMPANY. Carte de l’Alaska préparée par le U.S. Geological Survey, Département de l’Intérieur. Échelle : 1 :2 500 000.

Jules Dufour, Ph.D., est Professeur émérite à l'Université du Québec à Chicoutimi, Président de l'Association canadienne pour les Nations Unies (ACNU) /Section Saguenay-Lac-Saint-Jean,  Membre du cercle universel des Ambassadeurs de la Paix, Membre chevalier de l'Ordre national du Québec. 


 Articles de Jules Dufour publiés par Mondialisation.ca


 

 (Suite)

Ordre Exécutif de Bush : Criminaliser le Mouvement Anti Guerre

« J'ai établi un Ordre Exécutif bloquant les biens de personnes dont il a été déterminé qu'ils ont commis, ou qui pose un risque significatif de commettre, un acte ou des actes de violence qui ont pour but ou effet de menacer la paix ou la stabilité de l'Irak ou du gouvernement de l'Irak ou de saper les efforts pour promouvoir la reconstruction économique et la réforme politique en Irak ou fournir une aide humanitaire au peuple irakien. »
Ordre Exécutif de Bush : Criminaliser le Mouvement Anti Guerre – Par le Prof Michel Chossudovsky
 L'Ordre Exécutif intitulé « bloquer les biens de certaines personnes qui menacent les efforts de stabilisation en Irak « fournit au Président l'autorité pour confisquer les avoirs de quiconque s'oppose à la guerre menée par les US.



Un Ordre Exécutif présidentiel établi le 17 juillet révoque d'un trait de plume le droit de contester et de s'opposer à l'agenda militaire du Pentagone en Irak.

L'Ordre Exécutif intitulé « bloquer les biens de certaines personnes qui menacent les efforts de stabilisation en Irak « fournit au président l'autorité pour confisquer les avoirs de «certaines personnes « qui s'opposent à la guerre menée par les US en Irak.

« J'ai établi un Ordre Exécutif bloquant les biens de personnes dont il a été déterminé qu'ils ont commis, ou qui pose un risque significatif de commettre, un acte ou des actes de violence qui ont pour but ou effet de menacer la paix ou la stabilité de l'Irak ou du gouvernement de l'Irak ou de saper les efforts pour promouvoir la reconstruction économique et la réforme politique en Irak ou fournir une aide humanitaire au peuple irakien. »

En substance, selon cet ordre exécutif, s'opposer à la guerre devient un acte illégal.

L'Ordre Exécutif criminalise le mouvement anti guerre. Il vise à « bloquer les biens » des citoyens US et des organisations activement impliquées dans le mouvement pour la paix. Il autorise le Département de la Défense à interférer dans des affaires financières et donne instruction au Trésor Public de « bloquer les biens » et/ou de confisquer/geler les avoirs de « Certaines Personnes » impliquées dans des activités anti guerre. Il cible ces « Certaines Personnes « en Amérique, inclus des organisations de la société civile qui s'opposent au programme de « paix et stabilité » de l'administration Bush en Irak, caractérisé en anglais simple, par une occupation illégale et le meurtre continuel d'innocents civils.

L'Ordre Exécutif vise aussi ces « Certaines Personnes » qui « sapent les efforts pour promouvoir la reconstruction économique », ou qui sont opposé à la confiscation et à la privatisation des ressources en pétrole de l'Irak, pour le compte des géants pétroliers anglo-américains.

L'Ordre vise également toute personne qui s'oppose au programme de Bush de « reforme politique en Irak » en d'autres mots, qui met en doute la légitimité du « gouvernement » irakien installé par les forces d'occupation.

De plus, ces personnes ou organisations non gouvernementales (ONG) qui fournissent gratuitement une aide humanitaire aux civils irakiens et qui ne sont pas approuvées par l'armée américaine et ses laquais dans le gouvernement fantoche irakien sponsorisé par les US risquent également de voir leurs avoirs financiers confisqués.

L'Ordre Exécutif viole les Premier, Quatrième et Cinquième Amendements de la Constitution Américaine. Il révoque l'un des principes fondamentaux de la démocratie US, qui est le droit à la libre expression et à contester. L'ordre n'a pas fait l'objet d'une discussion au Congres US. Jusqu'à présent, le mouvement anti guerre US ne s'en est pas préoccupé en terme de communiquée formel.

Mis à part une dépêche terne de l'Associated Press qui présente l'Ordre Exécutif comme « l'autorisation d'utiliser des sanctions financières » il n'y a eu aucune couverture médiatique ou commentaire de la décision présidentielle qui frappe au cœur de la Constitution US.

Implications plus étendues.

La criminalisation de l'état c'est quand un président en exercice et le vice président utilisent et abusent de leur autorité par le biais d'ordres exécutifs, de directives présidentielles ou autrement pour définir « qui sont les criminels » quand en fait ce sont eux qui sont les criminels.

Ce dernier ordre exécutif criminalise le mouvement pour la paix. Il doit être vu en relation avec différentes parties de législation « anti terroriste » toute la gamme de directives présidentielles et sécuritaires, etc… qui visent finalement à révoquer le gouvernement institutionnel et installer la loi martiale en cas d' « urgence nationale ».

Les criminels de guerre en hauts lieux ont l'intention de réprimer toutes les formes de contestation qui mettent en question la légitimité de la guerre en Irak.

L'ordre exécutif combiné avec l'actuelle législation anti terroriste a finalement pour but d'être utilisé contre les mouvements anti guerre et ceux pour la défense des droits civiques. Il peut être utilisé pour saisir les avoirs des groupes anti guerre en Amérique de même que de bloquer les biens et activités d'organisations humanitaires non gouvernementales fournissant de l'aide en Irak, saisir les avoirs des medias alternatifs qui rapportent la vérité sur ce qui se passe dans la guerre menée par les US, etc…

En mai 2007, Bush a promulgué une directive de Sécurité Nationale présidentielle majeure (National Security and Homeland Security Presidential Directive NSPD 51/HSPD 20), qui suspendrait le gouvernement constitutionnel et installerait des pouvoirs dictatoriaux étendus sous loi martiale dans le cas d'une « urgence catastrophique » (e.g Secondes Attaques de type 11 septembre).

Le 11 juillet 2007, la CIA a publié son « Estimation du Renseignement National » qui pointait l'imminence d'une attaque Al Qaeda sur l'Amérique, un deuxième 11 septembre qui, selon les termes de la NSPD 51, serait immédiatement suivie de la suspension du gouvernement constitutionnel et de l'instauration de la loi martiale sous l'autorité du Président et du Vice Président. (Pour plus de détails, voir Michel Chossudovsky, Bush Directive for a "Catastrophic Emergency" in America: Building a Justification for Waging War on Iran? Juin 2007) Article

NSPD 51 accorde des pouvoirs sans précédent à la Présidence et au Département de la Sécurité Nationale, annulant le gouvernement Constitutionnel. Elle autorise le président en exercice à déclarer une « urgence nationale » sans l'approbation du Congres. L'application de la NSPD 51 conduira à la fermeture de facto de la Législature et la militarisation de la justice et de l'application de la loi.

« Le Président devra conduire les activités du gouvernement fédéral pour assurer le gouvernement constitutionnel… »

Si la NSPD 51 devait être invoquée, le Vice Président Dick Cheney qui constitue le réel pouvoir derrière l'exécutif, assurerait principalement et de facto des pouvoirs dictatoriaux à la fois au Congres US et sur le plan judiciaire, en continuant à utiliser le président George W. Bush comme figure de proue proxy.

NSPD 51 tout en contournant la Constitution, envisage néanmoins des procédure très précises garantissant les pouvoirs du Vice Président Dick Cheney en relation avec les fonctions pour la « continuité du gouvernement » sous loi martiale.

« Cette directive devra être appliquée de façon consistante avec, et facilitant l'application effective, des dispositions de la Constitution concernant la succession à la Présidence ou l'exercice de ses pouvoirs, et le Presidential Succession Act of 1947 (3 U.S.C. 19), avec consultation du Vice Président et, comme approprié, d'autres impliqués. Les chefs des départements exécutifs et les agences devront s'assurer que le soutien au Vice Président et d'autres impliqués est disponible, comme une nécessité pour se préparer à tout moment à appliquer ces dispositions.»( (NSPD 51, op cit.).

L'ordre exécutif pour confisquer les avoirs des activistes anti guerre/de la paix est largement consistant avec la NSPD 51. Il pourrait être déclenché même en l'absence d' « Urgence Catastrophique » comme envisagé dans la NSPD 51. Il révoque la démocratie. Il fait un pas de plus en avant dans la « criminalisation « de toutes formes d'opposition et de contestation à la guerre menée par les US et à l'agenda de la « Sécurité Nationale ».

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ANNEXE

TEXTE DE L'ORDRE EXECUTIF

17 JUILLET 2007

Ordre Exécutif : bloquer les biens de certaines personnes qui menacent les efforts de stabilisation en Irak

Par l'autorité qui m'est dévolue par la Constitution en tant que Président et les lois des Etats-Unis d'Amérique, incluant l'International Emergency Economic Powers Act, amendé selon (50 U.S.C. 1701 et seq.)(IEEPA), le National Emergencies Act (50 U.S.C. 1601 et seq.)(NEA), et la section 301 du chapitre 3, du code des Etats-Unis,

Moi, George W. Bush Président des Etats-Unis d'Amérique, trouve que, étant donné la menace inhabituelle et extraordinaire à la sécurité nationale et à la politique étrangère des Etats-Unis posée par des actes de violence menaçant la paix et la stabilité de l'Irak et des efforts pour saper la reconstruction économique et la réforme politique en Irak et par la fourniture d'une assistance humanitaire à la population irakienne, c'est dans l'intérêt des Etats-Unis de prendre des mesures additionnelles en respect de l'urgence nationale déclarée dans l'Ordre Exécutif 13303 du 22 mai 2003, et étendu par l'ordre exécutif 13315 du 28 août 2003, et reposant sur des mesures additionnelles prise dans l'ordre exécutif 13350 du 29 juillet 2004, et de l'Ordre Exécutif 13364 du 29 novembre 2004. Je soussigné ordonne :

Article 1.

(a) Excepté la mesure fournie dans l'article 203(b)(1), (3), et (4) de l' IEEPA (50 U.S.C. 1702(b)(1), (3), et (4), ou dans des règlements, ordres, directives ou licences qui peuvent être promulguées suite à cet ordre, et en dépit de tout contrat entré en effet ou toute licence ou permis accordé avant la date de cet ordre, que tous les biens et intérêts des biens des personnes désignées ci dessous, qui sont aux Etats-Unis, qui ci- après entrent à l'intérieur des Etats-Unis, ou qui ci –après entrent dans les biens ou sont sous le contrôle de personnes des Etats-Unis, soient bloqués, et ne doivent pas être transférés, payés, exportés, retirés, ou traités de tout autre manière : toute personne désignée par le Secrétaire au Trésor en consultation avec le Secrétaire d'Etat, et le Secrétaire à la Défense,

(i) qui ont commis, ou pose un risque significatif de commettre un acte ou des actes de violence qui ont pour but ou effet de

(A) menacer la paix ou la stabilité de l'Irak ou du gouvernement d'Irak ; ou

(B) saper les efforts pour promouvoir la reconstruction économique et la réforme politique en Irak ou pour fournir une aide humanitaire au peuple irakien ;

(ii) qui ont assisté matériellement, sponsorisé, ou fourni un soutien financier, logistique ou technique pour, ou des produits ou des services en soutien à, tel acte ou de tels actes de violence ou à toute personne dont les biens et les intérêts de biens sont bloqués suite à cet ordre; ou

(iii) qui appartiennent ou sont sous le contrôle de, ou d'avoir agi ou avoir eu l'intention d'agir pour ou pour le compte de, directement ou indirectement, toute personne dont les biens et intérêts sont bloqués suite à cet ordre.

(b) Les interdictions dans le sous article (a) de cet article inclus, mais ne sont pas limité à, (i) faire toute contribution ou mise à disposition de fonds, produits ou services par, à, ou au bénéfice de toute personne dont les biens et intérêts des biens sont bloqués suite à cet ordre, et (ii) au receveur de toute contribution ou avance de fonds, produits ou services d'une telle personne.

Article. 2

(a) Toute transaction par une personne des Etats-Unis ou a l'intérieur des Etats-Unis qui esquive ou évite, a l'intention d'esquiver ou d'éviter, ou essaie de violer l'une des interdictions établies dans cet ordre, est interdite.

(b) tout complot ourdi pour violer l'une des interdictions établies dans cet ordre est interdit.

Article. 3. Pour les besoins de cet ordre :

(a) le terme « personne » veut dire un individu ou une entité,

(b) le terme « entité » veut dire partenariat, association, trust, entreprise conjointe, grande entreprise, groupe, sous groupe, ou autre organisation ; et

(c) Le terme « personne des Etats-Unis » veut dire tout citoyen américain, résident permanent, entité organisée selon les lois des Etats-Unis ou toute juridiction à l'intérieur des Etats-Unis (incluses des branches étrangères), ou toute personne à l'intérieur des Etats-Unis.

Article. 4

Je soussigné détermine que faire des donations du type spécifié dans l'article 03(b)(2) de IEEPA (50 U.S.C. 1702(b)(2) par, à, ou pour le bénéfice de, toute personne dont les biens et les intérêts des biens sont bloqués suite à cet ordre réduirait ma capacité de m'occuper de l'urgence nationale déclarée dans l'Ordre Exécutif 13303 et étendu dans l'ordre Exécutif 13315, et je soussigné interdit de telles donations comme stipulé dans l'article 1 de cet ordre.

Article. 5.

Pour ces personnes dont les biens et intérêts des biens sont bloqués suite à cet ordre qui pourrait avoir une présence constitutionnelle aux Etats-Unis, je trouve que, à cause de la capacité de transférer instantanément des fonds ou d'autres avoirs, une notification préalable à de telles personnes des mesures à prendre suite à cet ordre rendraient ces mesures inefficaces. Par conséquent je détermine que pour que ces mesures soient efficaces pour répondre à l'urgence nationale déclarée dans l'Ordre Exécutif 13303 et étendu dans l'Ordre Exécutif 13315, qu'il n'y a pas besoin de notification d'une mise sur liste ou décision faite en lien avec l'article (1) a de cet ordre.

Article. 6.

Le Secrétaire au Trésor, en consultation avec le Secrétaire d'Etat et le Secrétaire à la Défense, est selon ce présent document autorisé à mener de telles actions, incluant la promulgation de règles et de régulations, et d'employer tous les pouvoirs accordés au Président par l'IEEPA nécessaires pour appliquer les mesures de cet ordre. Le Secrétaire au Trésor peur déléguer l'une de ces fonctions à d'autres fonctionnaires et agences du gouvernement des Etats-Unis, en conformité avec la loi applicable. Toutes les agences du gouvernement des Etats-Unis selon ce présent document ont l'ordre de prendre toutes les mesures appropriées inhérentes à leur autorité pour appliquer les dispositions de cet ordre et, quand cela est approprié, d'avertir le Secrétaire au Trésor en temps voulu des mesures prises.

Article. 7.

Rien dans l'ordre ne vise à affecter l'efficacité continue de toutes les règles, régulations, ordres, licences, ou d'autres formes d'action administrative promulguées, prises, ou continuées en effet jusqu'ici ou ci-après sous le chapitre V 31 C.F.R, excepté comme étant expressément terminées, modifiées ou suspendues par ou selon cet ordre.

Article. 8.

Cet ordre ne vise pas à, et ne crée pas un droit, bénéfice, ou privilège, positif ou procédural, exécutoire en droit ou en action par toute partie contre les Etats-Unis, ses départements, agences, instruments, ou entités, ses fonctionnaires ou employés ou toute autre personne.

GEORGE W. BUSH

LA MAISON BLANCHE

17 juillet 2007 

Texte du Message au Congrès des Etats Unis concernant l' International Emergency Economic Powers Act

The text of the Message to the Congress of the United States Regarding International Emergency Economic Powers Act (Pour lire le texte en anglais, cliquez ici )

Voir l'article original en anglais: pour lire ce texte, cliquez ici


Traduction Mireille Delamarre pour www.planetenonviolence.org  

Source pour la version française :
Planète Non Violence



Michel Chossudovsky est l'auteur du livre America « War on Terrorism », Deuxième Edition, Global Research, 2005. Il est professeur d'économie à l'Université d'Ottawa et directeur du Centre de Recherche sur la Mondialisation. 


 Articles de Michel Chossudovsky publiés par Mondialisation.ca
 (Suite)

Mondialisation du pouvoir militaire grâce à l’expansion de l’OTAN

L’OTAN et le réseau plus vaste d’alliances militaires sous l’égide des Etats-Unis

Après la dissolution du Pacte de Varsovie et l’effondrement de l’Union soviétique, l’OTAN (Organisation du Traité de l’Atlantique Nord) n’a pas changé fondamentalement sa mission. A la suite de la guerre froide, elle n’a pas cessé de s’élargir. En 1999, avant sa guerre contre la Yougoslavie, elle s’est étendue en direction de l’Europe de l’Est.

L’OTAN, résolue à augmenter à la fois le nombre de ses membres et celui de ses missions, devrait finalement devenir une puissance militaire mondiale. En plus, il lui appartient, en tant qu’alliance militaire globale, de garantir la «sécurité énergétique» de ses pays membres. Cela revient à militariser les «artères» du monde, c’est-à-dire les oléoducs stratégiques, les couloirs maritimes empruntés par les pétroliers ainsi que les eaux internationales.
 

La «clause de défense mutuelle», moyen de contrôler les ressources pétrolières?

 Le sénateur américain Richard Lugar a appelé l’OTAN à se porter au secours d’un pays membre, comme les Etats-Unis, si ses ressources pétrolières étaient menacées. Selon lui, cette intervention serait justifiée par la clause de défense mutuelle (article 5). Son idée a reçu le soutien appuyé des membres d’Europe de l’Est et de l’UE qui dépendent de la Fédération de Russie pour leur approvisionnement en énergie. Lugar s’est exprimé en ces termes: «[L’OTAN] devrait comprendre qu’il n’y a pratiquement pas de différence entre un membre contraint de se soumettre parce qu’on lui coupe son approvisionnement en énergie et un membre confronté à un blocus militaire ou à d’autres opérations militaires à ses frontières.» (1) L’article 5 est la raison d’être de l’OTAN. Il considère toute attaque contre un pays membre comme une attaque contre l’ensemble de ses membres. Il constitue la base de la «défense mutuelle». Toute interprétation de cette clause en rapport avec la sécurité énergétique signifierait que tout membre de l’OTAN auquel on coupe l’approvisionnement en énergie pourrait compter sur l’assistance du reste de l’Alliance. On pourrait donc interpréter l’article 5 comme voulant dire que couper l’approvisionnement en énergie d’un pays membre constitue une agression ou un acte de guerre. On notera que presque aucun membre de l’OTAN ne dispose de ressources énergétiques à lui. Il n’est pas surprenant que la Russie soit extrêmement fâchée et déconcertée par cette extension de la notion de sécurité énergétique. Si cette doctrine était acceptée par l’OTAN, elle pourrait servir de justification pour imposer des sanctions économiques et politiques à la Russie et aux autres pays producteurs d’énergie. La clause pourrait également justifier une attaque contre la Russie ou n’importe quel autre pays producteur dont l’Iran, le Turkménistan, la Libye et le Venezuela, dans le but de s’emparer de ses ressources énergétiques naturelles. Peter Mandelson, commissaire européen au commerce, a récemment déclaré publiquement «Chacune des deux [la Russie et l’UE] croit que l’autre utilise l’arme énergétique comme instrument politique.» Il a ajouté que les relations entre l’UE et la Russie étaient au plus mal depuis la fin de la guerre froide et que «l’Europe recherchait la sécurité de l’approvisionnement énergétique». (2) C’est pourquoi, parmi d’autres, la Russie et ses alliés considèrent le projet de défense anti-missile globale des Etats-Unis et de l’UE comme un moyen permettant, par la menace du recours à la force, de s’emparer des réserves énergétiques russes et mondiales. La Russie, la Chine et l’Iran se trouvent entourés par une frontière militaire que la Russie considère comme faisant partie des efforts de l’OTAN pour l’encercler, elle et ses alliés.

En outre, l’OTAN envisage un processus de «portée globale» qui la transformerait en une puissance militaire mondiale comprenant des Etats extérieurs à l’Amérique du Nord et au continent européen. Bien que cela ne soit pas encore officiel, l’OTAN a déjà commencé une transition vers la «globalisation» de ses troupes et de ses opérations. Elle est très impliquée en Afghanistan et empêtrée en Asie centrale. Elle a des bases en Afghanistan aux frontières immédiates de la Chine et de l’Iran. Elle a également consolidé sa présence dans les Balkans, qui avait été mise en relief par son intervention en ex-Yougoslavie. En outre, elle envisage d’importantes interventions au Soudan et plus généralement sur tout le continent africain, ce que ses adversaires qualifient de «mascarade de maintien de la paix».
 

L’expansion-intégration de l’OTAN constitue une alliance militaire globale

 «Depuis la guerre froide et son rôle régional dans les années 1990, l’OTAN s’est transformée en une organisation transatlantique effectuant des missions globales, de portée globale avec des partenaires globaux. C’est en Afghanistan que cette transformation est la plus évidente. Mais elle a dépassé définitivement le débat «in-area/out-of-area» qui avait duré si longtemps dans les années 1990. Tout appartient potentiellement à la zone de l’OTAN. Cela ne signifie pas que ce soit une organisation globale. C’est une organisation transatlantique mais l’article 5 a maintenant des implications globales. L’OTAN est en train de développer les capacités et les perspectives politiques nécessaires pour s’attaquer aux problèmes et aux éventualités qui surviennent dans le monde entier. Cela représente un changement considérable.»Daniel Fried, Secrétaire d’Etat adjoint américain aux affaires européennes et eurasiennes (17 avril 2007) De plus, l’OTAN, bien que de manière informelle, intervient au Liban (3). Une armada de bâtiments de guerre de l’OTAN est déployée dans les eaux d’Afrique orientale, de la mer Rouge et de la mer d’Oman. Les forces navales des pays membres tels que l’Allemagne et le Danemark sont présentes dans l’est de la Méditerranée, prêtes à frapper la Syrie en cas de guerre. (4)   

L’OTAN s’étend du côté du golfe Persique vers l’Iran (The “Gulf Security Initiative”)

 L’OTAN a officiellement pénétré dans le golfe Persique même si en réalité les forces armées de plusieurs de ses pays membres opèrent là-bas depuis la guerre froide. Le directeur adjoint du National Security Apparatus du Koweït Cheikh Thamer Ali Sahab Al-Salem Al-Sabah a annoncé que son pays avait signé avec l’OTAN un accord sur la sécurité au cours d’une conférence réunissant le Gulf Cooperation Council (GCC) et l’OTAN qui a eu lieu les 11 et 12 décembre 2006. Le GCC, qui a été rebaptisé Cooperation Council for the Arab States of the Gulf, comprend l’Arabie saoudite, le Koweït, les Emirats arabes unis, le Qatar, Bahreïn et Oman. Le GCC possède déjà un accord militaire entre ses membres, la Gulf Shield Defence Force, et des accords bilatéraux individuels sur la sécurité avec les USA et la Grande-Bretagne. L’OTAN a déjà été en pourparlers avec le Qatar, le Koweït et d’autres membres du GCC en vue d’établir une présence plus officielle de l’Alliance dans le golfe Persique et de conclure un nouvel accord sur la sécurité dirigé contre l’Iran. Le nouvel équilibre régional dans le golfe Persique fait partie d’une alliance plus large du Moyen-Orient liée à l’OTAN. L’Arabie saoudite, la Jordanie, l’Egypte, Israël, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et l’OTAN font tous partie, en plus du GCC, de cette coalition moyen-orientale.(5) Cette alliance ou coalition militaire représente essentiellement un élargissement à l’est du «Dialogue méditerranéen» de l’OTAN. On attribue aux membres moyen-orientaux de cette coalition l’appellation de «coalition des modérés» alors que l’Iran et la Syrie sont censés diriger une «coalition d’extrémistes». A part la conséquence possible d’une confrontation avec l’Iran, cette coopération entre le GCC et l’OTAN confirme le fait que l’Alliance atlantique se prépare à devenir une institution et une force militaire globales. Le Moyen-Orient est une région d’élargissement de l’OTAN très importante au point de vue géostratégique et riche en ressources énergétiques. Les avant-gardes de l’OTAN y sont la Turquie et Israël. Les Etats-Unis ont déjà installé leur arsenal de missiles dans le golfe Persique et y ont acheminé de grandes quantités de matériel militaire et de systèmes radars. A l’origine, la justification du déploiement militaire dans le Golfe était la «guerre globale contre le terrorisme» puis ce fut l’invasion de l’Irak et maintenant il s’agit de protéger de la menace des missiles balistiques iraniens les alliés de l’Amérique dans le Golfe, c’est-à-dire les Emirats arabes unis, le Koweït et l’Arabie saoudite. La Conférence GCC/OTAN a reçu son mandat de l’Initiative de coopération d’Istanbul et était consacrée au thème «Facing Common Challenges» («Venir à bout de défis communs»), qui désigne directement l’Iran comme la cible de la coopération militaire et sécuritaire entre la GCC et l’OTAN. (6)   

L’encerclement de l’Iran par les alliés de l’OTAN

 En outre, la Conférence a eu lieu après des manœuvres militaires des membres du GCC, des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne, de la France et de l’Australie, ce qui prouve également que la coopération entre les deux branches de l’OTAN, l’entente franco-allemande et l’alliance anglo-américaine a commencé avant la conférence historique de l’OTAN à Riga (Lituanie) en 2006. (7)  Les accords entre le GCC et l’OTAN sont également importants parce qu’ils signifient que le golfe Persique pourrait être partagé et divisé par l’entente franco-allemande et l’alliance anglo-américaine. Bien que Cheikh Thamer Ali Sabah Al-Salem Al-Sabah et des dirigeants koweïtiens aient essayé de minimiser l’importance de la coopération entre le Koweït et l’OTAN, cette collaboration est un signe de l’expansion de l’OTAN et d’une probable confrontation avec l’Iran. Les Koweïtiens ont également souligné que l’objectif de la Conférence était de mettre à profit les expériences variées de l’OTAN dues à sa composition internationale. La montée en puissance militaire anglo-américaine et l’extension de l’OTAN dans le golfe Persique ont encouragé les chefs du GCC à coopérer avec les armées américaine et britannique. Récemment, le ministre de la Défense du Bahreïn Cheikh Kalifa bin Ahmed Al-Khalifa a déclaré que les émirats du golfe Persique «sont en mesure de répondre à n’importe quelle attaque de l’Iran voisin» et «répliqueraient par la force» si l’Iran bloquait le détroit d’Ormuz à la suite de frappes américaines.(8) Et ce n’est pas un hasard si les dirigeants koweïtiens ont également déclaré qu’ils étaient préparés à une attaque de l’Iran conduite par les Américains et à une guerre au Moyen-Orient.(9)  Notons que toute attaque par l’Iran des émirats du golfe Persique serait une réponse à leur coopération avec les Etats-Unis et au fait qu’ils acceptent que les armées des Etats-Unis et de leurs alliés utilisent leurs espaces aériens, maritimes et terrestres contre l’Iran. Les dirigeants de ces pays ont soutenu les Américains et les Britanniques dans leur invasion de l’Irak et ils hébergent d’importantes bases terrestres, aériennes et navales américaines.   

L’objectif final de l’OTAN est d’encercler la Russie, la Chine et leurs alliés

 «Le premier et le plus important changement que nous devons opérer consiste à développer notre capacité à étendre la stabilité à l’Est..» Manfred Wörner, Secrétaire général de l’OTAN   Le 7 février 2007, les déclarations devant le Congrès du ministre de la Défense américain Robert Gates, qui présentait le budget militaire 2008 du Pentagone confirment que les Etats-Unis continuent de considérer la Chine et la Russie comme des adversaires potentiels en plus de l’Iran. Gates a déclaré que la Russie comme la Chine représentaient des menaces pour les Etats-Unis: «En plus de la guerre globale contre le terrorisme, nous devons également faire face aux voies incertaines de la Chine et de la Russie qui poursuivent toutes les deux des programmes de modernisation militaire sophistiqués.(10)  La vraie question est de savoir si les Russes et les Chinois constituent une menace pour les Etats-Unis ou si c’est l’inverse; et également si la Chine et la Russie représentent une menace économique pour les Etats-Unis. Le ministre des Affaires étrangères et le gouvernement russes ont presque immédiatement demandé des explications à la Maison Blanche sur ces propos menaçants.

Les Russes ont manifesté de plus en plus d’inquiétude au fur et à mesure qu’ils se rendaient compte qu’ils étaient encerclés. Il y a pas mal de temps que la Russie, la Chine et leurs alliés sont peu à peu encerclés. La Chine se trouve face à une frontière orientale militarisée en Asie tandis que l’Iran a été pratiquement encerclé et que les frontières occidentales de la Russie ont été infiltrées par l’OTAN.
 L’expansion de l’OTAN se poursuit malgré la fin de la guerre froide et malgré les promesses de l’Alliance qu’elle ne s’étendrait pas. Les bases militaires et les installations de missiles encerclent la Chine, l’Iran et la Fédération de Russie.   

La Russie se trouve face à des menaces militaires beaucoup plus graves que durant la guerre froide

 Le 27 février 2007, lors de la Conférence de Munich sur la sécurité, le président Poutine a déclaré que l’OTAN visait la Fédération de Russie et a rappelé à l’Alliance qu’elle avait promis de ne pas s’étendre vers l’Est.(11) Boris Eltsine s’était exprimé dans le même sens à propos de l’expansion de l’OTAN lors de l’entrée des Etats baltes dans ce bloc militaire. Le discours de Poutine représente la déclaration russe la plus importante jusqu’ici et indique que la Russie commence à ressentir la menace qui pèse sur ses frontières, de l’extrême-orient russe aux frontières avec la Géorgie et l’Europe de l’Ouest. Du point de vue russe, l’OTAN n’est plus vouée à la «coexistence pacifique». Le général Iouri Balouievsky, chef d’état-major des forces armées russes et premier adjoint au Ministre de la Défense, a averti les Russes qu’ils se trouvaient face à des menaces militaires beaucoup plus graves que durant la guerre froide. Il a, avec le président Poutine, demandé une nouvelle doctrine militaire russe pour répondre aux menaces croissantes venant des Etats-Unis et de l’OTAN.(12) Les projets militaires lancés par les Etats-Unis, certains alliés européens membres de l’OTAN (Grande-Bretagne, Pologne et République tchèque) et le Japon en vue de l’installation de deux boucliers antimissile parallèles menacent à la fois la Russie et la Chine. L’un des boucliers sera situé en Europe et l’autre en Extrême-Orient. Ils sont censés répondre à d’hypothétiques menaces iraniennes et nord-coréennes contre les Etats-Unis, l’Europe, la Corée du Sud et le Japon. «Il s’agit là [le bouclier antimissile situé aux frontières de la Russie] d’une question très urgente et politiquement très importante qui pourrait nous entraîner dans une nouvelle course aux armements», a déclaré le général Iouri Soloviev, commandant de l’Armée russe, à propos du projet d’installations antimissile qui devraient être déployées en Europe de l’Est, à la frontière russe.(13) Il est également question d’un autre bouclier qui serait déployé dans le Caucase ou même peut-être en Ukraine. Les républiques d’Azerbaïdjan et de Géorgie sont des candidats potentiels pour l’abriter.
  

Le projet de radar ne vise pas principalement l’Iran mais la Russie

 «Notre analyse montre que l’installation d’un système radar en République tchèque et d’un système de défense antimissile en Pologne constitue une menace réelle pour nous», a précisé le général Vladimir Popovkine, commandant des Forces spatiales russes, et il a ajouté: «Il n’est pas sûr du tout que les éléments du système de défense antimissile américain en Europe soient dirigés contre l’Iran, comme l’ont déclaré [des responsables américains].» (14) Le projet de radar prévu en République tchèque se heurte également à l’opposition de la majorité de la population tchèque (15) mais on ignore ici la volonté du peuple de même que les gouvernements ne cessent d’ignorer celle des peuples américain, britannique, italien, canadien et japonais. En d’autres termes, ces gouvernements prétendument démocratiques se révèlent extrêmement antidémocratiques quand il s’agit de projets militaires et de guerres à l’extérieur. Les frontières russes et chinoises sont en train d’être militarisées par l’OTAN et le réseau plus vaste des alliances organisées par les Etats-Unis. Curieusement, la Turquie, membre moyen-oriental de l’OTAN, voisin immédiat de l’Iran et choix logique pour toute installation antimissile destinée à protéger contre une prétendue menace balistique iranienne, n’a pas été choisie comme site d’un bouclier. Le fait qu’il doive être installé en Pologne et en République tchèque plutôt qu’en Turquie et dans les Balkans fait penser qu’il ne vise pas principalement l’Iran mais la Russie.  

Projet de bouclier en Extrême-Orient

 L’autre projet de bouclier, en Extrême-Orient, serait voisin, outre de la Corée du Nord, des provinces très peuplées de l’est de la Chine et de l’extrême-orient russe riche en ressources énergétiques. Le bouclier serait installé essentiellement au Japon, avec d’éventuels éléments en Corée du Sud. Le Japon et les Etats-Unis ont commencé un projet commun de défense antimissile en 1999, comme par hasard l’année de l’expansion de l’OTAN et de sa guerre contre l’ex-Yougoslavie.16 Taiwan constitue également un chaînon vital dans la militarisation de la frontière avec la Chine. Une fois que la constitution de ce réseau militaire international sera achevée, la véritable base de la création de deux projets parallèles de boucliers antimissile sera tout à fait évidente. Ces projets sont liés. Ils font partie de la globalisation de l’OTAN et d’une alliance militaire plus large ayant pour but d’encercler la Russie, la Chine et leurs alliés. Parallèlement au développement de ce réseau militaire global, l’OTAN et les USA ont commencé d’essayer de contrôler les océans. Le commerce international en haute mer et le trafic maritime sont également l’objectif d’un régime de contrôle en voie de consolidation dirigé par le gouvernement américain.

 

Encerclement de la Chine: importance des routes maritimes stratégiques du pétrole, Taiwan, Singapour

 Les Etats-Unis ont des liens militaires étroits avec Taiwan parce que l’île offre une plaque tournante stratégique pour des opérations militaires contre la Chine et sa sécurité énergétique. Taiwan a une importance géostratégique parce que l’île est située entre la mer de Chine méridionale et la mer de Chine orientale. Les Etats-Unis attribuent une extrême importance à la situation de Taiwan en raison des voies de navigation d’une très grande importance stratégique le long desquelles s’effectue le transport vers la Chine du pétrole et d’autres ressources. On a beaucoup discuté de l’importance des routes du pétrole en Asie centrale et de celle des couloirs terrestres, mais il faudrait également s’intéresser aux routes maritimes du pétrole et aux voies maritimes internationales d’importance stratégique.  L’approvisionnement en énergie est étroitement lié à la sécurité nationale de la Chine, à son développement et à sa puissance militaire. Si, en cas de guerre, l’approvisionnement en pétrole de la Chine était bloqué ou, plus probablement, retardé, elle serait vulnérable et pourrait être paralysée, étouffée. Un cordon maritime autour du pays répondrait à un tel objectif.
 


Contrôle sur l’approvisionnement en énergie de la Chine

 Les détroits de Taiwan et de Malacca ont une importance géostratégique vitale pour le transport du pétrole et d’autres ressources vers la Chine. Celui qui contrôle les deux détroits contrôle l’approvisionnement en énergie de la Chine sous le présent statu quo. Ce serait un coup dur pour la Chine si les détroits étaient bloqués et les pétroliers stoppés ou retardés comme ce serait un coup dur pour les Etats-Unis et l’UE si l’Iran fermait le détroit d’Ormuz. Il se trouve que la Marine américaine contrôle ces voies de navigation. Tant que la Chine n’aura pas un moyen sûr de recevoir de l’énergie par une route non contrôlée par les Etats-Unis, elle continuera d’être vulnérable à la Marine américaine qui ne cesse de surveiller les détroits de Taiwan et de Malacca. C’est pour cela que Taiwan et Singapour sont de proches alliés des Etats-Unis. Ils sont très militarisés pour permettre de contrôler les deux détroits vitaux. En cas de guerre entre la Chine et les Etats-Unis, Singapour et Taiwan ont tous les deux des plans d’urgence pour empêcher le pétrole d’atteindre la Chine. Bien que le détroit de Malacca se trouve dans les eaux territoriales de la Malaisie, la rapide militarisation de Singapour a pour but de contrôler et, si nécessaire, d’arrêter les pétroliers. Cela bloquerait le transport d’énergie vers la Chine en cas de guerre entre la Chine et les Etats-Unis. Les installations navales de Singapour sont également hautement spécialisées dans le service des navires de guerre et des sous-marins et sont très utilisées par la Marine américaine.   

Couloir énergétique trans-asiatique

 La Chine sait qu’elle est vulnérable à une intervention militaire visant son approvisionnement en énergie. C’est pourquoi les Chinois ont développé leurs bases navales et font leur possible pour construire des terminaux pétroliers et des couloirs énergétiques terrestres reliant directement l’Asie centrale et la Fédération de Russie à la Chine. La coopération de la Chine avec la Russie, l’Iran et les républiques d’Asie centrale a pour but de créer un couloir énergétique trans-asiatique qui assurerait la continuité de l’apport d’énergie à la Chine en cas de blocus américain des hautes mers. Des discussions sont en cours concernant le développement, avec la collaboration de la Russie, d’un gazoduc qui irait d’Iran en Chine en passant par le Pakistan et l’Inde.(17)  La Chine s’est opposée aux propositions et initiatives concernant le réchauffement climatique. Elle soutient que le débat sur le climat est un défi délibéré lancé à la croissance économique de la Chine et des pays en développement. Elle croit que l’objectif de l’initiative des Etats-Unis et de l’UE sur le changement climatique est de les pousser à réduire leurs émissions de dioxyde de carbone (CO2) afin de nuire à leur dynamisme industriel et économique.(18)   

Montée en puissance navale dans l’océan Indien et sur le flanc est de la Chine

 Il y a eu une montée en puissance navale graduelle tout autour de la Chine, notamment le renforcement des escadres de sous-marins de la région Asie-Pacifique. Un rapport publié par l’Australian Strategic Policy Institute (ASPI) a prévenu qu’une course aux armements était en cours en Asie: «Dans un arc qui va du Pakistan et de l’Inde au Japon en passant à travers l’Asie du Sud-Est, une modernisation et une expansion [militaire] frappantes sont en cours.» (19) Bill Gertz écrit dans le Washington Times: «Selon un rapport interne préparé à l’intention du ministre de la Défense Donald H. Rumsfeld qui avait été gardé secret jusqu’ici, la Chine est en train de développer ses forces armées et d’établir des bases le long des voies de navigation depuis le Moyen-Orient pour projeter ses forces outre-mer et protéger ses cargaisons de pétrole.» (20)  La Chine s’est lancée dans une politique navale proactive visant à sécuriser la mer de Chine orientale, la mer de Chine méridionale et l’océan Indien. Ces zones maritimes correspondent toutes aux routes maritimes internationales qui transportent le pétrole d’Afrique et du Moyen-Orient vers la Chine. L’objectif des Chinois est de protéger de la Marine des Etats-Unis et de leurs alliés son approvisionnement vital en énergie. Le Pentagone appelle ces bases navales «rang de perles» à cause de leur importance géostratégique pour l’équilibre du pouvoir mari-time dans l’océan Indien.(21)  

Importance géostratégique du Sri Lanka

 Les installations chinoises sont toutes situées le long de ce corridor vital. Le port de Gwadar, au Pakistan, au bord de la mer d’Oman, a été conçu et construit par les Chinois. En outre, un accord a été signé avec le Sri Lanka (Ceylan) aux termes duquel la Chine obtient l’accès au port naval de Hamabatota, au sud de l’île.(22)  La Chine a aussi planifié la construction d’un port naval au Myanmar (Birmanie), allié d’importance géostratégique pour la Chine. La construction d’un port au Myanmar éliminerait toute difficulté ou menace venant des détroits de Taiwan et de Malacca. La Chine touche le Myanmar et un réseau ferroviaire et une route de transport existent qui conduisent de la côte du Myanmar au sud de la Chine. (23)  Les Etats-Unis essayent aussi de bloquer toutes les routes par lesquelles le pétrole pourrait, grâce à une coopération pétrolière trans-asiatique, arriver directement en Chine à l’écart des voies maritimes traditionnelles vulnérables qui sont surveillées par la Marine américaine. Tous les accords trans-asiatiques sur l’énergie comme l’oléoduc Iran-Pakistan-Inde sont préjudiciables aux intérêts anglo-américains et au projet de l’OTAN de contrôler l’Eurasie. La flotte américaine du Pacifique attribue une grande importance à la valeur stratégique de l’île de Guam dans l’océan Pacifique car les Etats-Unis approfondissent leur coopération avec l’Australie, Singapour, les Philippines et le Japon afin de continuer à encercler la Chine.(24) La question des missiles balistiques et des armes nucléaires de la Corée du Nord est utilisée actuellement comme prétexte idéal pour encercler davantage la Chine. L’Initiative de sécurité contre la prolifération (ISP) lancée par l’administration Bush junior en 2003 juste après l’invasion de l’Irak est aussi un moyen de contrôler le trafic international et de bloquer l’approvisionnement en énergie de la Chine en cas d’agression contre ce pays.   

Contrôle des voies maritimes stratégiques et «marine de guerre US globale»

 Le contrôle des mers et du commerce constitue un front d’attaque supplémentaire destiné à encercler les géants eurasiatiques que sont la Chine et la Russie. Ce sont précisément les objectifs visés par l’ISP et l’établissement de «forces navales globales» sous le commandement des Etats-Unis. De ce point de vue, la Chine est beaucoup plus exposée que la Russie à une menace venant de l’océan. Le réseau maritime créé par l’OTAN et ses alliés commence à apparaître. Plus de 40 pays ont participé à des manœuvres navales dans la mer d’Oman et l’océan Indien.(25) Cela menace l’approvisionnement en énergie de la Chine et le commerce international entre l’Afrique et l’Eurasie à travers l’océan Indien.  

«Une marine de mille navires»

 L’amiral Mike Mullen, chef des opérations navales américaines, a déclaré que les USA essayaient de créer une «marine de mille navires» pour contrôler les eaux internationales.(26) Cette stratégie signifie en fin de compte la fusion de l’OTAN et des forces navales alliées en un «partenariat maritime mondial» – selon l’expression de la Marine américaine – qui réunit, pour les affaires maritimes, «les flottes, les gendarmeries maritimes, les forces navales, les exploitants des ports, les entreprises commerciales maritimes et beaucoup d’autres organisations gouvernementales et non gouvernementales.»(27) Les premières régions auxquelles cette nouvelle stratégie sera appliquée sont le golfe Persique, les eaux d’Afrique orientale et la mer d’Oman. L’amiral Mullen a aussi mentionné comme faisant partie de cette force navale mondiale la présence de 45 navires de guerre, dont la majorité appartient à l’OTAN, qui sont déployés dans le golfe Persique et les eaux du Moyen-Orient.(28) Les opérations dans les eaux du Proche-Orient et dans la mer d’Oman mettent en jeu les combined task forces (CTF) 150 et 152. La CTF 150 opère dans les eaux du golfe d’Oman, du golfe d’Aden, en mer Rouge et dans le nord de la mer d’Oman où sont stationnés plusieurs navires de guerre français. La CTF 152, qui comprend des navires de guerre italiens, français et allemands, opère dans le golfe Persique et son quartier général opérationnel se trouve au Bahreïn. Il est significatif que la CTF 152, qui fait partie du groupe des 45 vaisseaux de guerre dont l’amiral Mullen a dit qu’ils faisaient partie des forces navales globales, soit sous le commandement de la marine américaine et du Commandement central (Centcom). Ils dirigent les opérations navales dans le golfe Persique et tout le Proche-Orient.  L’opération Liberté pour l’Irak dans le golfe Persique et l’opération Liberté immuable au large de la Corne de l’Afrique sont précisément deux opérations impliquant pour la plupart des navires de guerre de l’OTAN.  

Entente franco-allemande

 L’armada qui monte en puissance est composée de 3 CTD principales de la coalition et 7 unités navales de soutien. Parmi les 45 navires, il y en a de France, d’Allemagne, d’Italie, des Pays-Bas, du Canada, d’Australie, du Pakistan et d’autres partenaires de l’OTAN, sans compter ceux des USA et de la Grande-Bretagne. Ces forces navales mondiales sont placées sous le commandement commun de l’OTAN et du Centcom. La formation de cette armada importante et inédite n’est possible qu’avec l’accord de l’entente franco-allemande au sein de l’OTAN. Ces navires de guerre se sont rassemblés sous prétexte de «guerre mondiale contre le terrorisme».  

Contrôle total des eaux internationales

 Outre les forces navales mondiales créées par les USA et l’OTAN, une stratégie a été développée pour contrôler le commerce international, le trafic international et les eaux internationales. La PSI, sous prétexte de faire cesser la contrebande de composants ou de technologie d’armes de destruction massive et de systèmes destinés à leur lancement (technologie ou composants de missiles), a pour but de contrôler le transport des matières premières et le commerce international. Cette stratégie a été élaborée par John Bolton lorsqu’il était Sous-secrétaire d’Etat au ministère américain des Affaires étrangères chargé du contrôle des armements et de la sécurité internationale.  Cette stratégie a été initiée le 31 mai 2003 par la Maison Blanche et prévoyait d’autoriser la violation du droit international. Selon le droit international, les navires de guerre des Etats-Unis et de l’OTAN ne peuvent pas arraisonner et perquisitionner les navires marchands étrangers qui se trouvent dans les eaux internationales. Dans la partie VII de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer (1982), les opérations des USA sont illégales sauf si elles sont autorisées par le pays d’où viennent les navires marchands. Les navires de guerre ne peuvent arraisonner et perquisitionner que les navires du même pays à moins qu’il existe un accord bilatéral avec l’autre pays qui leur en donne le droit.  

Les USA s’arrogent le droit de contrôler arbitrairement des navires étrangers

 Dans les eaux internationales, les vaisseaux étrangers ne peuvent être perquisitionnés que s’ils polluent l’eau à proximité des pays auxquels appartiennent les navires de guerre ou en cas de soupçon justifié de piraterie. En outre, les navires qui se trouvent dans les eaux internationales qui appartiennent au gouvernement d’un pays jouissent d’une immunité: ils ne peuvent pas être arrêtés, inspectés ou saisis par des navires d’autres Etats. Selon ces directives internationales, le fait pour la Marine américaine d’arrêter dans des eaux internationales un navire appartenant à la Corée du Nord, à la Syrie ou à la Chine serait illégal. Avec le nouveau régime proposé et appliqué actuellement par le gouvernement des Etats-Unis à l’encontre de la Corée du Nord, tout a commencé à changer, surtout dans les eaux des océans Indien et Pacifique. Les gouvernements de plusieurs pays asiatiques, dont la Malaisie, ont critiqué ouvertement ces opérations et mis en doute leur légalité.(29)

Naturellement, la Chine s’est méfiée de cette initiative et a refusé de participer au projet 2003. Les Chinois voient là un moyen permettant aux USA et à leurs alliés de continuer à contrôler les eaux et le commerce internationaux. La Russie, de son côté, s’est associée à ce projet parce que Moscou ne se trouve pas dans la même situation que la Chine dont l’existence dépend du trafic maritime et des eaux internationales. De plus, la Marine russe peut toujours arrêter et arraisonner des navires marchands des USA.
 Ce n’est pas un hasard si Singapour, le Japon et la mer de Chine méridionale, qui sont tous situés dans le voisinage immédiat de la Chine, ont été choisis comme site principal des nombreux exercices de la flotte sous la bannière de l’Initiative de sécurité contre la prolifération auxquels ont participé, avec la Russie, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, le Japon, l’Australie, le Canada, Singapour, la France, l’Italie et l’Allemagne. De nombreux navires nord-coréens ont été illégalement arrêtés et importunés depuis l’introduction de l’Initiative, mais la Chine, comme d’autres pays, se trouve aussi sous la menace d’opérations internationales illégales qui rappellent les zones internationales d’exclusion aérienne imposées illégalement à l’Irak avant l’invasion par les gouvernements américain et français. Le précédent était créé pour arrêter les futurs navires chinois et le trafic maritime vers la Chine.  

L’expansion de l’OTAN prépare le terrain à un conflit mondial

 La conception militaire globale et les ambitions géopolitiques de l’OTAN laissent de plus en plus entrevoir l’objectif des opérations de l’OTAN et de ses directives militaires. Le système des alliances militaires se resserre et les principales cibles semblent être les géants d’Eurasie: la Russie, la Chine et peut-être l’Inde. L’expansion de l’OTAN ne se limite pas à l’Europe et à l’ex-Union soviétique. L’Alliance aspire à une expansion mondiale. En Asie, une alliance parallèle est en train de se constituer à partir du réseau d’alliances militaires existant dans la région de la côte asiatique du Pacifique.(30) La Chine, la Russie et maintenant l’Iran sont en tête d’une alliance eurasiatique qui est en train de prendre forme pour s’opposer à l’OTAN et aux Etats-Unis. Finalement, ce pourrait être au Proche-Orient que le rythme de l’élargissement de l’OTAN sera fixé. Si le Proche-Orient tombe sous le contrôle total de l’alliance anglo-américaine et de l’OTAN, le terrain sera préparé pour une nouvelle phase de la «longue guerre» qui conduira droit au cœur de l’Eurasie.   


Article original en anglais, «The Globalization of Military Power: Nato Expansion, Nato and the broader network of US sponsored military alliances», 18 mai 2007.

 

Traduction Horizons et débats, no. 26, 9 juillet 2007.

  

Notes

 

1    Judy Dempsey, U.S. senator urges use of Nato defense clause for energy, International Herald Tribune, 28.11.2006.

2    Mu Xuequan, Mandelson: Mistrust between Russia, EU worst since Cold War ends, Xinhua News Agency, 21.4.2007.

3    Pr. Michel Chossudovsky, Behind Closed Doors: Nato’s Riga Security Conference, Centre for Research on Globalization, 26.11.2007.

«Riga», the Latvian capital, was the place of a historical Nato conference which involved all the major decision makers, parties, corporations, and individuals within the Nato alliance. The Belarusian Opposition was also invited.

Debating «War and Peace» behind Closed Doors: Nato’s Riga Security Conference, by Pr. Michel Chossudovsky, outlines the Nato program being discussed behind closed doors and provides a comprehensive list of attendants and participants of the Trans-Atlantic summit in Latvia.

4    Mahdi Darius Nazemroaya, The March to War: Naval build-up in the Persian Gulf and the Eastern Mediterranean, Centre for Research on Globalization (CRG), 1.10.2006.

5    Kuwait to sign Nato security agreement during Gulf conference next week, Kuwait News Agency (KUNA), 6.12.2006.

6    Kuwait to sign Nato agreement, Op. cit.

7    Pr. Michel Chossudovsky, «Weapons of Mass Destruction:» Building a Pretext for Waging War on Iran?, Centre for Research on Globalization (CRG), 1.11.2006.

8    Gulf states «can respond to attack,» Gulf Daily News, Vol. XXIX (29), No. 364, 19.3.2007.

9    B. Izzak, Kuwait prepared for any US-Iran war, Kuwait Times, 10.5.2007.

10    Robert M. Gates, Posture Statement to the Senate Armed Services Committee (Testimony, Senate Armed Services Committee, Washington, District of Columbia, 6.2.2007).

11    Vladimir Putin, Speech and the Following Discussion at the Munich Conference on Security Policy (Address, Munich Conference on Security Policy, Munich, Bavaria, 10.2.2007).

12    U.S. Anti-Missile Systems in Europe Threatens Russia-General, MoscNews, 9.2.2007.

13    U.S. Anti-missile Shield in Europe May Cause Arms Race-Russian General, MoscNews, 16.3.2007.

14    U.S. anti-missile shield threatens Russia-General, Reuters, 22.1.2007.

15    Mark John, U.S. missile plan triggers Nato tensions, Reuters, 5.3.2007.

16    Sarah Suk, U.S. admiral confident of missile shield effectiveness, Kyodo News, 1.5.2007.

17    Atul Aneja, «Pipeline should extend to China,» The Hindu, 7.5.2007.

18    Chinese object to climate draft, British Broadcasting Corporation (BBC), 1.5.2007.

19    Andrew Davies, The enemy down below: Anti-submarine warfare in the ADF (Barton, Australian Capital Territory: Australian Strategic Policy Institute ASPI, Février 2007), page 1.

20    Bill Gertz, China builds up strategic sea lanes, The Washington Times, 18.1.2005.

«China is building strategic relationships along the sea lanes from the Middle East to the South China Sea in ways that suggest defensive and offensive positioning to protect China’s energy interests, but also to serve broad security objectives,» said the report sponsored by the director, Net Assessment, who heads Mr. Rumsfeld’s office on future-oriented strategies.

21    Pallavi Aiyar, India to conduct naval exercises with China, The Hindu, 12.4.2007.

22    Ibid.

23    Ibid. 

24    Luan Shanglin, U.S. to stage large-scale war games near Guam, Xinhua News Agency, 11.4.2007.

25    Naval chief: U.S. has no plan to attack Iran, Xinhua News Agency, 17.4.2007.

26    Thom Shanker, U.S. and Britain to Add Ships to Persian Gulf in Signal to Iran, The New York Times, 21.12.2006.

27    Ibid.

28    Ibid.

29   Malaysia in no hurry to join U.S.-led security pact, Reuters, 17.4.2007.

30   Mahdi Darius Nazemroaya, Global Military Alliance: Encircling Russia and China, Centre for Research on Globalization, 10.5.2007.

  

Mahdi Darius Nazemroaya est un auteur indépendant basé à Ottawa et spécialisé dans les affaires du Moyen-Orient. Il est chercheur associé au Centre de recherches sur la mondialisation.


 Articles de Mahdi Darius Nazemroaya publiés par Mondialisation.ca

L'armée US pénètre au coeur de l'Afrique


http://20six.fr/basta/ et http://www.info-actualite.com/news/

Tout habillé de bleu et loin des tueries d'Irak ou d'Afghanistan, le chef touareg de Tombouctou Alher Ag Metky a pour mission de combattre sur un autre front de la guerre de l'Amérique contre le terrorisme. Depuis la légendaire cité à la lisière sud du Sahara, ses hommes, entraînés par les USA, patrouillent sur des centaines de kilomètres dans la partie malienne de l'étendue désertique, pour tenter de prouver que ce sont eux, et non les terroristes, les bandits armés ou d'autres bons à rien, qui contrôlent le désert.

La mission d'Ag Metky n'est qu'un tout petit aspect de ce que les Américains appellent le partenariat anti-terroriste transsaharien (Trans-Sahara Counter-Terrorism Partnership). C'est dans ce cadre que de petites équipes des forces spéciales US entraînent des soldats tchadiens, mauritaniens, maliens et nigériens et coopèrent avec les armées d'Algérie, du Maroc, du Nigeria, du Sénégal et de Tunisie pour contrôler ce que les USA qualifient de zones "sous-gouvernées" du Sahara : de vastes portions du désert où les populations sont plus ou moins en rébellion depuis des années et visitées tout récemment par des clercs de l'islamisme radical et de nouveaux groupes terroristes.
Mondialisation.ca, Le 25 juillet 2007
L'armée US pénètre au coeur de l'Afrique

Les Américains sont particulièrement inquiets de l'éventualité de voir les terroristes réussir à consolider leurs bases dans le Sahel, la frange méridionale du Sahara qui s'étend de la Mauritanie à l'ouest au Soudan à l'est, ce qui leur permettrait de pénétrer dans le ventre mou européen via le Maroc et l'Algérie. C'est cet itinéraire qu'avaient emprunté les auteurs, Marocains pour la plupart, des attentats de Madrid qui avaient tué près de 200 personnes.

Des soldats US du 1er Bataillon du 10ème Groupe aéroporté des Forces spéciales enseignant la guerre con tre-insurrectionnelle aux soldats maliens

La Corne de l'Afrique devient plus effilée

En Afrique de l'Est, les USA sont déjà mêlés de près à une offensive généralisée contre al Qaïda en Somalie. Les USA ont aidé l'Éthiopie à envahir la Somalie à la fin de l'année dernière pour renverser l'Union des Tribunaux islamiques, supposée protectrice des terroristes. Les Américains combattent al Qaïda dans la région depuis 1998, année où cette organisation avait fait sauter les ambassades US au Kenya et en Tanzanie, tuant au moins 225 personnes. Maintenant, leurs forces armées s'impliquent de plus en plus dans le reste de l'Afrique. Un nouveau commandement pour l'Afrique, baptisé AFRICOM, offrira pour la première fois un commandement unifié pour le continent.


Il s'agit, affirme le général William Ward, un des hommes chargés de mettre en place le nouveau commandement, de la "reconnaissance de l'importance toujours croissante de l'Afrique," en raison principalement du terrorisme et du pétrole. L'objectif, dit-il, est d'apporter la stabilité aux pays musulmans pauvres qui bordent le Sahara et qui pourraient autrement s'effondrer créant ainsi des repaires terroriste dans le genre de ce qu'était devenu l'Afghanistan sous les Talibans.

L'inquiétude des USA au sujet du terrorisme en Afrique est aiguisée par ses besoins toujours plus grands de pétrole africain. Le Nigeria est le premier exportateur continental de pétrole vers les USA. Le fait que la moitié de ses 140 millions d'habitants sont musulmans préoccupe les spécialistes usaméricains du contre-terrorisme. Le Nigeria est déjà confronté à une insurrection - sans lien avec des revendications musulmanes - dans sa riche région pétrolière du Delta.

Encore plus au sud sur la côte atlantique, l'Angola est un autre pays dont le pétrole a suscité un approfondissement de l'implication des USA. Les USA n'ont reconnu l'Angola qu'en 1983, après 20 ans (sic ! The Economist est brouillé avec les dates : l'Angola n'est indépendant que depuis 1975, NdR) d'hostilité envers le gouvernement soutenu par les Russes pendant la Guerre Froide. Actuellement les USA y bâtissent une de leurs plus importantes ambassades en Afrique et versent des aides. L'Angola est déjà le second exportateur africain de pétrole et pourrait détrôner le Nigeria.

Les officiels usméricains insistent sur le fait qu'AFRICOM ne se consacrera pas seulement à la construction de base et de pistes aériennes mais coopérera également avec des agences de développement, des ONG et des diplomates pour gagner les coeurs et les esprits des Africains et empêcher ainsi les terroristes de disposer de bases à partir desquelles ils pourraient agir. Le Contre-Amiral William McRaven*, chef des forces spéciales qui opèrent actuellement dans le Sahara affirme que ses hommes auront certainement plus à forer des puits et à construire des maisons qu'à tirer sur qui que ce soit.

"Comme l'USAID ou Greenpeace, je ne veux pas voir un État fragile s'effondrer," déclare-t-il.

L'intérêt stratégique de la mise en place d'une institution préventive de ce genre découle en partie du fait qu'elle est bien moins coûteuse que des interventions militaires dans des endroits comme la Somalie où des États fragiles se sont déjà effondrés. A la lumière des difficultés que les forces US ont rencontrées après leurs interventions en Irak, en Afghanistan et en Somalie, AFRICOM dit vouloir tirer les leçons du passé pour que les choses se passent mieux.

Cela semble évident. Mais la menace terroriste en Afrique est-elle suffisamment importante pour justifier l'investissement des USA?

Une menace réelle est celle posée par une organisation qui se nomme elle-même al Qaïda dans le Maghreb Islamique - AQIM dans le vocabulaire de l'armée usaméricaine. Elle a été constituée l'an dernier après que la fusion du Groupe Salafiste pour la Prédication et le Combat algérien (GSPC) avec des unités combattantes locales d'al Qaïda

Le GSPC lui-même est issu de la guerre civile algérienne des années 90 et ses quelque 200 000 morts. Ses attentats les plus récents, une attaque à la voiture piégée au mois d'avril à Alger, ont tué au moins 30 personnes.

La CIA considère qu'AQIM dispose d'environ 100 ou 150 agents qui pourraient être des "démultiplicateurs de forces," c'est-à-dire qu'ils pourraient former beaucoup plus d'autres djihadistes dans les camps d'entraînement mobiles que les Américains prétendent avoir découvert dans le désert du nord Mali près de la frontière avec l'Algérie.

Les Usaméricains s'inquiètent de l'éventualité de voir AQIM s'associer avec des organisations moins bien connues comme les Talibans Noirs du nord du Nigeria Cette organisation a été accusée d'un attentat très meurtrier commis en avril à Kano. Mais la responsabilité des Talibans Noirs reste difficile à prouver. Il est également difficile de confirmer que, coiffant les groupes marocains et Algériens, existerait quelque part ailleurs dans le Sahel un réseau terroriste en développement ou même des voies de communication et d'approvisionnement les reliant à la Somalie ou encore à l'Irak. Généralement, l'Afrique de l'Est pratique un Islam tolérant et pacifique. Mais les fondamentalistes musulmans, sous la bannière du salafisme, sont certainement de plus en plus actifs dans la région. Un mouvement islamiste qui semble gagner du terrain est le Jamaat Tablighi. Quoique il n'appelle pas ouvertement à l'engagement politique, sa doctrine, répandue principalement par des Pakistanais, a inspiré un certain nombre de terroristes, dont Richard Reid, le converti britannique qui avait essayé de faire sauter un avion usaméricain en 2001 avec une chaussure explosive, et John Walker Lindh, le « Taliban Américain » arrêté par les forces usaméricaines en Afghanistan en 2001 et condamné à 20 ans de prison pour terrorisme un an plus tard.

En Afrique, le combat des superpuissances pour conquérir les coeurs et les esprits pourrait s'avérer plus facile qu'au Moyen-Orient. Les Africains pensent encore que l'Amérique est un adversaire du colonialisme. Ils sont de plus en plus nombreux, notamment dans les pays anglophones, à partager le protestantisme évangélique qui est populaire en Amérique. Et aux yeux des Africains, le rêve américain a été relancé par la candidature à la présidence de Barack Obama, le fils usméricain d'un Musulman du Kenya.

Et par-dessus tout, les Africains savent que les investissements militaires de la superpuissance apporteront de l'argent et créeront des emplois. Le budget 2007 du partenariat anti-terroriste transsaharien est d'environ 115 millions de dollars et de son côté l'aide non militaire a augmenté d'environ 60 % l'an passé. Fait inimaginable dans de nombreuses régions du monde, il existe une compétition serrée entre pays africains pour héberger le nouveau quartier général d'AFRICOM.  

Note

*Le Contre-Amiral William H. McRaven est un penseur militaire éminent. Il a notamment publié en 1996 le livre Spec Ops : Case Studies in Special Operations Warfare, éditions Presidio. Lire la note de lecture rédigée en 2004 par le Lieutenant-Colonel Ludovic Monnera, de l'État-major de l'armée suisse.

  

Article original ,The Economist, publié le 16 juin 2007

 

 

Traduction de l'anglais:  Djazaïri

28.7.07 16:27

L'organisation de coopération de Shanghaï

B. Raman, in Outlook*, Courrier International n°816, 22 juin 2006.

L’Organisation de coopération de Shanghai, organisée autour de l’Asie centrale, sert avant tout les intérêts russes et chinois. L’Inde, pays observateur, se doit de rester en retrait. 

L’Inde aura été le seul pays, parmi les membres et observateurs de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), à ne pas être représenté par son chef de l’Etat ou du gouvernement au sommet qui se tenait à Shanghai le 15 juin. La réunion marquait le cinquième anniversaire de cette organisation qui regroupe la Chine, la Russie, le Kazakhstan, le Kirghizistan, l’Ouzbékistan et le Tadjikistan. L’Inde, le Pakistan, l’Iran et la Mongolie ont le statut d’observateur. L’Afghanistan, qui n’est ni membre ni observateur, était un invité spécial. La décision de notre Premier ministre, Manmohan Singh, de ne pas faire le déplacement et de déléguer Shri Murli Deora, le ministre du Pétrole et du Gaz naturel, traduit le dilemme dans lequel se trouve l’Inde, à savoir quelle importance donner à cette organisation et à ses objectifs. Que ce soit le ministre du Pétrole et du Gaz naturel qui le remplace souligne les sentiments positifs de New Delhi à l’égard de l’OCS, considérée comme un instrument de coopération transnationale par le renforcement des économies de la région, de promotion du commerce et d’instauration de la sécurité énergétique. Parallèlement, l’absence du Premier ministre au sommet reflète – sans les exprimer ouvertement – les réticences de l’Inde quant à l’orientation politique prise par l’OCS depuis sa création. A son lancement, en juin 2001 – et même avant, alors qu’il s’agissait d’une réunion non structurée des “cinq de Shanghai” [les mêmes moins l’Ouzbékistan] –, l’OCS avait pour principale mission d’assurer la paix transfrontalière et la sécurité, et de lutter contre le terrorisme. En matière de lutte contre le terrorisme, l’Inde possède une longue expérience de coopération avec de nombreux pays, aux orientations idéologiques et aux régimes politiques très divers, mais la coopération transnationale pour combattre le séparatisme et l’extrémisme lui est complètement étrangère. Comment l’Inde peut-elle se sentir parfaitement à l’aise dans une organisation dont certains Etats membres ou observateurs considèrent comme extrémistes les mouvements qui œuvrent pour une véritable démocratie et dont d’autres emploient le terrorisme d’Etat comme arme stratégique ? Comment l’Inde peut-elle concilier son appartenance à l’OCS avec le fait qu’elle y est la seule véritable démocratie et qu’elle est par ailleurs membre d’organisations qui ont précisément pour vocation de promouvoir la démocratie dans le monde ? Le deuxième dilemme tient à l’orientation politique prise par l’OCS depuis sa formation. Initialement axée sur la lutte contre le terrorisme, le séparatisme et l’extrémisme, elle a maintenant pour objectif de favoriser l’instauration d’un système multipolaire. Un euphémisme pour dire qu’il s’agit de contrer l’influence américaine dans la région Asie-Pacifique. Même si la Russie et la Chine nient toute intention dans ce sens et toute arrière-pensée, les Etats-Unis et les pays occidentaux considèrent l’OCS comme une organisation politique visant à permettre à la Chine et à la Russie d’atteindre leurs objectifs stratégiques au détriment de ceux des Etats-Unis et des autres pays occidentaux.

Le contrôle des ressources énergétiques de la région

Les autorités chinoises ont beau répéter que l’OCS n’est dirigée contre personne, d’aucuns soupçonnent que l’objectif secret de Pékin et de Moscou est de protéger leurs intérêts en Asie centrale, notamment en y combattant le terrorisme djihadiste et en gardant un certain contrôle sur les ressources énergétiques de la région. “L’évolution [vers une extension du mandat de l’OCS] reflète l’importance croissante de l’Asie centrale comme source de pétrole et de gaz, surtout pour la Chine”, commente David Zweig, professeur de sciences politiques à l’université des sciences et technologies de Hong Kong. “Cela montre, dans une certaine mesure, l’influence grandissante de la Chine dans cette partie du monde – qui revêt pour elle, désormais, une très grande importance pour des raisons liées à l’énergie et à la sécurité.” On peut à juste titre soupçonner l’OCS de n’être rien d’autre qu’une nouvelle version de l’idée chère à l’ancien premier secrétaire du Parti communiste d’Union soviétique Leonid Brejnev : une organisation de coopération asiatique sur la sécurité, qui n’avait à l’époque suscité aucun enthousiasme, même de la part de l’Inde – malgré les craintes qu’inspiraient à celle-ci la politique américaine dans la région et les relations étroites [qu’elle entretenait] avec l’ex-URSS. La grande différence est que la proposition de Brejnev était dirigée contre les Etats-Unis et la Chine, alors que la Chine et la Russie sont aujourd’hui les locomotives de l’OCS. Le troisième dilemme dans lequel est enfermée l’Inde tient au fait que cette réunion de l’OCS mettait en présence les deux grands responsables de la prolifération nucléaire dans le monde – la Chine et le Pakistan – et l’un des bénéficiaires de cette prolifération, à savoir l’Iran. De plus, le sommet avait lieu à un moment où les projecteurs étaient braqués sur l’Iran à cause de son programme nucléaire clandestin et des déclarations virulentes à l’encontre d’Israël et des Juifs prononcées par son président, Mahmoud Ahmadinejad, qui participait également au sommet. Bien que soucieux de ménager les sensibilités chinoises, Ahmadinejad risquait de se servir du sommet comme d’un forum pour attaquer les Etats-Unis et Israël. L’Inde aurait été bien embarrassée alors que ses relations avec Washington ne cessent de s’améliorer. Avec la bénédiction de la Chine, lourdement tributaire des ressources énergétiques iraniennes, l’Iran aurait pu profiter de l’événement pour se laver de ses supposés péchés d’omission à propos du nucléaire. [L’offre de reprise de négociations sur le nucléaire faite à l’Iran par les membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU a été appuyée par la Chine lors du sommet de Shanghai. Cette offre comportait comme préalable la suspension de l’enrichissement d’uranium par l’Iran. Le président iranien a qualifié à Shanghai cette offre de “pas en avant”, mais l’Iran a cependant rejeté toute “condition préalable” au dialogue.] L’Inde devait-elle participer à cet exercice ? Compte tenu de tous ces éléments, on ne peut reprocher à notre Premier ministre sa défection. Cela ne diminue en rien l’importance que nous attachons à l’OCS, ni l’intérêt que nous portons à une appartenance comme membre à part entière. Cela signifie seulement qu’il nous faut faire preuve de prudence. Nous devons soutenir pleinement les projets économiques et commerciaux de l’OCS, mais rester vigilants sur les questions touchant à la sécurité.

*Outlook : Créé en octobre 1995, le titre est très vite devenu l’un des hebdos de langue anglaise les plus lus en Inde. Sa diffusion suit de près celle d’India Today, l’autre grand hebdo indien, dont il se démarque par ses positions nettement libérales. L’édition en hindi a été lancée en octobre 2002. Outlook se distingue de ses concurrents par sa couverture approfondie de l’actualité régionale du sous-continent ainsi que par ses critiques contre la droite religieuse hindoue.

Pour approfondir la réflexion :

- La nécessaire émergence des régions du monde, le modèle européen et les relations entre l’Europe et la Communauté régionale arabe : Article pour la revue Bada’el, Par Pierre Calame
- dossier : La difficile exportation de la démocratie en Asie centrale, inadaptation du projet ou extranéité du concept ? : Travaux de recherche menés par Antoine Buisson, candidat au doctorat au sein de l’EHESS.

Voir en ligne : Courrier International

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Alaska : le Sénat américain vote l'autorisation de forages pétroliers.

le 22/03/2007 http://www.mediaterre.org/ avec novethic info

La forte dépendance énergétique des Etats-Unis et la hausse continue du prix du pétrole ont conduit l'administration américaine à ouvrir des zones protégées depuis 20 ans en Alaska.L'impact écologique d'une telle décision, dénoncé depuis plusieurs années par les organisations écologistes, est pourtant connu : érosion de la biodiversité, réchauffement climatique et atteinte à la survie des populations vivant dans cette région.

En Alaska, l'ouverture de zones protégées au forage pétrolier continue. Le président Bush estime en effet que 10 milliards de barils peuvent être extraits de la zone Arctic National Wildlife, et, dit-il"presque sans impact sur l'environnement et la faune". Outre l'aspect environnemental, les sénateurs démocrates -qui ont voté contre le texte - ont dénoncé l'absurdité économique de ces nouveaux forages. John Kerry a ainsi déclaré que"cette mesure n'aurait aucun effet sur l'approvisonnement énergétique du pays sur le long terme,"tandis que le sénateur démocrate Richard Durbin a estimé la prodution de pétrole potentielle à seulement 2,5% des besoins des Etats-Unis.Déjà, en janvier dernier, une zone protégée depuis les années 80 par une décision de l'administration Reagan, avait été ouverte aux forages. Situé dans la partie nord-est de l'Alaska, cet espace constitue une zone importante de protection des oiseaux migrateurs, des mammifères marins et des caribous. Mais les besoins pétroliers, toujours croissants, des Etats-Unis, ont eu raison de ces 2,89 millions d'hectares, qui sont désormais ouverts à l'exploration pétrolière et qui viennent s'ajouter aux 6 millions d'hectares pris dans la zone « National Petroleum Reserve-Alaska » ( NPRA), exploités depuis 1923. « La dépendance énergétique américaine grandit chaque année et les réserves contenues dans le NPRA peuvent contribuer à long terme à accroître notre production d'énergie et à stabiliser les prix », a déclaré Gale Norton, Secrétaire à l'Intérieur, chargé des parcs nationaux."Alors que notre économie continue de croître, la consommation de pétrole des Etats-Unis devrait augmenter d'un tiers pendant les vingt prochaines années, et notre demande d'électricité de 45%, a-t-il indiqué pour justifier le projet de loi de sécurité énergétique du président Bush."Au rythme actuel de la croissance américaine et de sa dépendance énergétique, les importations de pétrole représenteront 62 % de la demande d'ici 2020, contre 53 % aujourd'hui.

Absurdité écologique et économique

Seule concession faite aux écologistes, les 40 800 hectares se trouvant autour du lac Kaegaluk feront l'objet de restrictions particulières pour protéger la faune. Une mesure qui a peu de chance de satisfaire les ONG, qui mènent depuis les années 90 un combat ininterrompu pour empêcher l'extension de l'exploitation pétrolière dans la région.« Les Républicains étaient prêts à tout pour faire passer ce projet d'exploitation du pétrole en Alaska, explique le directeur de recherche de Greenpeace US, Kirt Davis. Les sénateurs ont déclaré qu'ils se battraient jusqu'à ce qu'ils gagnent ! ». Selon lui, « cette idée est présente dans l'agenda de George W. Bush depuis le premier jour de son premier mandat ». « Nous estimons que l'Alaska est déjà fortement industrialisée, ajoute-t-il. C'est même l'une des zones les plus industrialisées du pays, on y voit déjà trop de pipelines aux alentours. De plus, plus précisément la NPRA, zone où Bush veut implanter ses forages, présente un écosystème très délicat. » Selon les écologistes, la NPRA contient les plus grandes ressources naturelles de toute la région du cercle polaire constituant le lieu d'habitat d'un troupeau de 430 000 caribous de l'Arctique de l'Ouest, d'ours polaires, de zones de nourriture des grizzlis. Elle offre, en outre, les ressources qui permettent aux Inuits et aux Amérindiens d'Alaska de subsister. Outre l'aspect néfaste de ce projet pour l'environnement, les ONG américaines dénoncent également l'absurdité économique sur laquelle il repose. « Exploiter du pétrole là-bas ne sert à rien, car on ne pourrait y retirer que six mois de notre consommation de pétrole aux USA, observe Kirt Davis. Nous consommons 19 millions de barils par jour ! Nous nous battons pour que cesse la consommation effrénée de pétrole qui entraîne l'effet de serre et le réchauffement climatique (Global Warming). Et nous avons des solutions comme privilégier d'autres sources d'énergie beaucoup moins polluantes. Ce projet représente pour nous le?Global Warming Ground Zero?. » De fait, les estimations des réserves pétrolières en Alaska sont très variables : entre 2 et 12 milliards de barils selon les différentes sources. Le PNUE (Programme des Nations Unies pour l'Environnement) estime par ailleurs qu' « il existe une probabilité de 50% de trouver une quantité de pétrole égale à celle qui est consommée aux États-Unis pendant neuf mois. Les gisements pétroliers du versant nord de l'Alaska ont déjà produit, depuis 1973, 13 milliards de barils de pétrole et pourraient en contenir encore 3 milliards seulement », conclut le PNUE dans son « Global Environnement Outlook 3 ».


Les Etats-Unis augmentent leur aide militaire à Israël

 M.S. (lefigaro.fr) avec AFP. 29 juillet 2007

Dans le même temps, le pays s'apprête à signer d'énormes contrats d'armements avec les pays arabes du Golfe pour contrer l'influence de l'Iran.

Le premier ministre israélien Ehoud Olmert a annoncé dimanche que les Etats-Unis allaient augmenter de 25% leur aide militaire à Israël, pour la porter à plus de 30 milliards de dollars sur dix ans. Cette année, l'Etat hébreu a reçu 2,4 milliards de dollars d'aide militaire de la part des Etats-Unis, dont les trois quarts servent à l'achat d'armes à des sociétés américaines tandis qu'un quart de ce total finance des achats d'équipements militaires auprès d’entreprises israéliennes. "Cette aide marque une amélioration considérable et extrêmement importante et constitue un élément très important de la sécurité d'Israël", a commenté le premier ministre. Selon une source gouvernementale, les Etats-Unis ont également accepté de vendre à Israël des avions de chasse de nouvelles générations ainsi que des bombes sophistiquée et des missiles à guidage laser.
L'annonce de Ehoud Olmert intervient au moment où les Etats-Unis s'apprêtent, selon la presse américaine, à dévoiler une série de contrats d'armement d'au moins 20 milliards de dollars avec l'Arabie saoudite, les Emirats arabes unis, le Koweït, le Qatar, le Bahreïn et Oman. Washington entend venir en aide à ces pays face à l'influence grandissante de l'Iran, soupçonné par l'Occident de chercher à se doter de l'arme atomique.
«Pas de course à l’armement»
Il y a quelques mois, l'Etat hébreu avait fait part à Washington de ses réticences face à la vente d'armes ultra-sophistiquées à l'Arabie saoudite, craignant de perdre son avantage stratégique militaire dans la région. Les discussions sur ce contrat avaient donc été retardées. Dimanche, Ehoud Olmert a indiqué que le président Bush lui avait fourni "un engagement explicite et détaillé pour garantir à Israël un avantage qualitatif sur les autres pays arabes". "Nous comprenons le désir des Etats-Unis d'aider les pays modérés qui font partie d'un front uni avec les Etats-Unis et Israël dans la lutte contre l'Iran", a expliqué le premier ministre israélien.
Le ministre israélien de l'Intérieur Meir Sheetrit a quant à lui nié l'existence "d'une course à l'armement" au Moyen-Orient. "L'armement s'améliore constamment mais Israël veille à posséder des armes sophistiquées et à garder son avantage sur les autres pays" de la région, a-t-il assuré.

23/7/7  contreinfo.info/ Radar juillet 2007

Des missiles chinois en provenance d’Iran découverts en Irak

L’armée américaine a annoncé dimanche avoir découvert en Irak des missiles de fabrication chinoise, qui seraient entré dans le pays via l’Iran.

L’amiral Mark Fox, porte-parole de l’armée américaine, a également déclaré que des éclats de mortiers retrouvés portaient des marques distinctives d’origine iranienne

Le Stennis fait escale à Singapour

Le porte-avion Stennis, qui patrouillait récemment à proximité de l’Iran avec le Nimitz, a fait escale à Singapour le 18 juillet.

L’éloignement de ce navire du théâtre iranien, s’il se confirme, réduit sensiblement les risques d’une intervention militaire contre l’Iran.

http://www.lejdd.fr/

International 29/07/2007 - 21:35 A l'orée de sa rencontre avec le président américain George Bush, qui le reçoit à Camp David, le Premier ministre britannique Gordon Brown a affirmé qu'il entendait renforcer les relations avec Washington, et rappelé que "nous devons reconnaître la dette du monde envers les Etats-Unis pour être les meneurs de la lutte contre le terrorisme international". Citant Churchill et "l'héritage conjoint" des deux pays, il a parlé des Etats-Unis comme de la "plus importante relation bilatérale" pour Londres. Les deux hommes doivent dîner ensemble dimanche, avant que leurs chefs de la diplomatie - David Milliband et Condoleezza Rice - ne se joignent à leurs discussions, lundi. www.leblogfinance.com

USA : vente d'armes au Golfe et aide militaire à Israël ... pour contrer l'Iran 
Par Elisabeth Studer le 29 juillet 2007 
Alors que les Etats-Unis devraient annoncer lundi avoir conclu de somptueux contrats de fourniture d'armement avec ses alliés du Golfe pour - officiellement - contrer l'influence croissante de l'Iran, Israël ne l'entend pas de cette oreille.
Pour "amadouer" les Israéliens, Washington a donc annoncé qu'il leur serait versé une aide militaire supplémentaire. Comme quoi, il est toujours bon de "râler" ... cela peut-être tout de même bigrement porter ses fruits.D'après le Washington Post et le New York Times, les contrats d'armement devraient être annoncés lundi juste avant le début d'une tournée au Proche-Orient de la secrétaire d'Etat Condoleezza Rice et du secrétaire à la Défense Robert Gates, attendus notamment en Egypte et en Arabie Saoudite.

 I – USA : vente d'armes à ses alliés du Golfe

Selon les termes des contrats qui devraient être rapidement conclus par les Etats-Unis, des ventes d'armes seront effectuées sur les dix prochaines années à l'Arabie saoudite, aux Emirats Arabes Unis, au Qatar, à Bahrein et à Oman, et ce pour un total de vingt milliards de dollars.

Le contrat saoudien, le plus important, devrait prévoir une modernisation des systèmes de missiles et de l'aviation du royaume. Un haut responsable du Pentagone ayant requis l'anonymat avait indiqué vendredi que les Etats-Unis préparaient un important contrat d'armement avec l'Arabie Saoudite.

D'après le Washington Post, les contrats d'armement seraient les plus importants négociés sous l'administration du président George W. Bush,. Ils auraient -officiellement - pour but de renforcer les alliés de Washington au Proche-Orient et de contrer l'influence croissante de l'Iran dans la région.

"Nous sommes attentifs aux besoins de nos alliés et à ce que chacun dans la région considère être une démonstration de force d'un Iran plus agressif. L'un des moyens de faire face à ça, c'est de renforcer nos alliés et amis", a déclaré un haut responsable cité par le Post.

Le contrat avec l'Arabie saoudite comprend notamment des missiles air-air et des JDAM (Joint Direct Attack Munitions), qui transforment des bombes classiques en armes guidées de précision.

Le New York Times avait indiqué en avril que les discussions sur ce contrat avaient été retardées en raison de l'inquiétude des Israéliens sur la vente aux Saoudiens d'armes guidées de précision. D'après le quotidien samedi, le Pentagone, pour calmer les inquiétudes israéliennes, demanderait aux Saoudiens d'accepter des restrictions sur le type, la taille de ces armes et l'endroit où elles seraient stockées.

Mais néanmoins, ces contrats ne font pas que des heureux, si Israël s'inquiète de telles négociations, selon Jack Jacobs, expert militaire américain, "il ne fait aucun doute que ces contrats vont alimenter l'idée du congrès et de la population selon laquelle le gouvernement Bush ne sait pas ce qu'il fait. Il va y avoir un sacré combat au parlement sur la vente de ces armes". Sous-entendu : l'Arabie saoudite est tout de même accusée par Washington d'attiser la guérilla en Irak....

Le Congrès américain, démocrate, risque en effet de s'opposer à George Bush, dont le but de l'opération est – officiellement - de rassurer ses alliés de la région face à un Iran de plus en plus belligérant. Cependant, on se doute bien que les armements vendus vont gonfler les bénéfices des entreprises américaines et qu'une telle attitude risque de renforcer le pouvoir des Etats-Unis sur les contrées « bénéficiaires » des « largesses » américaines.

Le gouvernement américain espère obtenir cet accord cet automne même si les tensions avec Ryad pourraient constituer un obstacle. "Nous aidons les Arabes du Golfe depuis des années et cela doit doit continuer", a dit un haut responsable au Post. Les alliés des américains dans le Golfe sont "très inquiets concernant notre implication (dans la région) et un éventuel retrait d'Irak", a dit vendredi le haut responsable du Pentagone.

II – Les ventes d'armes suscitent les craintes d'Israël

Israël faisait preuve de prudence dimanche à propos d'informations concernant la prochaine vente d'au moins 20 milliards d'armes américaines à l'Arabie Saoudite et à cinq autres pays du Golfe.

"Nous n'éprouvons aucun doute sur le fait que les Etats-Unis ne feront rien qui puissent mettre en cause la sécurité d'Israël et son avantage qualitatif", face aux armées des pays arabes, a indiqué Miri Eisin, porte-parole du Premier ministre Ehud 0lmert. Sous-entendu, nous avons quelques craintes ... et un geste fort des USA pour « calmer les peurs » d'Israël serait très bien venu ...

Citant des responsables américains ayant requis l'anonymat, le Washington Post et le New York Times révèlent que Washington prévoierait également d'augmenter parallèlement l'aide militaire à Israel, qui atteint actuellement 2,4 milliards de dollars par an, pour la porter à un total de 30,4 milliards de dollars durant la prochaine décennie.

"Ces dossiers ont été effectivement évoqués lors de la dernière rencontre à Washington le 19 juin entre le Premier ministre et le président américain", a confimé Miri Eisin. "A cette occasion, le président a affirmé qu'il souhaitait augmenter l'aide à Israël, mais sans citer de chiffre", a-t-elle ajouté.

Interrogée sur d'éventuelles réserves israéliennes au renforcement des capacités militaires de Ryad, qui n'entretient pas de relations diplomatiques avec l'Etat hébreu, Miri Eisin s'est bornée à qualifier l'Arabie saoudite de "pays arabe modéré qui lutte contre le terrorisme sur son propre territoire".

"L'Arabie Saoudite soutient également une initiative de paix avec Israël et nous espérons qu'elle jouera un rôle plus actif pour favoriser des négociations", a poursuivi Miri Eisin sans se prononcer d'avantage.

III – Israël : aide militaire supplémentaire des USA

Face aux craintes d'Israël suscités par les projets de ventes d'armes aux pays du Golfe, les Etats-Unis vont verser à l'Etat hébreu une aide militaire de trente milliards de dollars durant la prochaine décennie.

Ehoud Olmert a annoncé dimanche 29 juillet que les Etats-Unis allaient augmenter de 25 % leur aide militaire et de défense à Israël, pour la porter à plus de 3 milliards de dollars par an, durant les dix prochaines années."Cette aide marque une amélioration considérable et extrêmement importante et constitue un élément très important de la sécurité d'Israël", a salué le premier ministre israélien.

Cette année, l'Etat hébreu a reçu 2,4 milliards de dollars d'aide militaire américaine, dont les trois quarts servent à l'achat d'armes à des sociétés américaines, le reste finançant des achats d'équipements militaires auprès de firmes israéliennes.

M. Olmert a également souligné que le président George W. Bush lui avait donné des assurances concernant le maintien "de l'avantage qualitatif" entre Israël et les pays arabes de la région."Nous comprenons le désir des Etats-Unis d'aider les pays modérés qui font partie d'un front uni avec les Etats-Unis et Israël dans la lutte contre l'Iran", a-t-il poursuivi.

Les Etats-Unis prévoient également un contrat d'assistance militaire de 13 milliards de dollars sur dix ans pour l'Egypte, a déclaré une source haut placée au sein du département d'Etat.

Sources : AFP, Reuters, Euronews, Le Monde

 (Suite)

L'Egypte se déclare en alerte terroriste

Le Caire TANGI SALAÜN ; le 28 juillet 2007, le figaro.fr

Les autorités disent craindre des attentats visant l'aéroport et le métro du Caire.

AUX PORTES du musée des Antiquités pharaoniques, au coeur du Caire, la station de métro Sadate est sous haute surveillance. Policiers et maîtres-chiens patrouillent dans les couloirs, contrôlent sacs ou papiers d'identité. Sur les quais, des agents en civil jaugent les passants. Depuis deux semaines et, selon les services de sécurité, en raison d'une série de menaces téléphoniques anonymes, le métro du Caire vit au rythme des craintes d'attentat et des rumeurs aussitôt démenties, comme celle qui faisait état de l'arrestation d'un terroriste libyen. Depuis mercredi, les mesures de sécurité ont aussi été renforcées aux abords de l'aéroport international du Caire, déjà perturbé il y a dix jours par une alerte à la bombe à bord d'un avion d'Egyptair en partance pour Londres.
Les autorités n'ont pas fait état de menace spécifique visant l'aéroport, mais le général Gamal al-Gohary, adjoint du ministre de l'Intérieur chargé de la sécurité aéroportuaire, a justifié cette initiative par l'afflux important de touristes arabes pendant la période estivale. « Il nous fallait prendre des mesures de précaution, surtout après les explosions en Grande-Bretagne et en Algérie, parce que ce sont des groupes, et non des individus, qui mènent ce genre d'attaques », a-t-il affirmé à l'agence officielle Mena.
« Un contexte de psychose »
Au Caire, les commentateurs s'interrogent sur le sérieux de cette menace. Certains remarquent qu'elle est brandie (opportunément ?) alors que le Parlement vient d'achever la rédaction des 25 articles d'une nouvelle loi antiterroriste, destinée à remplacer l'état d'urgence en vigueur depuis 1981. Ce texte controversé donne des pouvoirs étendus à la police, notamment en matière d'écoutes et d'arrestations. « Il n'est pas impossible que les autorités cherchent à créer un contexte de psychose favorable à l'adoption sans heurt de ce texte », confie un connaisseur du dossier. Il y a deux semaines, Le Caire avait aussi annoncé le démantèlement d'un réseau de 35 personnes « proche d'al-Qaida ».
Souvent minimisée par le passé pour préserver le tourisme, première source de revenus du pays, la menace terroriste est une réalité. L'Égypte a été durement frappée depuis trois ans, dans le Sinaï et au Caire. Certes, le mois dernier, les chefs emprisonnés du Djihad islamique ont rompu avec leur ancien émir al-Zawahiri, devenu le bras droit d'Oussama Ben Laden. Ils ont renoncé officiellement à la violence, imitant en cela la Gamaa al-Islamiya, l'autre groupe islamiste armé, responsable du massacre de 58 touristes à Louxor en 1997. Mais, souligne un expert, « cela montre seulement que l'Égypte a désormais moins à s'inquiéter des anciens mouvements terroristes que des nouvelles mouvances djihadistes inspirées par la situation en Irak ou en Palestine ».

Le Sénat américain double la prime pour la capture de ben Laden

Le vendredi 13 juillet 2007 ; http://www.cyberpresse.ca/

Agence France-Presse, Washington 

Le Sénat américain a décidé vendredi de doubler la prime offerte pour toute information conduisant à la capture d'Oussama ben Laden, sur fond de craintes renouvelées que le chef d'Al-Qaeda puisse de nouveau frapper.

La prime a été portée à 50 millions de dollars, et la décision adoptée par 87 votes contre 1. Ce texte permet ainsi à la secrétaire d'État Condoleezza Rice «d'autoriser le versement d'une prime de 50 millions de dollars pour la capture ou la mort ou toute information conduisant à la capture ou la mort d'Oussama ben Laden».

Cette prime fait partie du programme des «Primes pour la Justice» du département d'État, qui a déjà versé des millions de dollars pour des personnes aussi recherchées que les fils de Saddam Hussein.

Le vote reflète l'insatisfaction de certains parlementaires, mécontents que le gouvernement n'ait pu mettre la main sur ben Laden. Le texte demande d'ailleurs que les secrétaires d'État et à la Défense ainsi que le directeur du Renseignement fournissent tous les trois mois au Congrès un rapport sur les progrès de l'enquête sur le sort de ben Laden et autres chefs terroristes.

«Cela fait six ans» depuis les attentats du 11 septembre 2001 que les membres d'Al-Qaeda «reconstituent leur capacité de nous attaquer», a fait valoir le sénateur du Dakota du Nord, Byron Dorgan, à l'origine de cette proposition.

Al-Qaeda «demeure la plus grande menace pour les États-Unis, même après ces six longues années, après deux guerres (Afghanistan et Irak), après des milliards de dollars dépensés pour financer ces deux guerres et pour la sécurité intérieure, après la mort de milliers de nos soldats et après des dizaines de milliers de nos soldats blessés», a-t-il poursuivi.

Ce vote fait suite à une série de rapports révélant que le réseau Al-Qaeda, responsable du 11-Septembre, est en train de se renforcer et a trouvé refuge dans des régions tribales de l'ouest du Pakistan où ses membres s'entraînent. Selon ces informations, le réseau essaierait de faire pénétrer des membres aux États-Unis.

Le président George W. Bush a reconnu jeudi qu'Al-Qaeda restait «une menace» pour les États-Unis même après des années de «guerre contre le terrorisme».

Mais il a vivement démenti que l'organisation terroriste soit aussi forte qu'à la veille du 11-Septembre. «À cause des mesures que nous avons prises, ils sont plus faibles aujourd'hui qu'ils n'auraient pu l'être», a-t-il dit.

Le secrétaire à la Sécurité intérieure, Michael Chertoff, avait cependant déclaré mardi «avoir un pressentiment» que les États-Unis seraient bientôt la cible de nouvelles attaques.

Le directeur-ajoint du renseignement à la CIA, John Kringen, a indiqué mercredi, devant une commission parlementaire, qu'Al-Qaeda semblait «plutôt bien installé dans le refuge sûr des zones du Pakistan qui ne sont pas sous contrôle gouvernemental».

En janvier 2005, la presse avait annoncé que l'administration Bush allait doubler la prime pour ben Laden, qui était alors de 25 millions de dollars, mais le département d'État avait indiqué qu'aucune décision n'avait été prise. À l'époque, une nouvelle campagne de publicité avait été lancée au Pakistan par les États-Unis, pour diffuser plus largement le montant de la prime en échange d'informations sur le chef terroriste.

Le programme des «primes pour la justice» a jusqu'ici versé quelque 62 millions de dollars pour des récompenses permettant de conduire à d'importants suspects ou de prévenir certains attentats, selon le sépartement d'État.

Parmi les primes les plus fortes versées, figurent celles à 15 millions de dollars chacune pour les deux fils de Saddam, tués par les troupes américaines en Irak en 2003.

 (Suite)

VIVE LE QUEBEC LIBRE : Anniversaire du discours du général de Gaulle il y a 40 ans

Presse Canadienne

Il y a 40 ans, le 24 juillet 1967, le général Charles de Gaulle secouait le Canada et le Québec en lançant son «Vive le Québec libre!» du balcon de l'hôtel de ville de Montréal. Longtemps perçue comme improvisée ou inspirée par l'euphorie du moment, il semble que cette intervention avait au contraire été planifiée longtemps d'avance. Dès 1963, soit quatre ans plus tôt, de Gaulle avait décidé de venir au Québec en précisant que ce ne serait pas pour fêter le centenaire de la Confédération comme le voudraient, disait-il, les anglais du Canada et les fédéraux.



Il y a 40 ans, le 24 juillet 1967, le général Charles de Gaulle secouait le Canada et le Québec en lançant son «Vive le Québec libre!» du balcon de l'hôtel de ville de Montréal. Longtemps perçue comme improvisée ou inspirée par l'euphorie du moment, il semble que cette intervention avait au contraire été planifiée longtemps d'avance. C'est du moins ce que soutient Alain Peyrefitte dans le troisième tome de C'était de Gaulle, publié en 2000. Peyrefitte, un proche collaborateur du général dont il rapporte les échanges au conseil des ministres et leurs entretiens personnels, consacre 80 pages à l'incident du Québec.

Dès 1963, soit quatre ans plus tôt, de Gaulle avait décidé de venir au Québec en précisant que ce ne serait pas pour fêter le centenaire de la Confédération comme le voudraient, disait-il, les anglais du Canada et les fédéraux.

Dès cette époque, il déclarait à M. Peyrefitte qu'un jour ou l'autre, le Québec serait libre. La publication des mémoires d'Alain Peyrefitte avait également délié les langues d'autres collaborateurs, dont Bernard Dorin, qui avait préparé les dossiers de consultation du général avant la visite. Ce dernier a affirmé que le général avait les mots «Vive le Québec libre» dans sa poche avant de partir. Les intentions du général face au Québec s'étaient d'ailleurs manifestées par plusieurs signes: en mai 1967, il avait reçu le premier ministre du Québec, Daniel Johnson, en chef d'État dans une mer de drapeaux du Québec où l'unifolié était absent. En même temps, il avait refusé de voir le gouverneur général Georges Vanier.

En février 1967, le général avait préparé secrètement un itinéraire qui le ferait arriver d'abord au Québec et non à Ottawa, comme le font habituellement les chefs d'État en visite et il avait confié à Alain Peyrefitte que s'il y allait, ce serait pour faire l'histoire. Entre le moment de son arrivée à Québec, le dimanche 23 juillet au matin, et son discours à Montréal, le président français avait multiplié les indices du message qu'il était venu livrer. A Québec, au Château Frontenac, il déclarait que l'on assistait au Québec à l'avènement d'un peuple qui, dans tous les domaines, voulait disposer de lui-même et prendre en mains ses destinées et que la France saluait cet avènement.

Le lendemain, en route vers Montréal, il s'arrêtait à Donnacona où il poursuivait dans le même veine, affirmant qu'il voyait dans le Canada français du présent un pays vivant qui prenait en mains ses destinées, ajoutant que le peuple canadien-français ne devait dépendre que de lui-même. Puis, à nouveau à Trois-Rivières, utilisant le terme Québec, cette fois, il répétait que celui-ci était maintenant à l'époque où il devenait maître de lui-même. Il semble donc que le général ait voulu, comme l'affirme Alain Peyrefitte, mettre la table en prévision de son «Vive le Québec libre» et ce, de longue date.

Les propos du général lui avaient valu d'être sévèrement rabroué par le gouvernement canadien, le premier ministre Lester B. Pearson émettant le lendemain un communiqué vitriolique. Sa visite à Ottawa, où il devait aboutir en fin de course, n'était plus requise. Le général avait toutefois été déçu de Daniel Johnson, qui avait cherché à éteindre l'incendie allumé par M. de Gaulle, confiant beaucoup plus tard à ses collaborateurs qu'un vrai chef aurait tiré parti du succès obtenu à l'hôtel de ville de Montréal et que M. Johnson, selon lui, n'était qu'un politicien de province.

Le froid canado-français était demeuré aussi longtemps que Charles de Gaulle était resté au pouvoir. Sur un télégramme reçu d'Ottawa en avril 1968, il avait écrit qu'il n'avait aucune concession ni aucune amabilité à faire à l'endroit de Pierre Trudeau, qualifiant celui-ci d'adversaire du fait français au Canada. Même chez lui, le coup d'éclat n'avait pas été bien vu par tous. Il s'était ainsi retrouvé isolé sur cette question au sein de son propre gouvernement, son premier ministre Georges Pompidou allant jusqu'à qualifier le geste de folie gratuite.

Le rôle qu'a pu jouer le discours du général de Gaulle sur le mouvement souverainiste reste à déterminer: l'automne suivant, René Lévesque quittait le parti libéral pour fonder le Mouvement Souveraineté-Association, qui deviendra le Parti québécois l'année suivante et, de marginal qu'il était jusqu'alors, le vote souverainiste deviendra significatif à l'élection suivante, en 1970. Une chose demeure incontestable, toutefois: venu pour faire l'histoire, le général de Gaulle aura incontestablement atteint cet objectif.